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LES NOUVEAUX MINISTRES

28 août 1914.

Notre espoir dans l'heureuse issue finale de cette guerre est trop ferme, notre patriotisme est trop profond pour qu'il nous soit permis de nous associer à ceux de nos confrères qui saluent dans le nouveau ministère un second Gouvernement de la Défense nationale. Non, non, il n'est pas né, comme le gouvernement du 4 septembre, d'une révolution devant l'ennemi, il ne doit pas finir en donnant au monde le speclacle de la défaite compliquée de désarroi, de gaspillage et de trahison. Les anciens ministres du premier cabinet Viviani ont quitté la place soit par le sentiment justifié de leur insuffisance, soit en vertu d'un jugement porté sur leurs actes par ceux qui avaient vu ces actes de près, c'est-à-dire leurs collègues, leur président et le président de la République.

Il y a peu d'exemples de mutation plus régulière. Beaucoup de bons citoyens auraient souhaité d'éviter une crise ministérielle nouvelle, mais c'est là un scandale auquel nous sommes faits, et l'Europe aussi. Beaucoup d'autres auraient préféré qu'on opérât ce remaniement comme en Belgique dès les premières hostilités. L'occasion n'a pas été saisie le 4 août, peut-être parce que du point de vue des partis et de l'opinion, mieux valait se laisser forcer la main par l'événement que de le dominer en courant le risque effroyable de susciter sur l'heure

LES NOUVEAUX MINISTRES. or

toutes les difficultés et les résistances inhérentes au inéconlenlcniciit des coteries et des groupes. Les ministres incapables ou médiocres se sont ainsi usés eux-mêmes. Oui, mais avec leurs forces ils ont usé celles du pays.

A la diflerence des hommes du 4 septembre, les nouveaux ministres ont l'avantage d'avoir occupé le pouvoir, quelques-uns, comme Millerand, d'y avoir fait œuvre utile. On sait tout ce qui nous sépare de Millerand depuis qu'il a consenti à plaider dans un procès auquel l'ancien ministre aurait dû rester étranger. Mais nous le soutenions en 1912. Nous mettrons la même raison et la môme passion à la soutenir aujourd'hui. Par lui, il y a trente mois les préoccupations militaires et l'esprit militaire sont rentrés rue Saint-Dominique. Ses dons personnels de labeur, de méthode et d'organisation seront maintenant secondés par les vérités politiques nées de la guerre, au lieu d'être combattus par toutes les illusions et toutes les fables de l'ancien pacifisme parlementaire. Cette heure de l'action a remis en place un homme qui paraît avoir le sens de l'action. Sa lettre au général Joft're, sobre, simple, sans flafla ni guirlandes, dit ce qu'il faut comme il le faut. Sa réunion matinale des directeurs du ministère de la guerre, est mieux qu'une parole. Enfin l'annonce de la mise en état du camp retranché de Paris indique un esprit disposé à examiner toutes les possibilités, à commencer par les pires.

Des actes très prochains jugeront M. Ribot, dont l'expérience n'est pas douteuse. La situation va contraindre MM. Briand et Delcassé à accentuer leurs

attitudes les plus récentes, de préférence aux autres caractères de leur passé. Ce sera encore tant mieux! Quant aux deux nouveaux, il faut d'abord dire que Jules Guesde a toujours été patriote : il s'est même souvent distingué, par des nuances suffisamment perceptibles, de ce socialisme qui a fait prévaloir, aux vingt dernières années, des tendances individualistes, cosmopolites, démocratiques et libérales. Un journal exhume des déclarations patriotiques de lui qui datent de 1805, précisément l'époque où la « social-démocratie » française devenait plus démocrate que sociale. Bien plus social que démocrate, plus attentif à la doctrine de l'organisation qu'à la doctrine individualiste, le Guesdisme au rebours du Jaurésisme sentait les rapports du social et du national. Ces observations ont été faites plusieurs fois dans notre vieille Revue entre 1899 et 1904. Il était équitable de les renouveler aujourd'hui.

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