VI \L' LA NATION
le l'aire. « Cevoy.age « a eu lieu », avoue V Humanité. Nous alleiulions aussi rappréciation. La voici, découpée dans le même journal : « Nous avons le devoir, sur un sujcl aussi grave et aussi douloureux pour les socialistes irréductiblement internationalistes que nous sommes, de ne nous prononcer qu'avec la plus expresse réserve. Mais, etc.... » On voudrait que le sujet grave et douloureux devint surtout inslructif.
M. Sudekum s'est heurté, disent les dépêches italiennes, à lirrésislible opposition des socialistes romains. En quoi, ceux-ci étaient absolument d'accord avec le sentiment national et rinlérèt national de toute rilalie; comme les socialistes français sont d'accord avec le sentiment national et l'intérêt national de la France entière ; comme o le grand écrivain socialiste anglais »,M. Wells, qui vient de donner aussi son avis sur la guerre, s'est trouvé tout à fait d'accord avec le sentiment national et l'intérêt national de son Angleterre. Si les socialistes y veulent réfléchir, le fait pourra paraître « grave » et même '« douloureux » pour leur doctrine qui élève la solidarité sociale des classes au-dessus des liens nationaux, car il est vrai que cette doctrine est détruite par les faits. Mais que peut donc leur importer une doctrine si elle est fausse? Reconnue telle par eux, elle cesse de leur appartenir, c'est une étrangère et une ennemie. Ils n'ont qu'à la quitter comme une défroque et prendre les couleurs nouvelles et splendides de la vérité retrouvée.
Le changement s'impose. Caria persévérance dans l'erreur peut créer des mécomptes nouveaux. Je vois
150 LA FRANCE SE SAUVE ELLE-iMËME.
M. Wells qui s'excite contre le Kaiser et M. Krupp. Jacques Bainville lui a déjà péremptoirement répondu par anlicipalion dans l'article qu'on vient de lire, écrit loin de Paris/. Il y a cent vingt-cinq ans, la France, pour venir à bout des « tyrans, des rois conjurés », dut recourir aux procédés et aux méthodes militaires de la monarchie qu'elle venait de renverser ; la France dut abdiquer les méthodes oratoires et libérales de la Constituante, qu'elle avait tant pratiquées et applaudies, pour se ranger au réalisme, à l'empirisme organisateur de ces comités delà Convention qui, à l'automne de 1794, publiaient le plus bel éloge qui ait jamais pu être écrit de la politique bourbonnienne. Comme ces comités, on peut suppléer quelque temps à la monarchie. Suppléera-t-on à Krupp? Et peut-on venir à bout d'un fondeur de canons autrement que par un autre fondeur de canons? Il n'y a pas longtemps, on affectait de mépriser et d'insulter comme les exploiteurs des peuples européens les chefs de la métallurgie française. Mon maître Anatole France répudiait dans un banquet de 1911 une « grandeur de ferraille». Où seraient nos armées sans cette grandeur-là? Que deviendraient nos soldats sans cet admirable colonel Déport, constructeur du 75, et sans ces admirables généraux Mercier, Deloye, Langlois, Sainte-Claire- Deville, Billot, qui collaborèrent soit à sa construction, soit à son adoption? Nos fantassins entourent
1. Article paru en tète de l'Actio)i française, intitulé : « L'État brigand » (ou l'État prussien) une des nombreuses pages qui annonçaient les analyses lumineuses de l'Histoire de deux peuples.