NORD ET MIDI
m and Fallières déclarant qu'il est prêt à quitter les boids fleuris du Lot-et-Garonne et, si l'on appelle l'arrière-ban, à prendre lui aussi le fusil des mobilisés : celte résolution de vieillard est si agréable qu'on voudrait la mettre en latin pour le Selectœ ou le De Viris de l'année prochaine; mais quoi! M. Fallières a été président de la République de 1906 à 1915, il a vu Tanger, Agadir et mieux que le fusil ([ui chargerait éventuellement l'épaule flécliissante, j'aurais mieux aimé quelques milliers d'obus de plus, quelques centaines de canons de 75 de plus, qu'il nous eût procuré tout au long de son consulat. Cela ne demandait qu'un peu plus d'attention, de prévoyance, de vigilance de sa part et de celle de ses ministres.
L'ÉVANGÉLIAIRE DE HEIMS
50 octobre 1914. '
La belle lettre de Monseigneur le duc d'Orléans au Prince de l'Église qui veille sur les reliques nationales de Reims' fait le tour de la presse dans un murmure de respectueuse approbation qui atteste la force des sentiments héréditaires, constructeurs de notre passé. Au moment où les dernières petites feuilles d'arrondissement répandent les paroles du P'ils de France, et que des centaines de milliers de Français, les uns dans la tranchée, les autres au bord de la demeure et du champ dévastés, d'au Ires dans les dépôts de leurs régiments ou bien dans leurs foyers, aux provinces lointaines gardées de l'invasion, achèvent leur lecture et leur méditation du jugement qui qualifie un ignoble forfait tenté contre l'Histoire de la Patrie :
« En tirant sur le Sanctuaire de Fleims, lAllemagne a tiré sur le baptême de Clovis, sur l'étendaid de Jeanne d'Arc, sur l'onction de Hugues Capet et de ses successeurs, sur les plus hautes figures de la Monarchie et de la France »,
au même instant, voici qu'une bonne nouvelle éclate : le bibliothécaire de la ville du sacre, M. Henri Jadart, écrit au Temps que l'évangéliaire slave de Reims est sauvé !
Le Temps avait écrit qu'on s'en inquiétait en
1. l^ettie du 2 octobre publié dans r-4c/io?? Française du 27.
LÉVANGÉIJAIRE DE REIMS. "5
Russie. Ce n'étail pas seulemonl en Russie que régnait celte inquiétude! Il restait pas mal de bons Français pour la traîner au fond de leur cœur. Cet évangéliaire slave, c'est le livre sur lequel est prôté le serment du sacre. On eslimait qu'il avait été apporté en France, tout à fait au berceau de la monarchie capétienne, lors du mariage du roi Henri I*""" avec Anne, fille d'Iaroslav grand-duc de Russie, en l'an iOol, premier acte d'alliance conclue entre la Russie el la France, acte d'où naquit le premier de nos rois à qui ait été donné le nom de Philippe, en mémoire de Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand, de qui la grande-duchesse était descendante par les empereurs de Constantinople, ses aïeux.
Ni l'alliance russe du xi" siècle, ni la série des Philippe de France, ni larbre généalogique remontant au grand Macédonien, élève d'Aristote, disciple d'Homère et conquérant de l'Asie, ne sont des sujets dont puisse se désintéresser une cause historique comme la cause de la France et de sa monarchie. L'idée qu'au prochain sacre du roi de France, l'évangéliaire slave de Reims pût être absent, avait ajouté une douleur à la douleur dont le bombardement et la dégradation de la cathédrale de Jeanne d'Arc nous avaient tous remplis. Cette ombre dure est dissipée, l'évangéliaire, déposé dans un coffre-fort de la Bibliothèque de l'Hôtel de Ville, est inlact. Il en sera tiré un jour : et non pas seulement « pour l'étude et pour la curiosité », comme dit le savant corres^ pondant du Temps, que nous remercions de tout notre cœur!