LA QUESTION DES MAGGI-KUB
Pendant trois mois entiers, nous avons évité d'écrire ici ces noms. Sans rien nous imposer, on nous en avait adressé la prière, ainsi qu'à tous nos con-
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frères parisiens. Bien fiu'il n'y cni pas d'obli^çalion, l)ien que nos adversaires socialistes ne se fussent pas privés d'agir tout autrement, l'idée que nous nous faisions du devoir civique semblait nous obliger plus élroilement qu'eux. Au cours de ces trois mois, j'ai parlé tous les jours, à cette place, de l'ablation par ordre des autorités civiles et militaires des affiches et plaques Kub, filiales de la Maggi, dans plus de cinquante départements sans les désigner autrement que par des allusions aux articles de Léon Daudet dans lesquels elles étaient dénoncées. Mais si nous pouvons fort bien nous enorgueillir de porter l'esprit de discipline en temps de guerre jusqu'à la duperie, il y a une chose que nous ne pouvons pas : non, par simple scrupule de fidélité à la lettre d'implorations cent fois périmées, nous ne pouvons trahir la France.
M. Compère Morel, qui avec l'Union des Coopératives parisiennes, a pris la suite des alïaires de la maison Maggi, raconte dans une lettre parue à VHumanitc « qu'à la Sûreté Générale et au ministère de l'Intérieur », on n'a pu « Lui citer, Lui apporter ou Lvi donner une seule preuve, voir l'ombre d'une preuve attestant que la Société laitière fran.co-suisse Maggi était une société allemande ou comptait dans son personnel des Allemands, ou bien encore avait pu être incriminée d'un acte anti-fran(;ais quelconque. » Nous ne savons pas ce que M.Compère-Morel peut appeler preuve ou ombre de preuve. Tout se discute dès qu'on le veut bien. Pourtant, nous donnerons les preuves que demande M. Compèrc-Morel. Sans doute quand on est venu proposer le caleçon
d'une controverse sur l'affaire Maggi, c'est-à-dire entre les 4 et 51 août derniers, si je ne me trompe, le ministère de l'Intérieur et la Sûreté générale avaient d'autres chiens à fouetter. Ces services auraient pu donner un avis. L'a-t-on donné? A-t-on hésité? Mais M. Compère-Morel est de ceux qu'un avis, même en temps de guerre, ne contente point. Juge et souverain, il lui fallait la preuve. Il ne l'a pas eue rue des Saussaies. Il l'aura ici. Je la lui donnerais aujourd'hui si j'en avais la place. Ce sera pour demain K
1. Un jugement antérieur aux émotions de la guerre et aux enquêtes de M. Compère-Morel, élaboré l'année précédente était de nature à satisfaire ce qu'il pouvait y avoir de juste dans les anxiétés de ce député. Les sociétés Maggi sont-elles suspectes ? Oui, les sociétés Maggi sont suspectes. Cela e.'^t connu, archi-connu, publié, archi-publié, depuis le 2ô juillet de l'année l'Jlô, date à laquelle le tribunal de la Seine jugea entre les Maggi et nous. Nous accusions les Maggi et ses fdiales d'organiser Tespionnage et l'invasion par tout le pays. Les Maggi nous accusaient de les diffamer. Nous répondîmes que la « diffamation », au sens juridique était certaine, mais, comme elle intéressait la sécurité du pays, exigeait une enquête. Les Maggi, tout en feignant de consentir à cette enquête, faisaient de leur mieux pour s'y déiober, le tribunal le constata. Et l'enquête fut ordonnée.
Elle fut ordonnée en termes caractéristiques. La constitution légale et régulière des Maggi, en tant que société française, était reconnue par le tribunal. Le tribunal énonçait d'avance tout ce que ressassent MM. Compère- Morel et Hervé : conseil d'administration français, employés français, etc. Ce nonobstant, il admettait que toutes ces régularités pouvaient être de pure figuration et qu'il fallait en voir le fond. Et, avant même que l'enquête fut ouverte (elle est à peine terminée, le procès ne Test pas), le tribunal reconnut (en une partie d'un jugement dont les Maggi n'ont pas appelé et qui demeure acquise), que les Maggi françaises et les Maggi étrangères « sont liées les unes aux autres à raison de leurs origines, de l'organisation et du but
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commtai i/u'ellcs ponrstii'vcnt »... Au surplus, le jugeiiienl accablait si bien les Maggi, el les Sociétés Maggi s'y jugèrent si parfaitement condamnées (jue, par un acte sans précédent, croyons-nous, dans l'histoire de la presse, un compte rendu falsificnleur fut envoyé, sous forme d'annonce de publicité, transmise par l'Agence Paz, à tous les (jrands journaux de Paris et de nos provinces.
L'or (qui peut tout, en régime capilaliste, n'est-ce pas? Compère-Morel?) un or qui était dès lors très gi-avcmcnt suspect d'être l'or de la trahison, cet or a pu faire cela : dénaturer un acte de justice pour couvrir une entreprise étrangère soumise ù enquête, et incriminée d'espionnage non plus par nous mais par la justice elle-même!
Vous cherchiez une preuve ou ombre de preuve. Elle est là, Compère-Morel.
Il fautjoindre à ce genre de preuve, celui qui ressort des mesures de police prises h l'égard des panneaux-réclames des Maggi sur la plus grande partie du territoire.
Nous dirions : sur tout le territoire, comme, en effet, nous le croyons, si nous en avions la preuve matérielle. Nos preuves matérielles se bornent aujourd'hui aux départements dont voici la liste : Aisne, Alger, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Ardennes, Ariège, Aube, Aude, Aveyron, Bouchcs-du-Rhône, Calvados, Cantal, Charente-Inférieure, Cher, Côte-d'Or, Côtes-du-Nord, Deux-Sèvres, Dordogne, Drôme, Eure, Eure-et-Loir, Finistère, Haute-Garonne, Gers, Hérault, lUe-et- Vilaine, Indre-et-Loire, Isère, Landes, Loire, Haute-Loire, Loir-et-Cher, Loire-Inférieure, Loiret, Lot-et- Garonne, Lozère, Maine-et-Loire, Manche, Mayenne, Haute- Marne, Meurthe-et-Moselle, Morbihan, Nord, Oise, Orne, Pas-de-Calais, Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Pyrénées- Orientales, Rhône, Saônc-et-Loire, Haute-Savoie, Seine, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Tarn, Tarn-et-Garonne, Var, Vaucluse, Vendée, Vienne, Haute-Vienne, Yonne; en tout G3 départements {Action Française du 9 novembre).
Un témoin m'avertit que les affiches et plaques Kub ont .lé arrachées par les autorités dans les Basses-Alpes : voilà qui est donc établi pour t)4 départements. Cela ne compte toujours pas pour M. Compère-Morel.
M. Compère-Morel me fit la bizarre proposition de terminer cette discussion publique par des palabres privés, je l'envoyai promener (12 novembre 1914).