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NORD ET MIDI

29 octobre 1914.

Notre confrère Berlhoulat, qui sera suivi, je le présurrie, par un grand nombre de journaux parisiens, vient décrire en termes chaleureux un appel au sentiment de l'unité et de la communauté nationale. M. Ernest Lavisse avait déjà insisté dans le môme sens. Il n'y a rien de plus pressant ni rien de plus juste que de solliciter comme ils le font les parties des territoires restées indemnes en faveur de celles qui ont été souillées et saccagées par la barbarie. Des noms comme ceux de Maubeuge ou de Nomény, d'Arras ou de Reims, de Lille ou de Senlis contiennent déjà pour tout Français de sens et de cœur un appel singulièrement pattiétique. Ces beaux noms douloureux de villes martyres, barbouillés de flammes et de sang, doivent d'ailleurs émouvoir plus que la pitié, ou cette noble compassion doit être active, féconde, généreuse jusqu'à la magnificence. L'idée des belles provinces indépendantes et respectées, ne serait guère supportable si on ne les sentait occupées jour et nuit à équilibrer par le dévouement de leur zèle les maux qui leur ont été épargnés. Le font-elles ? Non plus que pour l'ardeur du patriotisme de leurs soldats, il y a presque impiété à les soupçonner. Elles nous ont donné la race des Joffre et des Castelnau. Nous leur devons plusieurs des intrépides régiments qui défendirent le Grand-Couronné de Nancy. Qui donne du sang ne vapasiiarder sur l'or.

M. Berthoulat serait sage de ne pas demander à l'ardu el sobre Rouerg-ue des contribulions comparables à celles de pays comme Alger et Oran. Qn million par ci, parla un demi million : les Algériens, ce sont nos oncles d'Amérique ! Cette nouvelle France, moins prospère qu'elle ne devrait être, es cependant en plein essor. Le Midi, sauf quelques grands centres, ne s'est pas encore émancipé d'un affreux régime de clientèle et de clan qui l'a mis à la merci de TÉiat. Raison de plus, sans doute, en bonne justice, pour lui inspirer des largesses spontanées en faveur de l'État qui l'a comblé de faveurs. Mais d'abord il ne suffit pas de vouloir en ces matières : le régime étaliste qui fit de Souillac une sorte de capitale de la France officielle ne lui vaut qu'une médiocrité peu dotée. Ensuite, ces donations électorales, si elles satisfont des unités personnelles, ne tendent pas à inspirer aux populations un sens très vif du bien public.

Cependant c'est le bien commun qui importe. Sans les forteresses vivantes qui se sont dévouées à rompre l'invasion, nos compatriotes du Midi, amplement avertis par nous des visées allemandes sur Monaco, Toulon, Marseille et toute la rive gauche, la rive impériale du Rhône, verraient de près la dévastation. Et, si, par un malheur impossible, la résistance faiblissait, si le flot dégorgeait de nouveau par Belfort, Saint-Dié ou même Berry-au-Bac et Compiègne, ils ne tarderaient pas à voir la horde reprendre l'éternelle route des pays où fleurissent nos orangers. Cela est écrit sur le sol gaulois et aussi dans le sang des races germaniques, toute

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noire histoire lepi-ouve; nos rorlificalions poliliciues et militaires du xvi«et du xvn» siècle durant encore, malgré la tentative espagnole de 1870 et les signatures plus récentes de la Triple-Alliance, les Impériaux ne paraissent ni sur les Alpes ni sur les Pyrénées, mais ils ont essayé d'y venir et bien imprudentes, bien folles, bien vaines seraient les populations provençales, languedociennes et gasconnes qui ne tiendraient pas compte des leçons de leur propre passé! L'intention germanique est d'ailleurs accusée par des textes ([ui n'ont pas dix ans d'âge; on peut lire au fameux livre de Ludwig Reimer un résumé des fantaisies très sérieuses qui gouvernaient les visées du pangermanisme sur la France. Voici ce qui y est dit des pays de l'est et du sud où la proportion des éléments germains n'est point, paraît-il, suffisante :

Il faudra pratiquer là immédiatement la colonisation sans période transitoire. Sans doute, la colonisation de pays non peuplés serait plus facile, mais la colonisation s'impose ici avec une nécessité absolue, attendu que nous ne pouvons plus supporter à nos frontières la présence d'une race étrangère et dangereuse, attendu encore que nous devons prendre nos précautions contre des retours agressifs ethniques ou politiques, et parce qu'enfin nous devons atteintire la Méditerranée et l'Océan Atlantique, afin d'avoir parles Pyrénées l'accès à la péninsule pyrénéenne, et d'établir ainsi la liaison avec l'Amérique du Sud, devenue une partie de notre empire et de notre champ d'action économique.

La route de Metz et Strasbourg à l'Amérique du sud, c'est la Bourgogne, c'est Lyon ville d'empire, c'est le Dauphiné et la Provence, tout l'ancien

royaume d"Arles, feudataire de l'Empire romain germanique avec Montpellier, Bordeaux et Toulon, pour atteindre la Catalogne et la Navarre.

Grands et gros rêves apparemment, qui puent leur tudesque. Mais nous n'aurions qu'à reculer pour en subir la réalisation! L'esprit publie de nos provinces méridionales a été trop longtemps occupé des querelles civiles et religieuses, des intérêts électoraux, mais pas assez de notre intérêt national, pas assez de l'antique querelle de la Germanie. Les ambitions de Guillaume II et non les empièlements du clergé, voilà le thème qu'il fallait répandre par la plume et par la parole. Les débordements du pangermanisme, non les excès des prédicateurs catholiques, voilà ce qu'il eût été utile et salubre de rendre sensible et vivant. Quand on veut un esprit public passionné par les intérêts de la communauté nationale, on ne commence pas par l'exercer quarante années entières à considérer le pouvoir comme une proie et, dirait Montesquieu, « la République » comme « une dépouille ». On l'unit au lieu de le diviser. On le gouverne au lieu de le lancer matin et soir à la conquête du gouvernement. On le conduit, au lieu de mettre les thèmes de la conduite en discussion perpétuelle. Il aurait fallu faire le contraire de ce qu'on a fait.

Sur ces actes qui sont passés, nous n'élevons pas de récriminations inutiles. Mais, voyant M. Berthoulat comme M. Lavisse prêts à se lamenter sur les conséquences fatales d'une politique si connue et si définie, nous les prions de n'égarer ni l'accusation, ni la plainte : qu'ils remontent aux responsables réels ou ne disent rien ! Ou aime, on admire M. Ar

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