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POUR NOUS EMPECHER DE PENSER

IT. décembre lOfi.

Une grande parfie de la séance publique annuelle de l'Acadéinie des sciences morales a é\6 remplie par un discours de M. Bergson, qui ne représente pas un progrès sur les travaux, en partie discutables, mais toujours fort intéressants, de M. Emile Boutroux. Chez M. Bergson, la rhétorique prend décidément le pas sur la philosophie et se met de façon un peu trop visible au service de tout ce qui aurait intér^^t à ce que les Français ne tirent ni profit ni leçon de la guerre. Par bonheur, la manière un peu fuyante et diffuse de M. Bergson enlève à ses erreurs une partie de leur prise sur le public. Autant la précision forte de Paul Bourget s'enfonce dans les esprits et les oblige h {\rcr d'une idée tout <•(' qu'elle contient d'utile, autant le sautillé, le discontinu, le flotillnnt i\c M. Bergson laissent la pensée indécise sans lui inspirer de perplexité trop fûoheuse.

Mais ceux qui l'auront écouté ou lu attentivement admireront que, sous la coupole d'un vieux palais national tel que le Palais Mazarin, on puisse accumuler à haute voix une telle multitude d'erreurs oti de négligences hislori(|ues. M. Bergson a parlé de «lisciplinc et de mécanisme prussiens, absolument comme s'il ignorait que toute l'Europe du xviii*cl du XIX* siècle j use] n'en 1870 a retenti de la louange du libéralisme prussien. M. Bergson a parlé de la centralisation prussienne comme s'il eût ignoré que

!•- ^\blèlue lie décenlraiisutiuu iDnu^uré pnr Sloiti ' «ns la Prusse de 1815 et bien perfectionné depuis

-^l un des plus complais, dos plus achevés. M. Paul i'eschanel a écrit : l'un des plus « beaux » qui soient. M. Bergson a parlé de runiforrailé prussienne.

oinme s'il eftl été absolument étranj^er à c<*llc

oritc, cependant établie par tous les critiques de notre étatisme révolutionnaire et d'ailleurs évidente ■ Il soi, que la démocratie est le plus uniforme des it'gimes: notre bureaucratie et nos départements en fournissent les monuments aussi irrécusables que malheureux. Enfin, en constituant une sorte de liu's»' qui, par une série de malédictions sur l'indu-strialisme, le machinisme, le mécanisme, le bas matérialisme moral, aboutit à identifier tour cela au militarisme, M. Her^son a commis une mauvaise

Mîtion dont l'importance lui a échappé, comme le ! ait a pu passer inaperçu des auditeurs ; mais je liens

, lui dire dans ce journal, au nom de ceux qui sont morts et au nom de ceux qui combattent, que son Masphème insidieux est surtout une niaiserie, car

' militarisme, tel qu'on le voit se développer de Dixmude à Belfort, met en jeu les plus nobles spon lanéités de l'âme et les phases d'organisation ou

le préparation y demandent autant de génie que

l'amour.

Ces chutes nécessaires dans l'erreur insolente auront l'avantage de montrer le but secret de l'amplification de rhétorique de M. Bergson. Il y a des vérités sensibles à fleur du sol. Mais il y a aussi d'immenses intérêts, intérêts de parti, intérêts de régime, à ce que ces vérités ne soient pas saisies

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par la France. Alors des artisles plus ou moins bien doués sonl conviés à nous broder des voiles el des écrans. Le voile ou i*écran de M. Bergson n'explique sans doule absolument rien des faits d'histoire qu'il prétend interpréter et que, d'ailleui-s, il n'expose mftmc pas fulèlemenl. Mais qu'importait! L'essentiel, c'était de permet Ire une négation aussi effrontée que sournoise de la série Luther Rousseau-Kant- Fichte, c'était d'attribuer aux pangermanistes un maître français Gobineau, sans dire que Gobineau était lui-môme un élève de l'Allemagne, et, finalement, de pouvoir revenir sur sur la vieille chimère romantique d'une unité allemande, d'une organisation allemande qui aurait pu se faire, suivant M. Bergson, autrement que par le fer et par le feu.... Les bons esprits accoutumés à la probe clarté des idées de ï A et ion française ne pourront même pas suivre M. Bergson dans son affreuse mythologie de l'histoire, mais ils ne perdront pourtant pas cette occasion de faire remarquer que l'unité allemande s'est opérée au xix* siècle, comme l'unité italienne, au moyen d'une dynastie, d'une diplomatie et d'une armée : moins quo tout autre, la diffuse Allemagne pouvait se passer de ces conditions, qui n'ont cependant jamais manqué en aucun temps ni à aucun pays. Je montrerai demain que, pendant que M. Bergson . est employé à poser ses doigts légers sur nos paupières, les jeunes peuples el les vieux, Tancien et le nouveau monde commencent à ouvrir des yeux avides de savoir.

14 décembre 11>14.

Nous n'avons pas parlé trop sévèrement hier du

iirs de M. B(M'gson. Nous aurions eu le droit

i^ter, avec plus de vigueur, sur le scandale

intellectuel donné par un maître important qui, soit

' iilé, soit ignorance, défigurait l'état politique et

t)ire de la Prusse sur des poinis aussi connus,

Ljssi certains que, par exemple, la centralisation :

il y a guère d'iiltat mieux décentralisé que la Prusse,

M. Bergson en a parlé comme il eût fait de l'État

français depuis la Constitution de l'an VIII!

Il s'agit de nous faire mépriser dans l'Allemagut- c ; qui en fait la force, il s'agit de faire croire aux l'Vanlisqueces merveilles de préparation et d'organisaiion militaires représentaient quelque chose d'inférieur et même de corrupteur. Il s'agit de faire la théorie justificatrice de la dé mi {ni lion ^ comme les Mlemands ont lait la théorie jùslilicalricede la férolé. Il est douteux que notre esprit public se laisse rendre à de tels pièges, mais il ne suffit point de i. <Ure pas dupes d'une erreur perfide, il faut aussi nous bien saisir de la vérité qui lui est opposée.

C'est pour cela qu'avant de lâcher M. Bergson nous invoquerons l'autorité <).• ions. ],.^ ,\\riin<r^r< i;n peu éclairés.

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