‹ Les conditions de la victoireChapitre 155 sur 204 · PEUR DU DANGER ET DANGER DE LA PEUR · texte numérisé non relu

PEUR DU DANGER ET DANGER DE LA PEUR

Mais si personne ne bouge, que penserens-nous?

Ce que nous pensons déjà. Qu'il y a beaucoup de

grimaces, de littérature et d'art, fabulœ fictœ^ dans

les paroles qu'échangent les hommes, les femmes,

\s sociétés et les peuples de notre temps.

Drumont aimait à dire après ProuJhon : l>lago-

logic î

On dira aussi que des émotions intimes et vraies lit pu être combattues et neutralisées par d'autres aiotions plus fortes; aussi l'émotion qui donne l'envie d'agir, peut être contrariée par l'émotion appelée [teur, qui donne envie de se tenir coi. L'effet d'intimidation poursuivi par l'Allemagne aura donc réusb^i tlans cette hypothèse. Les neutres auront voulu

marcher. Puis l'idée d'exposer sciemment leurs bateaux et leurs nationaux au sort de la Lusitania et dé ses passagers aura pu les faire renoncer à leur volonté vertueuse.

Dans cette hypothèse, c'est à cette peur collective qu'il faut parler. Et il faut lui faire peur. Le parti que la peur conseille est plein de dangers.

Rien n'est plus dangereux quo de consentir à subir la terreur allemande.

Si l'on donne raison à cette l'orme hideuse du « calcul des impondérables » que les Boches ont faite dans leurs caboches, ils vont multiplier les attentats du genre de celui dont on porte le deuil. Quand le coup d'intimidation a bien paralysé les spectateurs du crime, les criminels n'ont plus nulle raison de se gôner. 11 leur suffit de redoubler, et ils redoublent. S'il vient de périr plusieurs centaines de citoyens neutres, il en périra prochainement des milliers. Le nombre des victimes comptant dans la terreur qu'il s'agit de semer, qui ne voit que les Boches ont intérêt à l'augmenter pour augmenter cet effet déjà obtenu?

Certes, je ne voudrais faire à aucun neutre l'injure de penser qu'il ait pu céder à la crainte, je n'ai formé jusqu'ici qu'une hypothèse philosophique, mais enfin si de tels sentiments pointaient quelque part, il n'y aurait pas à s'adresser à la conscience ni au cœur des nations, mais à prendre les ambassadeurs et chefs des missions par le bouton de leur redingote et à leur dire :

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