‹ Les conditions de la victoireChapitre 154 sur 204 · LES MOTS ET LES CHOSES · texte numérisé non relu

LES MOTS ET LES CHOSES

On aurait pu prévoir l'effet spontané de l'indignation universelle aux temps où, comme à certaines heures du moyen âge, la conduite des hommes était réglée par un sentiment quasi-physique du gouvernement de l'univers selon un ordre divin, c'est-à-dire sentiellement raisonnable et bon. Une société de itions dont chacune serait à peu près également nétrée des enseignements d'une même doctrine de fraternité et d'amour ou convaincue de l'existence d'une justice non pas certes immanente, mais transcendante et suspendue sur la tête de chacun de ses Iransgpresseurs, une telle société pourrait voir, comme tout agrégat humain, de grands crimes; mais elle pourrait aussi espérer que, à leur vue, .son propre mouvement, élan de colère et d'horreur, en déterminerait le châtiment rapide. Pouvons-nous former le même calcul précis et net à propos de notre société donations?

Même en Europe occidentale, les nalions sont très divisées de doctrine. Elles n'ont ni la m^^me moralité, ni la môme mentalité. Par conséquent, malgré tels accords apparents portant sur la forme des choses ou sur les vocables qui les désignent, on y juge de tout de la façon la plus diverse. De plus, comme il était inévitable, depuis plusieurs siècles que le lien commun s'est brisé, la doctrine retenue parles dissidents a beaucoup perdu de son énergie, de son pouvoir de détermination. On y professe en termes plus ou moins généraux et vagues la réalité de r « idéal », en se gardant de définir avec précision les idées dont il se compose. On croit au bien, comme on vote pour le moins mauvais, sans s'expliquer avec beaucoup de vigueur sur les caractères cl les conditions de ce bien. L'influence de ce protestantisme et de ce libéralisme n'a pas épargné les Étals catholiques. LA, comme ailleurs, un peu moins qu'ailleurs peut-être, la violation du droit, les offenses à l'humanité, font surtout pousser des cris. L'expression littéraire cl oratoire de la « pitié suprême » s'est enrichie dans des proportions inconnues de l'époque où Ton composait le Stabat }fate)\ Mais, plus ces clameurs sont élevées, moins elles paraissent avoir de chances de déterminer à agir. Au contraire, les cris, les considérations juridiques ou philosophiques sur l'étendue et la gravité du crime allemand semblent devoir offrir un dérivatif dangereux et, pour parler net, composer une attitude en vue de ne pas bouger.

Si, comme on peut le craindre, une action . :.. mune des neutres ne se produit pas, il faudra repor-

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de deux ou trois neutres ou d'un seul. En ce cas, on pourra dire que, malgré tout, notre temps aura donnt^ un refuge au droit pur, un organe matériel à la moralilé idéale lésée. On ajoutera que le roi Albert 1'' n*aura pas élc une exception héroïque et qu'il y eut d»^ son vivant des nations entières qui furent dignes

• ce roi chevalier. Concurremment à la frivole sen- Meric romantique, à l'impressionnabilité superfi-

• lle en usage dans la plupart des pays des deux misphères, il aura existé un nombre encore suffisant de cœurs solides et hardis, de caractères vraimont humains dans lesquels la parole ou le cri

liront été les signes loyaux d'émotions profondes assez- lient ressenties pour atteindre au réel

cl se « ren actions.

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