TOUT LE PEUPLE ALLEMAND
On trouvera plus loin un autre témoignage, celui de M. Georges Lecomte' ! Celui-là va nous dispenser
1. " Désormais les pires gobe-la-lune de chez nous n'auront peut être plus la naïveté de s'en tenir à la ti'ompeuse formule « guerre d'ofliciers » par laquelle, tout au début, en rejetant sur les hobereaux les responsabilités de la tuerie, on localisait nos ressentiments légitimes. Les documents authentiques, d'origines très diverses, dont nous avons eu ces jours-ci la révélation, certaines lettres familiales d'une férocité ingénue, et surtout le coup de tam-tam dont " la pensée allemande » vient d'assourdir le monde pour tenter devant les nations civilisées une impossible justification de la malhonnêteté et de la barbarie tudesques, ne laisse aucun doute à cet égard. »
Le noble esprit de M. deMun avait été dupe un instant du
L'ÉVANGÉLIAIRE DE REIMS. ôT'J
d'écrire un article aiuiuel je ni'élais engagé. Un écrivain révolutionnaire m'avait paru devoir nous contraindre à lui démontrer, pièces en mains, combien étaient fausses et dangereuses ses distinctions entre les méchants généraux prussiens et les pauvres braves gens du peuple allemand qu'il appelait les premières victimes du militarisme prussien. Mais, venue de uous. la plus forte démonstration n'eût rien ajouté à l'éloquence des faits. Venue d'un républicain, de l'un des écrivains militants du régime, dans un journal officieux, le même faisceau de preuves gagnera le cent du cent: à ceux qui ne veulent parler que de la férocité prussienne M. Georges Leconte offre d'énumérer des Saxons, des Westphaliens, des Bavarois, des Badois, des Hessois qui se sont distingués de la même manière par des actes et des discours d'une égale inhumanité. Il accuse aussi les « soldats de tous les pays allemands », « toutes les classes sociales de tous les pays de l'Allemagne » et montre à l'appui les aveux concordants de tous les intellectuels, professeurs et instituteurs allemands sans distinction d'opinion, de parti, de catégorie. Les deux ou trois manifestes nouveaux des universitaires allemands proclament à longs cris que l'esprit qui règne » dans l'armée et dans le peujile est le même », et ce n'est pas un royaliste, c'est un universitaire républicain, M. A.Albert Petit, qui, en déplorant cette « maladresse », conclut aux Débats que, dès lors, « tout essai de distinction entre le mi-
mythe officiel -< guerre d'officiers ». Mais peu de jours après il écrivait généreusement: - J'ai eu tort •. M. Georges Lecomte suit cet exemple, et cela lui fait grand honneur.
lilarisme prussien et la bonhomie allemande, toute tentative de diminution entre tels ou tels Allemands et les hobereaux prussiens » se trouvent condamnés d'avance. Ce serait une duperie, en effet. Une duperie de « gobe-la-Iune » dit M. Georges Lecomte, qui ajoute : « une trahison ». Notre nation a devant elle une nation. C'est la guerre de « tout un peuple ». Cela ne veut dire aucunement que ce peuple, compté par têtes, ne comprend que des brutes et qu'il n'y aura pas des exceptions personnelles à retenir pour l'heure du jugement dernier ; cela veut dire que, sauf exception dont la preuve incombe aux Allemands et à leurs amis, la généralité de nos ennemis est instinctivement emportée contre nous par un même élan de fureur et de haine ethnique.