L'ALLEMAGNE ET LE DROIT DES NATIONS
51 Janvier tWfi.
Un point qui n'a pas été suffisaminenl observé, c'est que les émissaires et pseudo-émissaires de TAllemagne ne reçoivent pas seulement l'ordre d'exploiter nos divisions politiques et sociales. On les aiguille aussi dans le sens de nos variétés géographiques. L'Allemagne croit dur comme le fer qu'il y a des éléments de séparatisme dans le Midi. On me dirait qu'elle a pris au sérieux la littérature anarchisante de quelques bardes pour admettre que la Bretagne est prête à rompre l'antique Traité d'Union, je n'en serais pas autrement surpris. L'Allemagne est béte. Bête en ce sens qu'elle n'est pas intelligente. Béte aussi en ce que son cerveau adhère sans difficultés au désir, au souhait qui agite sa chair. Une Bretagne antifrançaise, un Midi aspirant au schisme national auraient trop bien fait ses affaires pour ne pas éveiller toutes ses espérances. Il y avait de celle espérance et de ce calcul dans la passion bizarre que ses grandes et petites universités avaient mise à l'étude de Mistral et non seulement de Mistral mais du félibrigc tout entier, de ses représenlanU les plus obscurs. Nous avons souvent ri, entre jeunes félibres, dans notre lointaine jeunesse, de celte bonne et brave combinaison, bien boche, appliquant à la France son principe des nationalités ou des langages, comme un élément diviseur, y comptant et buvanl beaucoup d'eau U-dessus!
Mistral, ses arais, ses disciples, ont lire des Iraniix allemands ce que ceux-ci pouvaient donner M)ur la gloire de la Provence. Kn outre nous nous
)miues servis de l'exemple de la science allemande :H)ur obtenir à Montpellier, à Aix, à Bordeaux, à Toulouse, à Paris, la création de chaires d'histoire et de philologie consacrées à l'étude des Antiquités
l de la Renaissance romanes. Le critérium linguisujue appliqué par le digne Hcrmann Suchier nous i permis de rectitierdu côté des Alpes le véritable tracé de la frontière provençale, et ce n'est pas la France qui y perdrait si le tracé politique suivait le tracé dialectal. .Mais, par-dessus tout, les hautes leçons de Mistral ont distribué les plus merveilleux : nienls de piété fidèle à la cendre des pères, ^ lies du passé, à cette voix des Mères, des I ées, des Saintes et des Héroïnes qui sont l'âme de toute tradition nationale. Ne nous y trompons pas. Une part importante du nationalisme français vient le là. Mistral est un des pères ou, si l'on aime mieux, un des aïeux du réveil national qui a tempéré les elîets de la République pendant les derniers quarante ans. Et nos bons amis Boches qui se figuraient ingénument être secondés de ce côté-là!
Ils le couvaient, ce félibrige. Ils l'entouraient de mille attentions, ce Midi. Tous leurs rêves impériaux, tous leurs souvenirs d'une autorité germanique plus ou moins nominale et légendaire exercée de Lyon à Marseille leur paraissaient devoir revivre avec nos vœux et nos espérances d'autonomie. Ils prenaien bonnement des Guelfes pour des Gibelins! J'ai tort d'en parler au pat^é, car Terreur continue et la mé»
prise dure : sans tenir le moindre compte des souvenirs de celle Ligue du Midi de 1870, qui ne put cnlrainer quelque» exaltés qu'en adoptant le mot d'ordre patriotique « allons au secours de Paris », nos Boches s'obstinent à escompter une rupture de contrai entre Français du iNordet Français du Midi. 11 n'y a qu'un malheur, et qui est bien heureux : ce n est pas un contrat qui nous unit, c'est l'histoire, c'est la nature, c'est la conformité des esprits, des cœurs et des corps.
Idéalistes télus, mystiques charnels à la juive, ils ne se rendront cependant à la vérité que lorsqu'ils seront mis dans l'impossibilité de caresser la chimère qu'ils ont juf^ée profitable.