Cf. Thèse principale : Etat matériel. Les fortunes
AT
due ou d’exposition. Il est évident que la valeur des immeubles n’est pas la même dans des rues commercçantes et passagères du centre de la ville, comme la rue de Nièvre, la rue Saint-Etienne, ou des rues déplaisantes et peu fréquentées, comme la rue de la Boullerie, en bordure des remparts, la rue des Fumiers et la rue des Fangeats. Les loyers sont toujours plus élevés dans la ville elle-même que dans les faubourgs, à Mouesse ou à Saint-Antoine par exemple. Mais ils sont encore plus élevés dans le quartier du Rivage qu’à l’intérieur des murs, car les mariniers et voituriers par eau ne peuvent s'établir que sur les bords de la Loire et de la Nièvre. Ici les contrats sont souvent grevés de clauses restrictives, qui enlèvent aux preneurs toute liberté d’action et leur imposent des redevances en nature : une certaine quantité de poisson tous les ans. De même les maisons du Ravelin prennent au xviri® siècle, par suite de l’aménagement de la promenade publique et l'installation des foires, une valeur croissante, qui se reflète dans la hausse des loyers.
Les boutiques tiennent dans les accenses une place importante, car 1l est peu d'immeubles sans boutique à l’intérieur de la ville. Il peut arriver qu’elles soient prises à bail par des gens, qui les utilisent en guise de logement. Les prix sont alors à peu près les mêmes que ceux des chambres basses. Mais d’ordinaire elles sont destinées au commerce et à l’industrie, servent d’ateliers ou de magasins. Quelquefois elles sont louées à part. Les échoppes de savetiers se donnent à des prix très réduits, tandis que de véritables boutiques, bien situées près du beffroi ou du palais, atteignent des prix beaucoup plus élevés. Le plus souvent les boutiques sont affermées avec une portion de maison ou même une maison entière. Ici encore certains artisans de condition modeste, comme les savetiers,se contentent de peu et trouvent des conditions avantageuses. Au contraire certains métiers de l’alimentation, qui ne peuvent se contenter de logements quelconques, paient des taux plus considérables. Boulangers, bouchers et charcutiers sont obligés d’avoir des installations spéciales : fours, bluteries, écorchoirs. Les épiciers, ceux du moins qui ont une chentèle nombreuse, doivent entreposer leurs marchandises dans des locaux suffisamment vastes. Les cabaretiers, s'ils n’ont pas de bonnes caves, ne peuvent exercer leur commerce.
D’autres entreprises industrielles ou commerciales ont une physionomie à part. Certaines hôtelleries, dès le xvir® siècle,sont des maisons importantes ; à plus forte raison au siècle suivant, comme on en jugera par la description de la maison de la Cité, hôtellerie considérable, organisée et meublée avec un certain confort et
même un certain luxe.
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Au xvirt siècle les accenses de moulins se font toujours en nature, les meuniers eux-mêmes n’étant pas payés autrement. Les preneurs s’obligent à verser chaque semaine aux bailleurs une quantité assez considérable de farine et prennent à leur charge la plus grande partie de l’entretien des moulins, des biefs et des chaussées. Il est vrai que les bailleurs leur cèdent toujours une grande étendue de terres ou de prés, et leur supposent dans leur commerce de gros. bénéfices. Au xvire siècle certains contrats en nature subsistent. Mais d’autres contrats sont mixtes et certaines conventions exclusivement en espèces.
Les tanneries n’atteignent pas, même au xvrie siècle, alors que le travail est actif, des taux importants. Plus tard, par suite de la décadence qui frappe cette industrie, les prix d’accense ne changent guère, contrairement à l’évolution générale. Des loyers identiques, pour des tanneries différentes il est vrai, se rencontrent en 1666 et 1782. Cette similitude de chiffres équivaut tout de même à une diminution sensible. Avec les foulons de la manufacture de drapil n’est guère possible de suivre l’évolution des prix, faute de documents. Nous savons toutefois que leur activité devenait de plus en plus médiocre, Par contre les ports ou chantiers, le long de la Loire ou de la Nièvre, prenaient une importance croissante.
Il n’est pas inutile enfin de préciser les accenses de terre, car à la fin de l’ancien régime nombreux sont les habitants qui possèdent ou prennent à bail des vignes ou des jardins. Au xvri® siècle le prix des vignobles est faible et à la portée de tous. Les variations, peu sensibles, s'expliquent par les différences de terroirs. Les preneurs s’engagent toujours à tenir leurs vignes en bon état, à mettre des pesseaux, à faire des provailles. Les contrats n’oublient jamais ces clauses, car avec de mauvais locataires qui laisseraient leurs vignes en friches, les bailleurs feraient des marchés plus onéreux que profitables. Au siècle suivant, si les prix s’élèvent, les clauses restent semblables. Avec les autres terrains les taux sont très variables, suivant qu’il s’agit de véritables jardins maraîchers, ou de terres à cultures, situées à une grande distance dans les faubourgs ou à proximité des murs. La seule obligation générale pour les preneurs est de fumer régulièrement les terres qu’ils prennent à bail.
Nous résumons dans le tableau suivant les divers prix d’accense à Nevers aux xvr® et xvirre siècles, d’après les contrats signalés
1. Avec les manufactures de faïence il faut se borner à suivre pendant un demisiècle l’histoire de certaines fabriques, comme le Bout du Monde et Bethléem. C£. Thèse principale : les Faïenciers.