DELCASSÉ
C'est dans le même sentiment que nous joindrons nos compliments à ceux que la commission de affaires extérieures de la Chambre est allée porter ;i M. Delcassé. C'est son plan qui réussit. C'est à son plan que les événements de l'histoire ont, en fin do compte, assigné la préférence sur le fameux plar Hanotaux. A vrai dire, le premier plan Delcass avait échoué en 1905, comme le plan Hanotau '^Vlnif flf^fnif <le Ini-mAnio on \>^9S. L'idj^f^ t\f- .- -.1-
quérir Melz et Strasbourg en s'nlliani à Berlin, était contraire au sentiment profond de la nation française. Il eût fallu la soumission unanime à une autorité morale et politique très puissante, soutenue par des institutions extrêmement fortes et souples, pour courir le risque et l't'preuve du plan envisagé par le ministère Ribot-IIanolaux, il y aura vingt ans le mois prochain, et dont la visite à Kiel fut le témoignage en juin 1895, Une démocratie parlementaire ne pouvait avancer sur cette corde raide. Mais le plan Delcassé, quoique plus simple, se trouva condamné en fait aux mômes revers, par suite de la même faiblesse de la Constitution. C'est ce que Ton expliquait en iOiO à l'épilogue du premier Kiel et Tanger :
< A plus forte raison, très soutenable était aussi la pensée d'une action commune avec l'Angleterre nous rassemblant malgré Guillaume et se raccordant ainsi au concept instinctif et primitif de la Revanche ; mais cela exigeait la restauration de l'armée, le raffermissement de l'opinion publique, le châtiment des traîtres, le silence des factieux, la résurrection de l'autorité, la transformation intellectuelle et morale de ceux-là même qui se trouvaient investis de l'exécution de ce plan.... »
Il est ridicule de dire, comme semblait le faire hier le Temps, qu'un ministre des Affaires Étrangères n'a pas à s'occuper de donner à son pays une armée et une flotte, car il a le devoir de mesurer sa politique sur l'état de cette flotte et de cette armée, les négociations et les instruments n'étant plus aujourd'hui, comme l'a reconnu parfois le Temps, que les signes fiduciaires de la force qui les soutient,
Li: PARLEMENT SE RÉUNIT.
L'erreur que M. Dcicassé rachète brillAmmcnl aujourd'hui était alors si compIMc et si profonde que révéneinent se prononça contre lui ftvec une violence dont personne n'a pu dire qu'elle fût injustifiée : abandonné par ses collègues, trahi par l'entourage allemand de M. Bouvier, il du» K^mi.nr <1>i pouvoir sur une injonction étrangère.
J'ai rendu justice dans le second Kiel *l Tnnyer, on i913, aux corrections heureuses que M. Delcassc a fuit subir depuis à sa méthode. H s'est instruit par le pouvoir et par l'épreuve, à l'heure ménie où le régime démontrait son indécroUable impuissance à se corriger et a se compléter, même par la peur des coups, même sous la pluie des coups : cVst un fait hislorique, établi i)ar la lettre inoubliable de M. Poincaré à George V, qu'à la veille de la déclaration de guerre nous n'avions pas encore d'alliance avec l'Angleterre! Il aura fallu la violation du territoire belge — c'est-à-dire la collaboration merveilleuse de ce bourru bienfaisant de Ouillaumo II — pour déterminer celte intervention de salut.