‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 160 sur 238 · Expression de Marc Sangnier · texte numérisé non relu

Expression de Marc Sangnier

r>06 LA FRANCE SE SAUVE ELLE-MÊME.

mettre au jour cette charlatanerie malfaisante. Avant-hier, pour avoir l'air de répondre quelque chose à Bourget, il expliquait la guerre actuelle par « l'intérêt dynastique des Habsbourg » . Hier, de lui-même, il a raturé son extravagance, sans s'en apercevoir, comme l'animal de Suidas se rongeait la patte, par simple besoin de paraître coller un autre interlocuteur. Il a dit :

Pourquoi donc, au moment où, sous la pression de l'Angleterre et de la France, la Russie acceptait de parler avec l'Autriche, laquelle acceptait de renouer les pourparlers, le gouvernement de Berlin a-t-il envoyé a Pétrograd et à Paris l'ultimatum qui a tout cassé ?

La faute était lundi à Vienne. Mardi elle est à Berlin. Que l'intérêt de M. Hervé soit de la mettre après-demain à Pékin, soyez persuadé qu'il n'hésitera point.

Un peu plus bas, il lui plaît de proclamer « la culture allemande — c'est-à-dire la science, la musique, la philosophie, l'industrie, la méthode allemande — comme un des facteurs les plus précieux de la civilisation humaine ». Cette fois, Hervé fait le docte et le malin. Il serait d'ailleurs bien embarrassé d'expliquer ce que c'est que la science ou que la méthode allemandes. Dût-onétonnerbeaucoupM. Hervé, il faut l'avertir que s'il veut parler des savants ou des philosophes qui ont vécu en Allemagne ou écrit en allemand, il exagère un peu (moins que Gabriel Monod toutefois), mais il ne dit rien que tout le monde n'admette. Les Allemands ont beaucoup travaillé et beaucoup écrit, ils ont eu leur part, moindre

L'ÉTAT BELCE SUU LE TERHITOIRE FRANÇAIS. '07

que les Anglais, ou que les Italiens, moindre que les Espagnols, à la civilisation, et cette part n'est contestée par aucun des académiciens nationalistes (|ui n'ont rien à apprendre d'Hervé sur ce sujet ni aucun autre. S'il veut parler, comme il le veut, en eiîet, d'une science ou d'une méthode proprement allemandes, eh! bien dût-il aller de stupeur en stupeur, il faut lui dire qu'il rêve éveillé; cette science n'existe pas, celte méthode est un pur néant. Ni Descartes, ni Bacon, ni Aristote n'écrivirent sur les méthodes grecques, anglaises ou françaises, ils ont traité de la méthode générale de l'esprit humain; la science n'est pas seulement internationale, elle vaut pour le genre humain, même sauvage ; elle doit être et elle est interplanétaire et c'est un ridicule travers des esprits allemands que d'avoir opposé à ce cours général de la civilisation leur prétendue culture, leur fausse universalité, timbrée jadis aux armes de la Germanie luthérienne et, depuis Bismarck, à celles des Hohenzollern. C'est cette science, cette méthode, ces arts proprement allemands qu'on a voulu nous imposer. C'est là contre qu'a protesté l'effort d'un groupe de notre génération depuis plus de vingt ans, puisque cela remonte à 1890.

Le monde classique comprend la Germanie policée et vraiment civilisée, celle de Leibnilz si l'on veut ou celle de Gœthe. Elle peut comprendre aussi tout ce qu'il y a de juste, de vrai, d'utile dans l'organisation du travail ou dans l'ordre militaire, économique ou politique des pays allemands. Les premiers amis de VAclion française, encore teintés de romantisme, disaient : « ordre français ». Nous di-

sions ordre tout court, car son application peut varier avec les races, non son esprit, non son idée. L'intelligent écrivain italien qui signe Antonio Pagano à VIdea nazionale écrivait avec force le mois dernier :

L'Allemagne des derniers trente ans aurait dû être moius adulée* et plus imitée. Oa aurait dû comprendre qu'il n'y a pas dans l'art de gouverner ni dans celui de combattre des méthodes allemandes et des méthodes non allemandes. Si en Allemagne la rigoureuse application des principes de Tordre donnait de bons effets, il n'y avait aucune raison pour que l'e.xtrême tolérance du désordre ne donnât point ailleurs de mauvais effets^.

Cette disiinction élémentaire est faite par un patriote italien désireux de servir son pays en l'éclairant. Comptez qu'elle sera insupportable à M.Hervé qui ne songe qu'à agiter et quà troubler l'esprit de la nation pour la rendre incapable de voir ses vrais défauts et de les corriger.

1. Dans ce qui était inimitable : sa nature originale et son caractère propre.

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