‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 3 sur 238 · VI DEDICACE · texte numérisé non relu

VI DEDICACE

rope. Mais Vinoiibliable dernier dimanche de juin sonna pour moi la cloche de Vextrême alarme, l'avènement du nouveau siècle de fer.

Qu'y avait-il dans cette trouble affaire de Sarajevo? les panslavistes? ou plutôt les pangermanistes? Ignorant d'où venait le coup, il m,' était impossible de ne pas en saisir les conséquences. Des amis., plus rassurés ou plus confiants, se moquèrent. Mais la pierre de l'avalanche était bien détachée.

De Rome, oii vous avez recueilli quelques-unes des suprêmes paroles de Celui qui bénit la paix et mourut de la guerre, avez-vous éprouvé l'intensité cruelle du mois qui suivit? Pour nous, ni les audiences d'un grand procès, ni les remous parlementaires contre la loi de trois ans, ni le voyage européen du président et des ministres, ni le congrès socialiste, la conférence de Bruxelles et la mort de Jaurès ne nous ont empêché de voir apparaître le plus haut point des émotions de Vheure au cadran du palais de nos sénateurs. Là, sous les vieux lambris de la reine toscane, des hommes de valeur diverse, mais que l'âge a instruits, n'avaient pu s'empêcher de flairer dans le vent les nouveautés pleines d'orage, et ils en frémissaient. C'est /e 10 juillet que leur fut distribuée la pièce fameuse appelée le Rapport Humbert. C'est le 13 qu'elle fut discutée au Sénat. Au matin du 14, quand notre journal fut achevé, nous nous dirigeâmes, Maurice Pujo et moi, vers la pelouse de Longchamp pour y voir défiler tant de beaux jeunes hommes que la France martyre ne reverra plus ! La pompe militaire pleine de vigueur et de grâce ne

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pouvait dissiper iobsession des paroles qui, la veille, iHdienl échanrjées, palais du Luxembourg, entre iWdminisiration militaire et le Parlement poliiujue.

— Eh ! bien, gtmissait, en substance, l'organe du contrôle collectif, enfin averti des nkilités, comment est-îl 2)0.<sible que, de 1902 « 1915, les dépenses de perfectionnement du matériel mililaire chez les Allemands aient été phifi du double des nôtre^i? Là-bas, deux milliards et deux millions de francs. Ici, pas même un milliard : 980 millions seulement.

— Que pouvais-je, répondait T Administration de la Guerre, à ce mal plus ancien que 1902? Dès 1900, un ministre des Finances, quil serait aisé de nommer, rognait 35 millions sur les i05 et demi dont j'avais besoin. En 1902, /e ne demande plus que 98 millions : mon propre ministre en rabat 38, puis \0,etle ministre des Finances en ôte encore 58.... A partir de ce moment-là, fai reçu des ordres de compression, et fai comprimé! Ce qui n'empêchait ni mon ministre, ni son collègue des Innances d'exiger de nouveaux rabais. « En 1905, les services ne « demandaient plus que 59 millions et on leur en « accordait "ôC) ; en 1904,178 demandaient 61 millions « et on ne leur en accordait que où; en 1905, ils en « demandaient 44, et on ne leur en accordait que 27. « De 1905 à 1907, il est vrai, après la manifestation « allemande de Tanger, plus de 230 millions sont « dépensés hors budget; mais, à partir de 1908 et « jusqu'à l'époque des événements d'Agadir, les pré- « visions sont de nouveau diminuées ; les services « réclament 88 millions et on ne leur en domie « que 57. Pour 1909, ils sollicileni 98 millions et on

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« ne leur en octroie que 66. Pour 1910, au lieu de « 81 millions demandés, on nen accorde que 69, et « pour 1911, les 113 millions déclarés nécessaires « sont ramenés à 86 millions * » .

— Mais, répliquait alors le pouvoir politique et parlementaire, il ne fallait pas me laisser faire cela : il fallait insister, revenir à la charge, élever la voix, au besoin prot oquer un scandale quelconque. Il eût valu la peine de m' offrir votre démission....

— Ma démission, répliquait avec tristesse le pouvoir administratif compétent, je ne l'ai pas offerte, je l'ai donnée. Souvent! Et à quoi cela servit-il?

» Oui, je renonçais à ma fonction pour la mieux remplir : mais qu est-il Aorti par exemple des démissions du [lénéralissime llagron, et^.de son adjoint le général Michaleti 1907? Rien du tout... Le pire peutêtre. »

Pendant que les régiments défilaient, le dialogue intérieur développait ses réponses et ses répliques bourrées de faits, de textes, de chiffres désolants ^

Musicien, poète, critique, dites-moi, cher et grand ami, si Vharmorde des nombres développa jamais rien déplus pathétique? Nous étions à c/uiiize jours de la guerre. Nous ne disputions pas comme ceux de hyzance de métaphysique sacrée. Il s'agissait de nous, de notre destin. L'indiscrétion de la dispute était dangereuse, car elle attirait l'ennemi; mais que dire de l'insouciance et de l'inattention de l'ami?

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