OU ANTAGONISME
Cuiniih' le <lil très bien M. Henry Bérenger, »:♦ qui importe le plus à la victoire, c'est la liaison des services, c'est raccord des facteurs : haut commandement, bureaux techniques, industriels. « Plus il y aura d'accord, moins il y aura d'à-coups » ; c*esl la vérité. Donc, les usines doivent faire confiance aux bureaux et les bureaux aux usines. Tout Français doit se conformer à celte nécessité. Il faut associer l'Étal aux particuliers, les particuliers à l'État. Tel est aussi l'avis de M. Charles Humberl, et c'est celui de tout le monde. Mais, à la différence de ces Messieurs instruits au secret du sérail, tout le monde s'écrie : — Comment! cela n'existe pas? Et ce devoir n'est pas rempli? Que fait donc le gouvernement?
Comme s'il y avait un gouvernement !
Le public ne lit pas sans stupeur les tirades de ces deux hommes politiques contre les « antagonismes néfastes », les « jalousies * de services et de clans, les < brimades » tentées par les uns contre les autres, par les autres contre les uns. Où la stupeur se change en risée, il est vrai, c'est au point où MM. Bérenger et Humberl semblent dire que celle anarchie des services se ramène en tout cl pour loul à des défauts de « bonne volonté » entre les titulaires de services divers. Le lecteur a trop réfléchi depuis dix mois pour se figurer que de bons serviteurs du pays, souvent serviteurs militaires cl pourvus d'états de services honorables, se font de l'opposition
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perpétuelle parce qu'ils le veuleiil ainsi, ou pour le nlaisir ou faute de bienveillance mutuelle. On ne
• il pas très bien des techniciens savants, dévoués dès la jeunesse au travail désintéressé du service de ^T patrie, mués soudainement en noirs ennemis du
lys, tandis que la mélamorphorse inverse transformerait en anges radieux d'un patriotisme céleste ces élus trop connus, dont l'agitation politique, antimililaire jadis et promilitaire naguère, mit au moins en lumière l'absence de sérieux, l'irréflexion et In versatilité, pour ne rien dire davantage.
El cependant que les services soient trop indépendants et trop jaloux les uns des autres, trop puissants dans leur ordre, trop capables d'entêtement
t d'inertie, il n*est pas besoin d'imaginer la mauvaise volonté ou le mauvais esprit des chefs pour le supposer. Il n'y a qu'à voir leur consigne : la con-
ii^ne de leur conscience. Il n'y a qu'à se représenter ce qui se passerait dans notre régime si chaque spécialiste ne soutenait avec une passion souvent
N eugle les points de vue de sa spécialité, les règles de sa compétence contre le tumulte brouillon des incompétences et les coalitions des intérêts particuliers. On a de l'inertie, on aurait de la malfaçon avec quel désordre! Le défaut ne tient pas à ce que chaque pièce de nos administrations, solide et vi-
ace, défend et défend bien ce qui est de son ressort. i.t» mal vient de ce qu'au-dessus de ces administralions variées, il n'y ait pas une pièce supérieure appelée l'État, plus forte qu'elles toutes, plus forte lue leur coalition enragée, pour les plier aux \o\< lie sa volonté souveraine, de son intérêt capital.
I i: PAHLEMI- NT SE IlÉUMï
— .>iiti>. tjira-l-on, à chaque adminislialion n \ a un ministre.... — Il y a un mini>lre qui rarenaent compte un an d'âge, dont la vie se passe non à faire son métier de diriger et d'administrer, mais à se défendre des intrigues ourdies pour le supplanter. El ce ministre n'a personne au-dessus de lui, personne qui soutienne la permanence de l'État et qui lui de lègue de sa durée et de sa puissance. Les chefs do service sont anciens, expérimentés, compétents. IN duraient : lui ne faisait que passer. Ils prennent foicément un très grand empire sur lui. Il les écoute, et cela vaut mieux que s'il écoutait des politiciens. Mais si, au lieu d'être remplacé tour à tour par MM. Lebrun, Eugène Etienne, Joseph Noulens cl Adolphe Messimy, Millerand avait été laissé à sa place en 1915, il aurait eu, en 1914-1915, plus d'autorité sur les techniciens subordonnés. Il eût représenté auprès d'eux un Etat moins versatile et moiii^ débile. 11 eût parlé plus haut, plus net. par ronsr quent avec plus d'efficacité.
Qu'est-ce ({uc l'État qu'il représente, mémo aujourd'hui ? Aujourd'hui que le pouvoir diffus de la République française se trouve précisé par la néce?. site de faire face à l'ennemi, et comme secoui les charges .sacrées de la défense nationale, i demeure le produit instable et toujours menar»' d'une foule d'intrigues dans le parlement et ' l'opinion. Ses parties sont si mal liées, ses vuisi fléchissantes et si disculées, qu'on y peut toujours annoncer pour le lendemain le contraire des décisions de la journée, en sorte que la valeur des personnes ministérielles, au lieu d'être multipliée par
îUTiOUES DANGEREUSES ET RI-FORMES UTILES 315
1 action de TÉtal, risque plutôt (l>tro divisée par f*lle, et c'c**l le talent et le caractère de l'homme qui, u définitive, reçoit et porte le fardeau de tout l'édiiico. Il faut bien le dire : c'est peu, môme quand c'est henucoup. Il faut oser ajouter qu'il faudrait autre