LE DANGER DES HARANGUES
10 septembre 1914.
Un groupe de députés de toutes couleurs vient de se constituer pour organiser des conférences à travers le pays. Comme on vient de fermer la Chambre, ces messieurs vont mettre en roulotte la tribune et le verre d'eau. Fouette, cocher I Chauffe, chauffeur! Le bruit malsain que l'on croyait apaisé depuis le décret de clôture reprendra de plus belle à travers les départements non envahis. N'était-il pas possible de nous épargner ce tumulte? La paix au dehors nous manque : messieurs les députés ne pourraientils pas nous la laisser au dedans?
J'entends bien que le gouvernement de Bordeaux a voulu se délivrer des bruits de couloirs qui commençaient à courir la Gironde et qui lui donnaient un sérieux mal à la tête. L'heure était grave pour faire de tous ces députés ou sénateurs des « commissaires aux armées ». On en fait des espèces de commissaires à la nation. A Bordeaux comme aux Armées, le danger de ces parlementaires était qu'ils se sentissent vaguement qualifiés, sinon pour agir, au moins pour peser sur les décisions des camarades ministres : dans les provinces, ils se contenteront de parler. Or, depuis quarante-trois ans il a coulé un tel flot de paroles sur la France qu'on peut l'estimer tout à fait blasée sur la signification des mots répandus. S'ils ne font pas de bien, ils ne feront pas