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LES IDÉES DE M. BUISSON

Quant au manifeste que M. Buisson vient d'écrire au nom de la Ligue des Droits de l'Homme pour raconter « le duel à mort de deux religions, la religion de la force et la religion du droit » (qu'il serait assurément plus sage de combiner!) et pour dire en

somme qu'il n'a rien appris ni rien oublié, le lecteur situera et jugera ce manifeste quand il se sera rappelé la biographie de son auteur.

Avant 1870, M. Buisson lançait au Congrès de Lausanne la fameuse malédiction contre les « trois livrées » : celle du prêtre, celle du magistrat, celle du soldat. Ce libéral anarchisait. Mais, à la môme époque, le monde libéral et démocrate exigeait la suppx-ession des armées permanentes dans son programme de 1869, réclamait une armée qui n'en fût pas une et, pour empêcher le maréchal Niel de transformer la France en caserne, transformait notre patrie en un cimetière. Après la défaite de nos armées et l'éviction de la République conservatrice, M. Buisson fut appelé par Jules Ferry à la direction de renseignement primaire; une courte conversation entre le ministre et son lieutenant témoigna que les vieilles gourmes étaient jetées, les folies de jeunesse passées et bien passées. M. Buisson, devenu homme de gouvernement, était prié, en somme, d'adoucir ses angles. Il les adoucit en effet. Mais, avec toutes les réserves d'expression nécessaires, il s'occupa activement de deux choses : imposer à l'enseignement primaire la morale indépendante tirée d'un kantisme anarchique et persuader les Français des origines françaises de l'anarchisme huguenot, le mouvement de Réformation ne devant rien à l'Allemagne, rien à Luther, et ayant été par Sébastien Castelhon une génération spontanée, sur notre sol. Ainsi l'esprit anarchique de la Réforme était débarrassé de l'étiquette allemande qui nous eût mis en défiance et cet esprit luthéro-kantien était méthodi-

quemonl et d'office imposé au nom de l'État français ajix peliis Français.

Je ne puis rappeler quels résultais direcfs, quels contrecoups indirects détermina dans nos affaires politiques, en particulier dans nos alTaires militaires, cet enseignement de l'anarchie au nom de l'État. Le cœur et la fibre profonde d'un peuple né guerrier ne furent pas touchés; mais la tête fut bien malade à la suite de tant de blessures intimes. Des erreurs innombrables, des méprises sans nom furent multipliées. Cet État, dont l'enseignement avait pris une part ri décisive au mal en fut. par très jusle retour, douloureusement alïaibli et décomposé. Cette crise de l'État français pendant les dix-huit dernières années n'a certainement pas été étrangère au calcul heureusement illusoire, de l'envahisseur : le fait a été admis par tout le monde en France et en Suisse par les critiques militaires du Journal île Genève et par les plus graves anonymes du Temp>i. Dans ces lents travaux d'érosion latente, l'anarchie pédagogique de M. Ferdinand Buisson porte le poids de responsabilités extrêmement lourdes.

Qu'en pense-t-il? Il vient de le dire. Il pense comme après 1870 : si les dieux immortels lui prêtent encore un long Age, il recommencera.

Je ne répondrai que trois mots : — Pas la France.

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