POUR MÉMOIRE
Le Temps répotul :
La situation qui nous est signalée dans cettre lettro — et d'autres correspondants nous en avaient également dénonce la cruelle injustice — ne peut manquer d'appeler l'attention du gouvernement. L'opinion publique ne comprendrait pas que ces morts glorieuses devinsscntunc occasion de gain pour l'Etat. Il y aurait, tout au moins, un tarif dilTérentiel à établir, pour que la même fiscalité ne vînt pas aveuglément grever les successions de ceu.K qui sont tombés pour la France et les successions des civils ordinaires.
Il y aura à revenirsur celte grande question. Pour aujourd'hui, deux simples remarques s'imposent.
L'une est que, face à l'imprévoyance naturelle à toute démocratie, la monarchique, aristocratique et traditionnelle Angleterre, môme représentée par un chancelier de l'Echiquier socialiste, fait acte de prévoyance, de justice et de piété.
Seconde remarque, dans l'anarchie républicaine, ce sont encore les royalistes qui font j)reuve d'un esprit de gouvernement. Ce sont eux qui ont réclamé ici, par la voix de Bainville, la censure spontanée des dépêches diplomatiques et militaires. Ce sont eux qui, par notre ami Michelin, dès la rai-août, ont demandé la fondation de cet office de produits chimiques destiné à concurrencer l'Allemagne et qui n'a été fondé qu'en octobre ; eux encore, qui signalaient l'iniquité fiscale à l'évidence de laquelle le Temps a dû se rendre au bout d'un mois entier. L'expérience montre une fois de plus que ni l'initiative ni le progrès ne sont choses républicaines, quoi qu'en puisse penser le bon M. Combes.
12 novembre 1914.
Nous ne nous montrons jamais bien chatouilleux ni difficiles sur les paroles prononcées par les hommes qui ont la responsabilité de conduire la France dans les graves circonstances que nous traversons. Ils parlent selon leur éducation politique, leurs préjugés et les pentes connues du vocabulaire usuel. Mais, si un ministre subit l'esprit public, un maître de Sorbonne le fait. Voilà pourquoi nous épluchons les discours et les écrits de MM. Groiset, Boutroux et Séailles. Voilà pourquoi nous nous sommes gardés de faire subir la même épreuve aux dernières manifestations oratoires et littéraires de la présidence du Conseil et de la présidence de la Repubhque. Nous avons même été reconnaissants à M. Viviani de certaines paroles exactes qu'il a mêlées dans son discours de Reims à ce qu'on peut bien appeler les préchis-préchas juridiques de la démocratie. Il a su parler d'un bombardement impie. Il s'est défendu de médire de la force quand la force est en train de sauver la patrie française. Sans doute, nous conservons nos préférences pour l'oraison concise et forte de ce général commandant un camp retranché qui a dit sur la tombe d'officiers morts pour la France : « Gomme eux vous êtes tous prêts à faire votre devoir et à prouver qu'une chose importe, cest le salut de la patrie ■» . Mais chacun n'est
CHIÙFS KT DOCTEURS. 425
pas obligé de parler à la romaine (;l il existe des avocats éloquents. Leur parole emprunte ses figures au trésor des lieux communs qui sont courants et ces prôtés-rendus au vœu des auditoires sont parfois ce qui explique le mieux leur succès. Il n'y a qu'à applaudir comme tout le monde et à s'en aller satisfait tant que le bon sens et le goût ne sont pas oiïensés.
Par contre, nous ne saurions goûter ce genre de satisfaction ni montrer la môme endurance lorsqu'une église ou une congrégation enseignante, telle que la Franc-Maçonnerie, dans un ordre du jour destiné à représenter le symbole d'une foi, foi expliquée à des adeptes, foi proposée par des prosélytes à des catéchumènes, écrit sur une même ligne pour mettre ces deux idées sur le même pied, cjue « la force et la haine ne peuvent servir de base « à une civilisation » : il devient nécessaire de signaler l'erreur grossière à tous les esprits capables de réflexion. Sans tenter d'opposer à la rue Cadet que le catholicisme fit de la force une vertu, on pourrait l'inviter à méditer utilement le mythe d'Hercule, accueilH, modelé et perfectionné par le plus spirituel des peuples connus.