‹ Les conditions de la victoireChapitre 25 sur 204 · LE PACIFISME VÉRITABLE · texte numérisé non relu

LE PACIFISME VÉRITABLE

1" janvier 1915.

Ouelqiics instants avant le coup de minuit qui va sonner l'année nouvelle, il faut meltre la lélc dans nos mains pour songer à ce que nous laissons. Nous n'en ferons jamais le compte. Nous avons des listes qui mentionnent, homme par homme, le nombre, hélas! très élevé, mais limité, des amis connus qui tombèrent et qui ne sont plus. Qui nous dira le nombre des amis inconnus descendus à vingt ou à trente ans dans la plus, précoce des lombes? Cet immense fleuve de sang, ce champ de carnage mobile se déplace pourtant dans la direction des^ victoires. L'ennemi en est repoussé, la France en est sauvée, la civilisation détendue : au prix de quelles perles et de quelles douleurs!

Non plus que les privilèges de la force el de la jeunesse, le fléau de la guerre manié par la barbarie n'a pas su respecter ni épargner les gloires des monuments marqués par leur antiquité ou par leur beauté. Ceux d'entre nous qui, optimistes, croyaient il l'amélioration fatale de l'esprit humain el par suite à l'éternité matérielle des chefs-d'œuvre regardent en pleurant ce que le génie des ruines, que l'Allemagne personifie, a su faire de Louvain et de Malines, d'Arras el de Sentis, d'Ypres el de Reims. Puissent ces regrets leur ouvrir rintelligence el leur montrer qu'il ne suflil pas ù l'homme d'élever uu Parthénon sur une Acropole, il faut encore le garder

LE PACn ISMi: VEniTAHLE.

^t le fortifier contre des forces naturel!o<; v[ i. , , ques essentiellement ennemies.

— La paix! la paix! h^le encore un troupeau,

r'ourtanl raréfié. Malheureux que vous êtes! C'est

ïrcc que nous sommes un million de fois plus pa-

ifistes que vous ne l'êtes qu'il n(»us par.ilt indispcn-

able d'élever de solides barrières et de fermes rem-

«rlsentrcles fruits séculaires d'une lente maturation

de l'élile humaine et les coups de l'anarchie ou de

la barbarie naturellement assaillantes. Plus vos

mraes sont belles, plus vos biens sont dignes d'en-

M», plus votre aisance, votre élt'gance, votre richesse

isultenlàla peuplade moins favorisée, et plus vous

vez le devoir, de vous préparer à lui tenir tftte. 11 y

deux fois dix ans que tout esprit lucide voit venir

•Ite crise. Ceux qui la niaient se figuraient-ils la

(tarder? C'est possible. En fait, ils l'auront simple-

iient rendue plus cruelle pour nous.

Dix déparlements occupés, de sublimes merveilles détruites, des oflensessans nom humain soufrtes depuis quatre mois! « Cela ne semble pas assible! » Les sots à la Hervé fabriquent même une )rtc' d'antagonisme entre le millésime du siècle, 1 état des sciences ou celui des mœurs et les hor- ' <'urs dont nous sommes témoins. L'histoire ne leur donc ricii appris? Ils ne savent pas que l'adoucis- Mnent général des mœurs au xvni* siècle précédait ! Paris de quelques saisons l'ère de forfaits et de l'jnle que désigne désormais le nom de la Terreur? Ils ignorent aussi que c'est de cette même date que

la guerre, longtemps limit<^e à un petit nombre de personnes et soumise à toute sorte d'intelligentes conventions de chevalerie, a revêtu son caractère forcené et sans merci?

Hervé écrit :

Est-ce que je ne rêve pas? Est-ce que je n'ai pas le délire?... Plus d'un siècle après la Révolution française, tous les hommes valides de France, de Belgique, de Russie, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Autriche sont dans des trous, ici de Dunkerque à Belfort, là-bas de Kœnigsberg à Cracovie ; ils se bombardent, ils se fusillent, ils s'éventrent à la baïonnette î

C'est depuis la Révolution française que les guerres sont devenues férocement, implacablement populaires, qu'elles ont mis des nations entières aux prises et qu'elles se sont éternisées*. La première série de ces guerres a duré vingt-cinq ans. Après un interrègne monarchique d'une trentaine d'années (1815-1848), le Icua repris avec le suffrage universel étendu à la moitié de l'Europe, avec la démocratie plébiscistaire et la démocratie parlcmentaife ; comme ne l'avait pas prévu ce nigaud d'Hervé, mais comme le voyaient tous ceux qui n'avaient pas leurs yeux dans leur poches ou qui n'avaient pas intérêt à tromper leurs contemporains, « le siècle de h vapeui\ de l électricité^ de Cacro^ de la science » n'a fait que fournir des moyens nouveaux à l'humanité éternelle dont l'instinctdestructeur ou l'appétit cupide s'agite aussi souvent qu'il n'est pas tenu on rospccl L«'->

1. .M. AlpllUilhO Seclté a {iUimk: (if*jMli>^ >4iir i-«' hiimiip un

beau livro, /.r* guart» d'enfer.

1,1 l'Arli i>M» N hMITABLR 61

çs-i.;ica Ju Second empire, 1870,1a guerre d'Orient,

la mulliplicilé et l'anleur des entreprises coloninles,

la rapide succession des hostilités depuis la guerre

'nrco-grecque en 181)7 et la guerre hispano-améri-

lino Tannée suivante, bientôt suivie de la guerre

1 Transvaal, de la guerre de Mandchouric, des

lenaces au Maroc, des guerres balkaniques, com-

»saient un ensemble continu de prodromes et d'a-

Ttissements, loi que l'éclat de 1914 ne saurait être

ris pour un coup de tonnerre dans un ciel serein.

a grande catastrophe a été amenée par des plans

-uccessifs médiocrement inclinés.

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