X DEDICACE
avec une fermeté absolue, décidés à fuir sous la terre cjuand les salei capotes grises se présenteraient aux octrois. Jusque-là, on restait. Mais quelle pitié pour les choses ! De quels yeux on couvait ces voûtes de Notre-Dame, ces arcs, ces colonnades de Palais admirables promis à la dévastation!
De ma petite enfance, des temps qui ont suivi la première invasion, renaissait en moi le fantôme des peupliers et des ifs plantés hors des limites du champ paternel: hautes cimes en pointe, aiguës comme des casques, berçant au ciel du soir le rang d'une armée ennemie. Ainsi flottait au nord de Paris la grande menace et, dans la ville pavoisée du haut en bas, le frisson des drapeaux, qui descendait le long des façades nocturnes au moindre souffle, troublait la paix de la rue vide, que la clarté du ciel tranquille rétablissait.
Un soir de la fin d'août, sur la terrasse suspendue entre les étoiles et la Seine, j'entends encore cette parole amie et confiante, comme ils approchaient : — Après tout, ]jeut-être quils ne viendront pas jusqu'ici.
Ils n'y sont arrivés que par la voie des airs, et comme on les a reconduits !
Si vous trouvez des vides dans la suite de nos émotions de la guerre, c'est qu elles se sont exprimées {pour Dixmude, par exemple) en faisant cortège à nos Morts. Ces mémentos funèbres seront recueillis autre part. Ici et ailleurs, je crois bien avoir évité le ridicule de parler nulle jyart tactique ou stratégie. Les hommes de l'art travaillaient. Notre art ne
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pouvait consister qu'à assurer leur liberté. Ai^isi le conseillaient les anciennes maximes^ qui sont sûres, je peux te dire, je ne les ai pas inventées. Elles se recommandent du souvenir immémorial des épreuves du genre humain. Ma seule crainte est d'avoir eu quelquefois trop raison. Mais il faut avoir du courage : il faut oser redire les vérités trop simples au monde indifférent et au siècle ignare. Il y va de la vie future de la France. Il y va, ce qu'oublient trop de malheureux, de la vie, de la sûreté, de Vintégrité physique de la personne même de ceux qui survivent. Plus ila seraient ingrats, distraits, oublieux et sots, plus ils auraient à subir encore, eux-mêmes, dans leur propre chair, les effets de Verreur et la passion. Ces effets terribles, vous les savez mieux que personne, vous et les vôtres, après tant de mois de service de jour et de nuit dans les hôpitaux militaires! 0 voi ch avete gl' inteletti sani, vous êtes du très petit nombre à qui l'on peut redire sans avoir à le démontrer que le patriotisme, quand la raison réclaire, nest que le synonyme de la pitié la plus profonde, des plus hautes tendresses et enfin de l'humanité.
Puisse votre pensée de Français catholique, accordant le culte de la seule Internationale qui tienne au vigilant souci de la France éternelle, retrouver quelques-unes de ses préoccupations généreuses dans ce gros livre informe d'un ami très reconnaissant.
Ch. m.
LA FliANCE SE SAUVE ELLE-MÊME
DE JUILLET A LA MI-NOVEMBRE 191 i. AOUT 1914