‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 81 sur 238 · ET · texte numérisé non relu

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II septembre 1914.

Notre admirable armée continue à faire des prodiges de ténacité, d'endurance et de ferme vigueur. Les dernières nouvelles qui nous viennent de tout le front chantent la gloire de la race, la belle noblesse du sang et la hauteur d'intelligence de ceux qui commandent : l'esprit public du pays, de tout le pays, fait à ces bons combattants le plus digne écho. Sur ce sujet, M. Edouard Vaillant a raison d'écrire dans V Humanité que « la nation est unie » et il a raison de comparer aux résultats militaires et politiques obtenus par notre armée les misérables souvenirs d'il y a quarante-quatre ans.

L'Empire — en bon français : la démocratie couronnée et plébiscitée — n'avait même pas su faire comprendre à l'opinion dont il était la créature la nécessité d'arrêter le développement de la Prusse. Et ce développement, il en était aussi l'auteur ou le complice, comme l'opinion du pays en était aussi le complice ou l'auteur. Il avait tout fait pour seconder Bismarck; pour l'enrayer, rien. Rien pour la propagande à l'intérieur, rien non plus pour la diplomatie, rien pour l'organisation militaire. Ne diminuons pas ses responsabilités. Elles sont plus graves encore que celles de la troisième République. Celle-ci passa quinze ans entiers à persécuter notre armée. Cette persécution n'a jamais tout à fait cessé; elle a reparu dans toute sa i^loire aux séances du Sénat et de la

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Chambre des 15 et lijuillel dernier à rinLer[)ellalion Humberl; mais les circonstances européennes et les campagnes de V Action française ont été assez fortes, ces dernières années, pour limiter le mal et conserver le degré d'autonomie strictement nécessaire au nouvel État-Major, l'ancien État-Major auquel on doit le canon de 75 ayant été balayé vers 1900.

Ainsi, l'opposition antirépublicaine a été bienfaisante pour l'armée française ; mais l'opposition des républicains sous l'Empire ne l'avait pas été : cette opposition souhaitait impudemment une armée qui nen fut pas une, elle désarmait un pouvoir qui avait la faiblesse de se laisser faire. Devant l'ennemi de 191 i, nous avons fait la réconciliation nationale; devant l'ennemi de 1870, l'opposition républicaine se réjouit des défaites de l'empereur; après Sedan, elle n'hésita pas à opérer, pour le renverser, une révolution, devant l'ennemi. Et cette opposition républicaine qui avait demandé, en 1809, l'abolition des armées permanentes, s'intitula gouvernement de la défense nationale et fit parade d'un patriotisme effrontément et verbeusement militaire.

jNI. Vaillant accuse une moitié de ce gouvernement, celle qui campait à Paris, d'avoir capitulé et trahi, en quoi il ne se trompe guère, mais il loue « la belle organisation défensive créée par Gambetla » , en quoi il se montre un peu en relard sur les vérités reconnues ; il établit qu'il na pas eu loisir de voir encore le livre irréfutable et irréfuté de notre ami Dutrait-Crozon : Gambetta et la défense nationale. Si, comme je me plais à le croire, M. Vaillant a du goût pour la vérité, qu'il lise et médite ces pages!

Elles sont décisives non pour l'esprit de parti, mais pour l'esprit critique, l'esprit qui veut voir et se rendre compte.

Nous n'y mettons pour notre part aucune prévention hostile. Si la vérité de l'histoire et du patriotisme était pour Gambetla, nous mettrions Gambetta à la place où nous saluons les Carnot, les Cambon et tous ces membres de la Convention qui réussirent le sauvetage de la Patrie. Nous n'avons jamais ménagé notre hommage aux souvenirs de leur dictature de salut public. Gela nous permet de le refuser, comme de tout temps nous le fîmes, à la dictature de lincapacité. Cela nous autorise à demander le sacrifice d'une fable par amour de la vérité et aussi par respect pour le peuple de France.

Quelques révolutionnaires purement oratoires et mystiques peuvent estimer que, fable ou vérité, c'est toujours bien assez bon pour le peuple. Nous croyons que le peuple n'a pas des besoins moins exigeants que l'élite. Il lui faut de la vérité comme du pain. Le mensonge historico-politique vous empoisonne un peuple tout aussi proprement que le cyanure de potassium.

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