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sur l’activité de l’ancien commerce nivernais, sur l’abondance et la variété des marchandises, qui s’accumulaient dans les magasins de vente, sur les goûts de la clientèle enfin et sa prédilection marquée pour des objets ou étoffes, qui nous paraissent un peu antiques et démodés : tiretaine, camelot, calmande, kalmouk, siamoise, basin, étamine. Mais les prix sont des prix de marchands, des prix de gros, sensiblement moins élevés que les prix de détail. Les inventaires dressés chez les particuliers sont donc plus précieux, C’est là que l’on trouve la description la plus exacte des anciens intérieurs nivernais. Les prix indiqués ne concernent plus des objets neufs. Les conditions sont à peu près les mêmes que pour des objets achetés d'occasion.
Il est clair qu’autrefois plus encore qu’aujourd’hui les ouvriers n'étaient pas habillés comme des bourgeois, mais plutôt comme des pasyans. Les manœuvres avaient des habits detoile pour leurs travaux. Certains semblent n’avoir pas eu d’habits des dimanches. L’inventaire des biens de Jacques Berger ne signale ni linge ni vêtements. Orsile ménage est pauvre, 1l n’est pas absolument misérable. S'il n’a aucune dette active, 1l n’a pas non plus de dette passive. Les femmes du peuple‘ne sont pas plus élégantes. Elles portent des casaquins et des jupons d’étoffes grossières, fabriquées dans le pays comme le‘droguet, ou des vêtements de coton, car ce textile est déjà très répandu à la fin de l’ancien régime (Cf. inventaire Degoux- Seguin). Ces objets sont achetés à bas prix.
Certains maîtres de métiers semblent aussi modestes que des manœuvres, mais d'ordinaire les inventaires de biens signalent des habits du dimanche. Tel tonnelier, pourtant de condition très humble, a pour les dimanches un habit de peluche de soie (Inventaire Michel Charles). Tel serrurier ou tel menuisier, dont les moyens sont un peu plus considérables, possèdent de véritables garde-robes, que leur envieraient bien des serruriers et menuisiers d’aujourd’hui, car on y voit énumérés des vêtements de toute sorte, non seulement de vieux effets de travail, mais des habits de kalmouk, de siamoise, de camelot, de drap de Silésie ou de drap d’Elbeuf, et même des cols de mousseline (Inventaires Claude Denis et Pierre Petitclair). Les femmes de ces artisans ne se contentent plus d’étoffes communes. Elles recherchent les étoffes nouvelles, à ramages et à couleurs voyantes, dans leurs divers costumes, simples déshabillés ou véritables robes. Elles ne portent pas de chapeaux. Elles ont des bonnets, des coiffes ou béguins, rehaussés le dimanche de mousselines et dentelles.
Les riches marchands et les manufacturiers de faïence semblent avoir eu quelque vanité. Ils aiment les beaux habits. Si le faïencier Jacques Seigne, qui a fait de mauvaises affaires, ne laisse après lui
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que de méchants effets usés, l’épicier François Berthiault a de nombreux costumes, dont les uns sont de drap, de camelot, de bouracan,et les autres de satin. Il a même pour les jours de fêtes une redingote à l'anglaise, des chemises garnies de mousseline e: une épée à poignée d’acier. Les Nivernais de ce temps-là, comme tous leurs contemporains, portent non pas le pantalon maïsla culotte. Ils ont des bas de fil, de laine, de coton ou de soie, suivant les saisons et leur condition. Ils affectionnent, surtout les riches, des couleurs un peu fantaisistes : petit gris, mordoré, noisette, ventre de biche. Avec les femmes de ces industriels et marchands, le luxe est encore plus grand. La garde-robe de la dame Serizier est vraiment somptueuse. L’inventaire signale de multiples vêtements d'intérieur et des toilettes de ville, dont la soie, lesatinetle taffetas forment les principaux éléments, ainsi que des étoffes à fleurs ou à rayures, de couleur incarnat ou citron. Les dames des manufacturiers de faïence ne portent pas non plus de chapeaux, mais elles ont à leurs coiffes, bonnettes, barbes et bavolets, ainsi qu'à leurs mouchoirs et manchettes, des dentelles de prix.
Les bijoux sont à proportion de la richesse. Les pauvres n’en possèdent pas. Tel artisan se contente de boucles de souliers, jarretières, agrafes ou boutons de manche en argent (Inventaire Charles).
Tel autre possède montre et gobelet en argent, croix et bagues en (Inventaire Denis). Seuls les riches marchands et les manufac-
turiers de faïence possèdent de nombreux bijoux avec une véritable
argenterie de table (Inventaires Serizier et Boizeau-Deville).
L'usage du linge de corps est devenu général. De même le linge de table et de maison est abondant à la fin de l’ancien régime. Les artisans emploient surtout les toiles locales, un peu grossières, toile de plain ou toile d’étoupe. Les riches ont déjà des toiles fines. Les uns et les autres mettent leur orgueil à remplir leurs armoires, commodes et buffets, de masses quelquefois invraisemblables de draps de lits, nappes, serviettes, chemises, sans compter les rouleaux de toile brute ou les écheveaux de fil (Inventaire Claude Denis).
Le mobilier peut chez les manœuvres et les ouvriers, comme chez les paysans, se réduire à quelques objets indispensables. Le manœuvre Jacques Berger et sa femme Catherine Coichot font leur cuisine à la crémaillère. Leurs ustensiles sont à la fois peu nombreux et très disparates. Presque pas d’objets en cuivre. Quelques autres en fonte, en fer, en faïence ou en verre. Comme meubles un ht des plus médiocres, une arche et un dressoir de chêne, une table et des chaises de sapin, le tout dans une pièce unique. Une modeste figure de faïence représentant saint Jacques, patron du sieur Lee est l’unique ornement du logis.
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Avec certains maîtres de métiers l’aisance est plus manifeste. Chez le serrurier Denis, la cuisine qui fait suite à la boutique et sert de salle à manger, est sensiblement mieux garnie. On y voit non seulement des chenets avecleurs accessoires ordinaires, mais de nombreux objets en fer, en particulier des fourchettes, et une assez belle batterie de cuisine en cuivre. Les chambres hautes, qui servent de chambres à coucher, ont un mobilier confortable. Il y a même une accumulation un peu encombrante de meubles : lits, commodes, armoires, table, chaises, fauteuil, bergères, coffre. La décoration consiste en cadres, avec une grande glace et un enfant Jésus dans sa niche. L'ensemble manque forcément d’unité et de goût. Le chêne y voisine avec le noyer, le cerisier et le sapin. Chez tous ces artisans une certaine prédilection se remarque pour certains meubles antiques, lits à colonnes, arches à pétrir le pain.
Chez les manufacturiers de faïence apparaissent des pièces, spécialisées comme aujourd’hui et meublées avec une certaine prétention. La salle à manger et l’une des chambres hautes du sieur Serizier ne dépareraient pas nos appartements modernes, bien qu’elles manquent d'harmonie : meubles de chêne et meubles de noyer, tentures de camelot rayé et tapisseries de Flandre, de point d’Angleterre ou à la turque. La décoration fait de larges emprunts à l’art local de la faïence et du cristal. De même l’ameublement de l’une des chambres de Jacques Seigne dénote un certain goût riches tapisseries encadrant des meubles de noyer. Alors que certain mobilier de manœuvre ne valait pas plus de 100 L, les mobiliers de faïenciers atteignent des sommes considérables, plusieurs milliers de livres.
Les mêmes contrastes se retrouvent dans les logements. Nobles et bourgeois trouvent encore des installations spacieuses et salubres1. Mais la plupart des artisans doivent dans des rues tortueuses, étroites, malsaines et mal éclairées, se contenter d’une ou deux pièces, qui servent à tous les usages. Ces chambres se compliquent de placards profonds, de galetas, de cabinets ou recoins obscurs, qui peuvent présenter des facilités pour de pauvres gens, mais qui sont contraires à tous les principes de l’hygiène. Les pièces sont toujours carrelées, même quand il s’agit de chambres hautes. Dans les faubourgs ce carreau peut faire place à la terre battue. Les murs sont d'ordinaire passés à la chaux. C’est seulement à la fin du xvrire siècle et chez les riches qu’il est question de papier ou de véritable tentures en étoffes. Des cheminées dressent encore leurs volumineux manteaux dans les chambres à feu. Les éviers se
1. Nous avons généralement laissé de côté les contrats d’accense, qui ne concernaient pas des artisans et marchands.
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déversent immédiatement dans la rue. Quant aux ateliers et boutiques, ils se distinguent à peine des chambres basses, qui forment le rez-de-chaussée des maisons, Ce sont toujours les mêmes portes basses et vitrées et les mêmes fenêtres arrondies en cintre.
Le prix de ces logements se réduit au paiement des impôts pour les artisans et marchands, qui sont propriétaires de leur petite maison. Il se complique du versement de quelques redevances féodales pour tous ceux qui sont compris dans la censive de quelque seigneur1, Le reste de la population doit prendre des logements ou des ateliers à bail. Il subsiste encore quelques baux emphytéotiques. Mais le procédé de beaucoup le plus ordinaire est le baïl à accense, très analogue aux conditions actuelles. Les contrats d’accense sont presque toujours rédigés dans les mêmes termes. Le propriétaire d’une maison déclare qu’il a « volontairement concédé et délaissé à titre d’accense » à un locataire quelconque, tout ou partie de sa maison, pour un délai de plusieurs années. On rencontre souvent la formule « pour 3 ans venant à 6 », ou bien encore « pour 6 ans venant à 9», ce qui n’est pas sans analogie avec notre bail de 3, 6, 9. Le paiement se fait comme aujourd’hui en deux termes, «à la Saint- Jean-Baptiste et à la Nativité de Notre-Seigneur ». D’ordinaire le locataire ou « preneur » s’engage à « garnir lad. accense de meubles suffisants pour seureté dud. loyer », pour que les intérêts du pro- .priétaire ou « bailleur » soient sauvegardés. Il promet de jouir de son logement « en bon père de famille ». Le propriétaire doit le tenir « clos et couvert ». Les réparations sont généralement partagées. Le preneur n’est responsable suivant la Coutume du Nivernais que des réparations locatives ; le bailleur se charge des grosses réparaiions, que le locataire doit souffrir toutes les fois qu’elles sont nécessaires. À l’expiration du contrat le preneur est tenu de laisser le local en bon état, «bien vitré et carrelé », de rendre les clefs et serrures de toutes les portes, ainsi qu'il les à prises. Le plus souvent il promet au bailleur dans quinzaine et à ses frais au moment de la signature de l’acte « une expédition des présentes ». Un locataire peut prendre lui-même un sous-locataire, c’est un contrat de sous-accense (Cf: VI, accences et sous-accenses).
Dans tous les contrats, quels que soient les exemples que l’on prenne, chambres isolées, basses ou hautes, logements véritables, composés d’une ou plusieurs pièces, maisons tout entières, hautes ou basses, un certain nombre d’éléments interviennent toujours, autrefois comme aujourd’hui, pour faire varier les prix. Les différences de loyers s’expliquent par des différences de confort, d’éten-