‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 73 sur 238 · I.A COALITION DKCISIVE · texte numérisé non relu

I.A COALITION DKCISIVE

Au fur et à mesure qu'il recopie lui-môme en les résumant ces défis à la loi du monde, M. Vaillant ne peut s'empêcher d'exprimer aussi son indignation. Le ton de l'analyse s'échaulTe et fait éclater une imprécation finale qui est digne de l'amèrc ironie des premiers mots. Lisez-la :

L'Allemagne ne se hâte tant de les écraser (/es peuples belge, français ou serbe) que i)Our pouvoir mieux alors les prendre en pitié. Une fois vaincus définilivcment et prosternés elle sera généreuse pour eux, comme elle l'a été pour l'Autriche après Sadowa. Elle se contentera de les attacher, avilis et déchus, au char de sa fortune. Ils seront les satellites de l'impérialisme allemand dans l'Europe i)ar lui asservie.

Rien, peut-être, mieux que cette suprême injure, n'est capable de faire entendre au Français qui, par impossible, ne l'aurait pas encore comprise, la nécessité impérieuse de résister, de combattre inlassablement jusqu'au bout, jusqu'à l'écrasement de l'impérialisme militariste allemand.

A cette lutte pour l'existence, l'honneur et la dignité de la patrie, pour la liberté et la paix de lEurope, doivent être donnés toutes les énergies, toutes les forces de la nation, de ses armées, de ses citoyens.

Je ne crois pas qu'il soit possible de mieux dire. Mais ces justes paroles ne devraient-elles pas s'achever aussi dans une vue générale tout à fait juste? Si M. Vaillant avait sur l'épaule un Lebel ou s'il tenait l'épée, je ne le presserais point d'ajouter à celte action militaire ab.sorbante un effort intellectuel de plus. Mais s'il parle et écrit, il pense S'il pense, que lui coûterait de penser jusqu'au bout? Pourquoi ne prendrait-il point garde à la signification profonde du spectacle qu'il donne, ainsi que ses coreligion-

naires politiques allemands? Eux nationalistes allemands, lui nationaliste français, tous oublient leur solidarité de classes dans l'urgent intérêt de solidarité de nation !

Je viens d'écrire un mauvais mot. Coreligionnaire. Être socialiste, ce n'est pas, je suppose, professer une religion, ni adhérer à un dogme surnaturel, ni porter dans son cœur une foi dont les vérifications sont outre-tombe. La confiance dans la suprématie des solidarités de classe, l'acceptation de cette idée que deux prolétaires, l'un français, l'autre allemand ont plus d'intérêts communs qu'un propriétaire français et un prolétaire français, qu'un propriétaire allemand et un prolétaire allemand, l'acceptation de cette idée, la confiance qu'on met en elle doivent être subordonnés à l'hypothèse- que l'idée est vraie. Si elle ne l'est pas, rien de fait! Si l'expérience en démontre la fausseté, il est naturel de lui retirer toute confiance, d'interrompre l'adhésion pour adopter cette autre idée plus raisonnable, plus conforme à la réalité que notre plus haute communauté d'intérêts est exprimée par le lien national.

Éclairés et convaincus par l'expérience, les socialistes n'ont plus qu'à souhaiter bonne nuit à leur méprise de la veille. Qu'est-ce qui les en empêcherait? Je me perds à le rechercher. La vérité est impersonnelle. L'honneur des intelligences humaines consiste à la désirer de bonne foi ; l'erreur sincère ne l'entache pas, mais l'éprouve : il dépend de nous de l'utiliser pour le mieux. La nation française serait aujourd'hui établie sur un des plus nobles et des plus utiles belvédères de son histoire si tous les

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partis, vieux ou neufs s'accordaient sur ce point de fait que les idées nationales, les intérôts nationaux, sont les plus répandus et les plus forts qui soient; plus forts, plus répandus qu'ils n'ont jamais été'. On peut, on doit s'élever plus haut que ce point de premier accord, mais, de là. on voit du pays, et, comme le terrain est solide, on peut y bâtir.

Ah! Fran(;ais, ah! socialistes quand voudrez-vous penser aussi bien ([ue vous sentez et que vous

1. Il esl curieux de constater qu après deux ans de guerre, l'écrivain qui signa Lysis à VUumanité a fait une campagne en ce sens dans le journal de M. Hervé.

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