‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 217 sur 238 · I.INTELLFGENCE ET LA FORCE. il · texte numérisé non relu

I.INTELLFGENCE ET LA FORCE. il

l'avilir non plus. La force est bonne en soi. — Oui, (raccord, la force au service du droit. — Non : pas d'accord sur des confusions!... Accordon.s-nous sur des idi^es nettes. Le service, bon ou mauvais, auquel on met la force, c'est une question ; le prix de la force en soi est une autre question. Nous jtarlons de la force pure. Moralement, la force est une vertu {^t, physiquement, c'est un bien. — Il ne faut pas en abuser. — Il ne faut abuser do rien, ni du vin, ni de l'eau, ni de la viande, ni du pain, ni même, saint Paul l'a dit, de la sagesse. Mais mettre les jeunes Français en défiance contre la force, c'est les affaiblir et, en un sens, les trahir, à cette heure où ce ([ui presse, c'est de leur inspirer le désir d'être forts, ;i tous les points de vue, et de rechercher les conditions naturelles de la puissance, tant pour leurs personnes que pour leur pays.

Mais, disent les professeurs, c'est ce qu'on enseigne en Allemagne.

Nullement. Ce que l'Allemagne enseigne, consacre et admire, ce n'est pas la force en tant que force, c'est la force en tant qu'allemande. La défiance de la force peut paraître un état d'esprit inoflcnsif : un peu fouetté et stimulé, ça conduit à siffler le drapeau, à conspuer les « galonnés », à refuser des canons et des munitions à l'armée. . . . On me permettra de dissuader nos professeurs de placer de nouveau la Sorbonne dans ce courant : le plus bel héroïsme du monde pourrait bien ne pas nous sauver celte fois. Vive la France signifie vive notre Force française. On invoque la Grèce? Rome? C'étaient des peuples très forts.

On n'a peut-être pas été non plus très heureusement inspiré en Sorbonne quand on a loué presque sans mesure cet esprit de finesse, qui est fait de mesure, et qui, sous peine de languir et de périr, appelle son complémentaire, l'esprit de géométrie. C'est de rigueur, c'est de logique, c'est de clarté rationnelle qu'ont besoin nos jeunes générations combattantes. Si l'on est convaincu que la Révolution est le terrain de notre évolution historique et qu'elle a condensé la philosophie traditionnelle de la France, qu'on le dise, et surtout qu'on essaye de le prouver; mais il importe d'éviter de prouver faiblement ce hurlant paradoxe, car il est trop certain que la Déclaration des Droits exprime Rousseau et Luther, c'est-à-dire un retour à l'individualisme barbare de source germanique, et la Terreur exprime une autre barbarie, à peine un peu plus sauvage et de même origine, Enfin, mêler, confondre les vainqueurs de Bouvines, qui ont sauvé le Pape, et la Révolution qui l'a emprisonné, Jeanne d'Arc qui a reconquis le territoire, et les Napoléon qui l'ouvrirent trois fois, unifier ces contraires au moyen du terme flottant et vide d' « idéalisme », c'est peut-être une rhétorique ingénieuse, mais je dois dire qu'elle vient tout droit d'un certain Hegel, qui n'était ni Anglais, ni Belge, ni Russe, ni Serbe, pas même Français.

Et puis, en vérité, tout cela, ce n'est pas fort!

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