UNE NATION
Sur le fond du sujet, qui est de définir l'idée de nation, on peut douter qu'aucun résultat appré-
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ciable soit obtenu. Renan distingue tvec raison l'idée de nation de Tidée de race physiologique, et m^me de race historique, mais Tune des lacunes de son travail apparaît déjà en ce que les questions de nationalités qui se posent aujourd'hui intéressent non seulement les nationalités « à population fusionnée > comme la France, l'Allemagne, l'Angleterre, ritalie, l'Espagne, mais celles où la fusion ne s'est pas faite et ne se fera peut-être jamais, comme les Grecs et les Serbes. La définition de Renan ne vise que les nationalités occidentales, et elle est aujourd'hui beaucoup moins juste qu'il y a trente ans.
Quelle est la pensée dominante de l'étude ? Tempérée, nuancée, sans cesse reprise et, à chaque inst^int, contestée ou môme détruite par les concessions de l'auteur, elle aboutit cependant à dire qu'une nation est essentiellement un principe spirituel résidant dans la volonté, ou dans le consentement, ou dans le désir de continuer la vie en commun. Ce qu'il y a d'incertain, d'équivoque et de fragile dans ce lien purement spirituel, Renan le voit si bien qu'il a soin d'ajouter qu'il ne faut pousser à l'excès aucun principe et que le sien ne vaut que d'ensemble et d'une manière assez générale. L'affirmation finale, pauvre, appauvrie encore par la formule qu'il en produit, il s'y tient cependant et il veut qu'on s'y tienne, qu'on se contente de ce peu : cette subite foi de charbonnier, cette promptitude à accepter ce qui satisfait très mal fait un très vif contraste avec la vigueur déployée dans la critique précédente des autre» principes du sentiment national :
la nation n'est pas la race, la nation n'est pas la langue, la nation n'<»st pas la religion ni l'intérêt économique, ni la figure d'une contrée. Certes, Renan veut dire, il dit parfois explicitement qu'aucun de ces principes ne suffit à expliquer une nation. Mais ce qui ne suffit pas peut être néanmoins nécessaire ou utile : la langue française que nous parlons ou le territoire de la France que nous habitons n'est pas le seul élément de notre nationalité; celle-ci existerait difficilement sans l'un et l'autre, sans l'un ou l'autre, elle n'existerait pas du tout.