‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 74 sur 238 · LE CORPS DIPLOMATIQUE AU VATICAN · texte numérisé non relu

LE CORPS DIPLOMATIQUE AU VATICAN

8 septembre 1914.

Ne trouvez-vous pas que nous avons à Rome une situation ridicule? Ce fut jadis celle du Carthaginois en Italie quand ses adversaires lui reprochaient de savoir vaincre sans savoir profiter de la victoire.

Nous venons de remporter un avantage d'autant plus brillant qu'il nous a coûté peu d'efforts : les intrigues de l'ancienne Triplice n'auront servi de rien : autant que le feu Pape, le Pape élu est un ami déterminé de la France, tous ceux qui représentent une amitié française dans la Ville Eternelle témoignent ouvertement de leur joie, et, le jour où le corps diplomatique est présenté à Sa Sainteté Benoît XV, c'est-à-dire hier même, il devait y avoir, il y a eu, du côté de l'Allemagne et de ses rares alliés dans le monde, quelques figures merveilleusement allongées.

C'était un triomphe pour nous, mais à la condition d'avoir là un représentant qui pût s'épanouir devant la déception des autres et lui faire un pendant d'allégresse victorieuse'. Cette condition n'a pas été remplie. Ce contraste n'a pas eu lieu. Bien que Sa Sainteté Benoît XV ait fait sentir le regret de ne pas trouver devant lui un ambassadeur de la France, ce qui nous sauve un peu la face et ce qui entrouvre une porte à quelque retour de sagesse,

1 . Telle était, de l'aveu de tous, la situation en septembre 1914. On dit qu'elle a changé depuis. A qui la faute, sinon à qui nous tient absents de Rome, où l'adversaire est représenté?

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noire absence est plus qu'un scandale et qu'une sottise : c'est une inconvenance et une laideur. Un peuple peut avoir le droit d'ignorer on de mépriser ses intérêts matériels et moraux les plus importants. Un peuple comme la France n'a pas le droit de se donner en risée, de faire mépriser son nom, et de se laisser prendre pour un hurluberlu sans sagesse. L'heure européenne est trop grave, les moments vécus sont trop durs pour que nous adoptions ce luxe d'imbéciles, qui consiste à dilapider son propre trésor. Il n'y a qu'un trait de plume à donner, un représentant à nommer, un voyage rapide à lui faire faire : ne serait-ce que pour aller respirer les beaux lauriers déjà fauchés en notre honneur par des mains amies, l'ambassadeur au ^'alican devrait être en chemin depuis quelque vingt-quatre heures.

j\I. Poincaré, M. Delcassé, M. \iviani, leurs collègues auront-ils ce bon mouvement? Plus il sera ;>pontané, vif et prompt, plus il ressemblera à la France, à la France de cette année-ci, de ce mois-ci, et mieux il vaudra !

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