L'ÉTAT BELGE SUR LE TERRITOIRE FRANÇAIS
U octobre 19U.
En ouvrant au roi Albert I*% à son gouvernement et à son armée les portes de la France, en leur cédant tous les usages de l'extraterritorialilé dont ils pourront avoir besoin, nous ne faisons guère que commencer à nous acquitter d'une dette immense en faveur des premiers héros de la guerre de 1914, de nos plus utiles, de nos plus précieux défenseurs. A la lettre, ils nous ont sauvé. Ce valeureux rempart de poitrines humaines qui, sur la Meuse et sur l'Escaut, a retenu et retardé l'invasion des hordes allemandes, a gardé Paris et la France, la civilisation et l'humanité. En exerçant une hospitalité cent et mille fois duc, puisse-t-on aboutir le plus vite possible, à rendre leurs foyers aux magnanimes fugitifs que nous recueillons sous nos toits!
Et puissent aussi ceux des Français qui ne peuvent que suivre des yeux l'effort de nos armes, ne pas perdi'e les leçons de spectacles militaires et politiques si instructifs! Ce gouvernement fugitif, cette cour militaire errante, ce ministère en migration semble bien faits pour rendre intelligible et sensible, ce qu'il y a d'immatériel, je dirai même de spirituel ou de religieux dans le principe et dans^ l'entité dt; l'État, Un État qui survit à l'inondation de son territoire, à l'occupation de sa capitale, de sa principale forteresse, bientôt peut-être de tous ses ports.
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cl qui impose au monde révideuce de son admirable vilaiilé, cet État belge, ainsi rassemblé et concentré dans sa hiérarchie militaire, dans le cœur indomptable de ses citoyens combattants, dessine pour Tavenir la plus pure image de ce qu'on pourra appeler le corps glorieux de la patrie et de la nation. Nous tenons à la terre maternelle, aux murailles et aux frontières de la cilé, et ce n'est pas de nous qu'est jamais venu le dédain du « patriotisme territorial' »; mais enfin tout n'est pas terminé à ces belles choses, elles sont couronnées d'une idée qui les sublime et les purifie : tous les Français salueront et acclameront l'entrée triomphale de l'Idée belge, radieuse, militante, invaincue, aux bouches de la Seine, dans le Havre de Grâce, vieil emporium de Paris, premier berceau de la marine des Rois de France.