‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 195 sur 238 · TÉMOIGNAGES PRÉCIEUX DE M. L'ABBÉ WETTERLÉ · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES PRÉCIEUX DE M. L'ABBÉ WETTERLÉ

Il n'est que trop vrai que, sur divers points d'appréciation générale, qui se ramèneraient peut-être à des points de vocabulaire, nous avons le chagrin de ne pas nous trouver toujours d'accord avec M. l'abbé Wetterlé. Mais, cela a été observé, ce vaillant mainteneur de l'âme française en Alsace nous donne souvent raison, quand sa profonde connaissance de l'Allemagne l'amène à publier ses vues sur les sentiments ou l'avenir de ce pays. Son article à la Libre Parole d'hier sur la suite politique et diplomatique à donner à nos opérations militaires vérifie amplement tout ce que nous ne cessons de dire, Daudet, Bainville, Dimier, nous tous, du devoir de partager l'Allemagne, de la possibilité du partage, des moyens de l'effectuer, de la règle suivant laquelle y procéder. M. l'abbé Wetterlé sait que l'Empire vaincu ne s'écroulera pas de lui-même. Un effort sera nécessaire, mais « minime ». On ne doit pas s'exagérer les forces de l'idée d'unité en Allemagne :

Les Allemands des Etats du Sud y tiennent par intérêt et par habitude; ils n'aiment pas la Prusse; mais ils ne pouvaient se passer de ce solide soulien pour imposer leur suprématie politique et économique à l'étranger. Le jour oii la Prusse ne leur assurera plus ces avantages, le vieux particularisme revivra et les vieilles haines de race renaîtront.

La victoire commune de 1870 avait cimenté le bloc allemand, la défaite de 1914, due à l'insolente provocation des Prussiens, le disloquera tout naturellement. Demain les généraux des différents Etats s'accuseront mutuellement d'avoir manqué d'intelligence et d'audace. N'est-on pas déjà frappé par la dislocation

L'li:VANGÉLlAIRE DE REIMS. 377

des contingonls saxons qui semMe prouver que l'élat iiiîijoi- général est mécontent de leur commandenient?

La nécessité d'nllcr jusqu'au bout de la guerre est aussi Tune de nos thèses ravorites. C'est là notre façon d'être pacifistes pratiquement. M. l'abbé Wetterlé écrit :

Il serait, en tout cas, imprudent denlamer une discussion avant l'écrasement total de l'Allemagne, car tout serait à recommencer dans une dizaine d'années, et qui nous dit qu'alors la même coalition se reformeiait devant les entreprises conquérantes du germanisme? Si l'Europe vent jouir d'un siècle de paix et de prospérité, il est indispensable que l'Empire germanique disparaisse. Je dis bien l'Empire et non pas les Etals allemands. Pourvu que ceux-ci ne puissent pas se ressouder, l'Allemagne ne sera plus redoutable.

Telle est la condition proposée par la nature des choses, non à la chimère d'un pacifisme éternel, développée dans l'absolu, sans conditions, mais à la possibilité, parfaitement réalisable, d'une bonne, lon<^ue et solide paix, tout au moins du côté du Rhin.

Les Allemagnes auront naturellement à payer les frais de ce qu'elles ont cassé. M. l'abbé Wetterlé met en garde contre le préjugé de la pauvreté allemande. L Allemanne peut payer, disait ici Bainville le 5 octobre. Et M. l'abbé Wetterlé :

L'Allemagne ou plutôt les Etals allemands pourront fournir une grosse indemnité de guerre. Le gage est là. Les chemins de fer allemands qui sont tous étatisés, ont une valeur de '25 milliards de francs et la Prusse possède d'excellentes mines de charbon.

Enfin, ce familier profond de l'àme allemande ne s'amuse pas à distinguer entre les modalités, les classes, les conditions. Il explique la guerre et la conduite de cette guerre par la nature des passions et des situations allemandes prises dans leur généralité la plus étendue :

L'Allemand est brutal, parce quil est envieux. II a conscience de son infériorité quand il se trouve devant les re|iréseiitants des vieilles civilisations. Alors, tout naturellement, lorsqu'il se sent le maître, il anéantit ce qu'il ne saurait égaler.

Vingt siècles d'histoire pourraient confirmer cette déposition qui représente la synthèse des observations et des expériences de quarante ans de lutte. On ne sera pas étonné delà voir recueillie dans nos colonnes, comme la plus honorable des vérifications que des écrivains, français puissent recevoir.

Page 1