LA MANSUÉTUDE ET LA DISCORDE
Je ne voudrais pas insister outre mesure sur la guerre au clergé. Mais au moment même où nous publiions hier nos réponses à la presse socialiste, un fameux adversaire du socialisme, M. Clemenceau, venait appuyer la Bataille syndicaliste et VHumanilé, en ayant bien soin de s'envelopper des termes d'une modération doucereuse et d'une philosophie auxquelles pour mon compte, je ne crois point. M. Clemenceau n'a jamais servi que des passions et des rancunes, les unes et les autres fort vives, et je crois savoir qu'il a été Tinstigateur principal de la
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récente campagne de la Dépèche à Toulouse. Son ramas indigeste, qu'il a pillé chez Spencer et qu'il prend pour une doctrine, ne mérite même pas la peine d'être discuté. Ce qui est intéressant, dans l'article d'hier, c'est l'espèce de marché qu'il propose au gouvernement. D'une part, on a censuré des articles de lui ou de quelques-uns de ses frères et amis. D'autre part, l'apaisement religieux est une nécessité de l'heure. Alors, M. Clemenceau écrit :
Une politique de mansuétude
n'est pas pour m'eiïrayer, si ceux qui représentent
l'idée moderne de l'Etat laïque ne sont point réprimés quand ils dénonceront le danger des paroles de discorde qui pourraient compromettre la paix publique irréparablement.
En d'autres termes : nous laisserons faire les cléricaux, nous ne demanderons pas de mesures, de violences contre les prêtres ou les infirmières qui servent leur foi, mais à la condition qu'on nous laisse crier contre eux, c'est-à-dire agiter librement et diviser magistralement le pays. Voilà tout à fait le contraire du conseil donné hier ici même au gouvernement : — S'il y a des excès de zèle commis, adressez-vous à l'autorité religieuse, priez-la de collaborer avec vous; mais ne tolérez pas de campagnes de division.
Cette opposition radicale, involontaire et spontanée à la méthode de guerre civile prêchée par M. Clemenceau sera l'honneur de notre vie.
— Mais, demanderez-vous, quelles sont les paroles de discorde jugées par M. Clemenceau de nature à compromettre la paix publique irréparahlementl
Peut-être les indignités suivantes parues à la Bataille syndicaliste :
En dehors des invocations fétichistes à un Dieu tour à tour implacable et misécordieux, au sacré cœur de monsieur son fils, à la Vierge mère et à divers autres personnages de la mythologie chrétienne, procédés propres à impressionner au plus des nègres papous, les tenants du trône et de l'autel avaient reconstitué pièce à pièce toute une organisation de combat.
Je gagerai plutôt que ces sales insultes dirigées contre les croyances et les personnes, seront considérées par M. Clemenceau comme d'inoffensives formules de paix. Ce qui trouble sa paix, ce sont ces paroles de Mgr . :
censuré