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LE RETOUR DU GOUVERNEMENT

inbre I9li.

hcs informations enchevôlrécs annoncent le

tour du gouvernement, ou de tous les membres

lu gouvernement, ou de quelques-uns de ces mes-

leurs, et le ministre de la Guerre fait savoir que.

il doit assister au Conseil de vendredi, il tient à

•tourner à Bordeaux ensuite,

Nous sommes aussi peu disposé que possible, je

ne dirai pas t^ attaquer ni à rontrarior, mais m^me ;'i

taquiner le gouvernement. Ni ses voyages à Bor-

'leaux, ui ses voyages au front, ni aucun mouve-

ncnt qu'il soit d'avant, qu'il soit d'arrière, ne nous

1 radiera, devant l'ennenn, autre chose (jue des

ignes d'intérêt et des paroles d'approbation. Nous

sommes disposés à tout tenter pour expliquer et

faire comprendre ce i|ui risquerait de ne pas être

ïilendu tout seul. Et toujours pour la môme rai-

>ii : il n'y a pas d'intérêt public supérieur à la

ictoire et, parmi les conditions de la victoire, la

première, la plus essentielle, c'est le travail paisible,

la gérance et l'administration aussi imperturbces et

imperturbables qui soit possible des rudes et com-

lexes affaires qui sont en cours. — Oui, dans le

ailitaire.... — Pas seulement dans le militaire, car.

( tous les degrés, la bonne santé du civil importe

la bonne fonction du mouvement militaire. Qu'on

M*rnn\'. t^ Farlfment. '

laisse le ijIus de paix possible aux gouvernants, quels qu'ils puissent ^trc, voilà notre vœu, car voilà l'inconlestable intérêt public : à bas les perturbateurs I à bas les remplaçants!

C'est pourquoi nous avons refusé de servir l'arabi lieux esprit d'intrigue et les prétentions incohérentes de M. Clemenceau contre la censure considérée comme une pièce du gouvernement. Nous sommes sans illusion sur le bien qu'elle peut faire, mais nous ne pouvons nous dissimuler l'importance du mal qu'il lui arrive d'empêcher. Ce frein aux paroles écrites les aura toujours orrrtées de tout dire et de tout gûter. Pour la môme raison, nous avons critiqué avec vivacité l'idée d'une tournée de conférences parlementaires dans le pays. C'est aussi pourquoi nous avons souhaité le vote en ordre et en silence des décrets qui vont être soumis au Parlement. Et c'est enfin pourquoi nous avons ri de la fureur où la perspective do ce silence met Compère-Morel qui, dans sa rage de parler, s'en prend à la rage d'écrire : le sucecsscur de la maison Maggi oublie que récrilunest heureusement censurée; or, qui peut censurer des députés en mal di* bavardage? Ils sont maîtres de leurs ordres du jour, comme de leur salle dos séances et de leur règlement. Au-dessus de ces gens, il n'existe rien de b gai. VeutH>n imaginer la quantité des désastres et des ruines qui peuvent s'opérer légalement et constitutionnellement dans me seule des flrli«"ieuse<; nprô'i-inidi liu P.'ilai^ Hôurbf»n*

li ' ionc quii ratiti' ii>ait Inoi

LL UhlUL 11 LU (jULVLILNL.MLM "••»

M. \'iviani à notre confrère Charles Morice sur la nécessité de resserrer Tunion sucrée, avec son corollaire essentiel qui est la liberté non pas ilc la presse, <îe la parole, ni de l'individu, de riiomme ni du itoyen, mais la liberté de rttal en\ue du maximum ' la puissante olïensive de nos armées. Comme • us les républicains patriotes de toutes nuances, s royalistes d'Action française donnent volontiers irle blanche à un gouvernement avec lequel ils 1 ont rien de commun, ni un homme, ni une idée. Ils ne lui demandent qu'une chose en échanji- 1 » N icloire avec tous ses fruits.

M. BOUTHOUX ET KANT '.

9 et i2 décembre I1II4.

Nous venons de voir dans le Tinies et dans le Malin le résumé de la leçon faite sur le thème € certitude cl vérité » par M. Boutroux à l'Académie britannique. Nous préserve le ciel de juger d'une thèse de philosophie par des résumés de journaux! Mais ces résumés peuvent autoriser un compliment.

Complimentons M. Boutroux, analyste des origines du pangermanisme, de s'être enfin décidé à faire remonter le mal au delà de Nietzsche et de Fichte el « jusqu'à Kant lui-même ». Le grief retenu contre Kant n'a été, cette fois, que d'avoir enseigné une morale trop purement formelle, ignorante de la matière des actes, pleine de mépris pour les t cas *. Mais le reproche est d'une qualité excellente. M. Boutroux a pu soulever des « rires ironiques » en disant que de la morale ainsi comprise est sortie la justification de propositions comme celle-ci : « La cruauté « exercée par discipline sous l'idée de devoir n'est

< pas cruauté. > Donnons-nous le plaisir de l'ajouter, pour notre compte : ce que Pascal ri<iiculisait dans les écrits des casuistes sous la rubrique de la

< direction d'intention » se retrouve tel quel et mot pour mot, dans la bouche du grand contempteur de la casuistique!

1. Voir au lUiVédonl volume fa Fntnet *e »f9U0f elie-mêmê (17 octobre lUtO). l'analyte d«t idéts de M. Boutroux sur r.\tl«magne.

M. Boulroux fera plaisir à bien ilu inonde quand il se donnent la peine de conlinufr dans celle direction. Ceci no semble qu'un premier pas. Le dernier p.is, le pas iupn^me, celui qu'il ne saulera peul-êhv imais, le roellra en présence du véritable père du nanisme, celui que Fichle app<»lail avc(! ui.e lie religieuse l'homme allemand, Marlin Lulher. Sur un aulre point, il nous semble, en comparant s analyses publiées à Londres cl à Paris, que I. Coutroux s'est un peu fourvoyé en proposant ses ')rreclirs au moralisme trop inlellecluel ou à l'imlorali-me trop brutal de la philosophie d'oulre- :hin. Celle distribution des choses n'est pas très islc. Les Allemands ne sont pas trop intellectuels, s le sont mal et de travers. Et leur théorie de la »rce est extrêmement faible. Au lieu d'admettre en loc leur double extravagance, il aurait fallu comiuencer par la reclilier. Les Allemands se sont trompés sur l'intelligence comme sur la force pour la même raison : par individualisme.

On ne réforme pas leur erreur, on l'aggrave quand :i propose de la flanquer, comme fait M. Emile outroux, d'une troisième construction nou moins :scornue comportant une morale du sentiment el ne conception du vrai place dans la dépendance de volonté. N'est ce pas du pangermanisme encore? est le placilwin germanicuni imposé au vrai, au -cl, comme dans le manifeste des 93. On fait tourte le monde autour du moi, par conséquent on ibordonne le vrai el le bon à l'arbitraire indiviiiel : grand et morne chemin qui ramène à Ficlite I à Kanl, par lesquels on reviendra, sans avoir à faire

ns Lt: PARLEMENT SE Hi;:UNIT.

li autre (Icluur, à l'individualisme le plus orgueilleux el le plus arrogant chez tout peuple iiMlurflloment pétri d'orgueil el bouffi d'arroi^ance

La morale du sentiment n'arrangera rien. Le sentiment de qui? Le sentiment de quoi? Celui de Londres ou de Paris sera le plus gracieux el le plus aimable du monde. Mais il y a Berlin. Je crains bien que le sentiment pris pour règle ne civilise pas le sentiment berlinois.

Peut-(^tre il est vrai que M. Houlroux, honoré de hautes parentés dans la République et en Irain d'entasser un peu péle-môle la morale, la théorie de la connaissance el celle du droit, a-t-il voulu y joindre un rôle diplomatique : d'une pari, le pragmatisme esl une invention américaine qui a fait fureur chez les Anglo-Saxons, d'autre pari, les Anglais du xviu* siècle ont beaucoup rafOné la morale du sentiment. Kn allant défendre à leurs foyers ces erreurs diverses, dont plusieurs sont bien oubliées, le nouvel émule de Talleyrand ne s*esl-il pas trompé de date el de pays? Ce que l'Klranger demande en général aux Français, c'est de lui apporter les lumières de leur ciel el de leur soleil. Je ne crois pas que cette ancienne observation soit démentie, môme à Londres, môme chez des originaux qui ne ressemblent à personne, et penitus loto divisas orbe Brilannos!

L'AUTOLATRIE GERMANIQUE

Un de nos confrères m'écrivait à propos d'un récent article, se rallachant à (|ueKjues-uiies des observations qui précèdent :

lOUTUorX KT KANT

«^ M -J li I II.

iàvT ami, qil« le «l»'nt iu^.j. .,.,»,, i dtj

• moi » germanique vient do la Réforme. Ne serait-ce p .^ plutôt la Ri^forme qui fut la conséquence du moi L iiianique ? Celui-ci se montre dans riiisloire de

' 'inai^ne, dès les promirrs temps, aussi avide, iml> u :i1jU\ égoïste et furieux quand on le contrecarre. Li<i'/. l'histoire dOlhon I", et vous verrez. Et si la Rt'forme a si bien t pris » et prospéré en Allemaj^nc, r'csl justement parce (|u'e!lc ne faisait que développer '•e sentiment germani«jue, le sentiment foncier que les >iècles avaient entretenu et grandi.

Depuis le début de la guerre nous ne cessons de «lire que nous avons alTaire au (iermain éternel, tel que Ta vu César, lel qu'il apparaît tout le long du moyen âge, sous Charles Quint et pendant la guerre

• le Trente ans. C'est assez dire it notre correspondant, (|ue nous sommes d'accord avec lui sur Othon I*', comme sur les vieilles tendances qui disposaient la (iermanie h suivre le prédicateur du libre examen, du sens propre o! do linsurrorlion de l'individu contre l'espèce.

Mais il s'agissait d'expliquer ici, non la barbarie germanique, mais l'alliance de cette barbarie et de la science, la science n'ayant pas diminué la barbarie, l'ayant au contraire excitée et endurcie. Non une foi«5, mai^ ront. ef en particulier, le 17 octobre'.

I, .\oii-' .iMFii- II. uiiiMin. liinislé pour faire recevoir lit* l'esprit public français l'explication de la barbarie scientifique allemande par cette apothéose systémaliqua de son • moi • national émanée directement et loî,'iqueiucnt inspirée .le l'individunlisme religieux institué par Luther, de l'inilivi.iu;ili-iii»' mur. il établi par Rout>seau et Kant, de l'indivjduuliîiine t'ilimque et politique construit par Fichte. Celte série Luther-Rousseau-Kanl-Fichte avec un débouché vers

dans noire réponse ii M. Boulroux, nous avons montré que, par la Réforme et avec une nellelé

Nietzsche rend raison du pangermanisme qui n'est expliqué que par lu. On j)out tourner subtilement autour de la question comme M. Boutroux, disserter à côté comme M. Bergson : si l'on veut une clé, il y a celle-ci, il n'y en a pas d'autre. Je vois avec plaisir que celte vérité vient d'être reconnue implicitement par un groupe de personnes émincntes, compétentes et honorables, les professeurs de la Faculté de théologie protestante de Montauban.

Ces messieurs, par position et par définition, ne peuvent pas se servir de notre moyen : il y aurait à la fois fanatisme et injustice h leur demander d'expliquer l'horrible manifeste contre lequel ils s'élèvent élocinennnonl par une série de personnages dont le premier serait Luther, par un enchaînement d'idées dont la première serait l'individualisme relii,'ieux, base de tout pro e-stantisme. Nous ne sommes pas des tyrans de la conscience. Nous ne rêvons de pressurer qui que ce soit. Mais, ayant constaté que la clé forgée par nos goms ne peut pas être utilisée par ces messieurs, nous constatons immédiatement qu'avec une sinrérité remarquable ils déclarent n'en posséder aucune autre et partant renoncer à ouvrir cette porte. Ils disent, en elTet, sous la signature de leur doyen» M. Douroergue :

Sans vouloir ouhliery et encore inoint intulter ce que nous avons trouvé aulrefoie beau ou bon, ce dont nous arons autrefois profilé, nous disons qu'aujouni'hui lu mentulité des intellectuels allemands est, pour notre hon sens latin^ une énigme absolument incompréhensible

La huitième! énigme du monde, comme dirait Dubois Raymond! A la place qu'occupent les <i - de la

l'acuité de théoloi,Me de Monliuban, voilà s-nous,

la 6age.-<sc. Et voilA aussi la dignité. Ces piolcs=^eur», ces - intellectuels -, ainsi qu'ils se proclament très noblement, «es maîtres île la jeunesse ne peuvent pas user de notre solution. Il leur est même difllrile d'en reconnaître uu d'en sentir In vérité. Ils ne le disent pas, n'ayant rien à en dire : ropendanl, ils ne forgent |>as de fausse clé spccieuse et ^ Tp.ible d'égarer l'opinion, i- -r ' 'r^ de rien ouvrir,

i "ut au mystère, à l'inso stère, à l'énigme

.«>-- ..» ut inr<w, .■'-•"»»... «oM- <, /.,....>.•../,..,....•

C est très bien.

redoublé'* à parlip de Kanl, ce qui n^élail encore

lue nature allemande, devint un système, devint

ne morale et une religion, c'est-à-dire un modèle

' vie. Coiuiue ou dit en tudescjue, ce qui n'élail que

i réalité fut « l'idéul ..

Au lieu de trouver ses modèles dans les enseigncinonls du catholicisme romain, dans les mœurs et goût de la France, dans les types de la civilisation h«-*lléno-latine, la nature allemande se prît elle-mômo pour règle et pour canon. C'est «'n clle-niôme, dans on ôtre réalisé, dans les profondeurs de sa vie con- [ èle, qu'elle crut devoir désormais descendre pour ouver les caractères de la véritable vertu, de la laie beauté. L'individualité allemande joua le rôle aes essences du beau et du bon, et l'ulililé allemande fut aussi critère du vrai.... A ce point du rtige de la grandeur, aucun peuple, aucun être t-'ùt certes réussi à sauver son bon sens, mais le •uple en q«ieslion étant le peuple allemand, celui dont mon correspondant vient de caraciériser la nature follement orgueilleuse et brutale constatée dès ses plus hautes époques et maintenue constante tous ces momrnts successifs, l'autolàtrie de ce j>cuple devait produire la plus eil'royable combinaison du délire mystique et de l'indignité : l'abîme de la vilenie devait seul mesurer la hauteur de l'apo- Ihéose, ce qui est exactement ce que nous voyons.

Cette vue s'éclaircit par notre historique de la

<loctrine individualiste allemande : religieuse avec

î.uther, morale avec Kant, ethnique avec Fichte,

lilique avec nos pangermanistes. Et tout se

Mouille si l'on veut se passer de celte clarté.

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