DE L'INDISCRETION RELIGIEUSE
Uo journal n'a jamais été à la disposition du parti dit conservateur. Il a toujours demandé des réformes sociales profondes, hardies et, dans le cadre national, Torganisation du travail, l'incorporation du prolétariat à la vie sociale dont l'anarchie révolutionnaire l'a éloigné et presque banni. Le monde conservateur nous a attaqués pour de prétendues complicités avec la G. G. T., de prétendues complaisances proudhonniennes ou de prétendues concessions à un syndicalisme de subversion ou de guerre sociale. Ces averses de calomnies subies la tête haute ne nous ont pas empêché d'approuver publiquement M. Edouard Vaillant, vétéran de la Commune, dans ses campagnes pour dégager son parti et préserver ses lecteurs de l'embûche allemande. Avec la même liberté d'appréciation, nous regretterons que, dans le courrier d'hier, les deux organes parisiens du socialisme, VHumanité et la Bataille syndicaliste aient pris sur eux de ressembler à de simples succédanés (le la Lanterne ou du Radical et publié en tête de leurs colonnes les plus inutiles des sorties anti-cléricalas : les organes de l'intérêt ouvrier ont leur raison d'être en guerre comme en paix; les organes de division religieuses n'en ont pas.
J'ai lu attentivement les plaintes de ces deux jour-
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naux. Les unes elles autres apparaissent bien faibles et portant sur des faits bien inconsistants si on les compare à l'interprétation, au jugement que l'on en tire! M. Vaillant s'écrie que l'on « doit le respect » aux blessés de sa religion ou de son irreligion. Croitil donc qu'on ait pu leur manquer de « respect » ? Il veut les défendre « contre toute injure à leur dignité ». Suppose-t-il que, cette injure, on ait pu la leur faire? Oui, il le croit et le suppose sur le simple rapport dequelques cas, dans lesquels des ecclésiastiques auraient « insisté » pour offrir aux blessés les secours de leur ministère. J'ai beau lire et relire : c'est l'insistance seule qui aurait constitué le manque de respect! Si l'on voulait jeter les Français les uns contre les autres, on ne chercherait pas une interprétation plus irritante, ni, je dois le dire, plus folle.
Est-ce injurier un malade, ou un blessé, est-ce le moins du monde manquer de respect à la dignité d'aucun homme que de lui proposer, même avec insistance, et même avec indiscrétion, une doctrine dont celui-ci ne veut pas ? On peut l'agacer, lui déplaire. Aucun élément injurieux ni même irrespectueux ne peut être relevé là-dedans. C'est d'ailleurs une grave question que de savoir jusqu'à quel point peut aller d'une part le déplaisir et d'autre part l'obsession ou l'indiscrétion! Des esprits mieux placés ({ue M. Edouard Vaillant pour juger de tout cet ordre-là pourraient lui affirmer qu'il se trompe beaucoup. Quelle que soit l'impatience que peut causer l'excès du zèle, il est bien rare qu'il ne s'y mêle point un sentiment de reconnaissance attendrie, carie zèle
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religieux s'accompagne normalement de manjues d'inlérôt et de signes de sympathie dont les corps soudVants et les âmes inquiètes sont remués avec une égaie douceur. Le point serait à calculer par qui n'aurait en vue que le bien-être et la paix physique ou morale de nos blessés. En vérité, y songe-ton ?