III. — Salaires
En face de toutes ces dépenses les salaires d’autrefois se présentent sous divers aspects.
D'abord il faut signaler une forme un peu patriarcale et qui se rattache étroitement à l’ancien régime corporatif. Certains compagnons travaillent à l’année et vivent chez leurs maîtres dans une situation très voisine de celle des apprentis (Cf. VIL. Salaires à l’année. $ 1 compagnons). Quelques conventions ressemblent fort à des apprentissages®. Il arrive alors que les compagnons indemmisent leurs maîtres, ou du moins ne reçoivent qu’une infime rétribution (Cf. le contrat Dubois-Dalligny). Dans les marchés ordinaires les compagnons reçoivent un salaire, dont le taux est très variable non seulement d’un métier à l’autre, mais à l’intérieur d’un même métier 4, Les quelques contrats de travail, que nous avons pu retrouver, ne suflisent pas d’ailleurs à donner un aperçu complet des salaires dans les diverses professions, métiers usuels, et métiers qui touchent de loin ou de près aux manufactures (émailleurs, gazetiers). À plus forte raison ne permettent-ils pas de préciser l’évolution d’un siècle à l’autre. Ce qu’on peut dire, c’est que les taux sont forcément restreints, car le maître accorde au compagnonle gîte et le couvert, avecdesavantages variés. Les salaires s'élèvent, quandles contrats de travail se rapprochent des contrats de louage et que les compagnons ou leurs femmes, si par hasard ils sont mariés, rendent des services domestiques. Au contraire avec les accords
4 et 2. Nous n'avons retrouvé aucun texte concernant ces deux catégories. 3. Thèse principale, les apprentis. $ 3, Cas particuliers. 4. Thèse principale : les compagnons. $ 1, les Contrats de travail.
familiaux les chiffres s’abaissent, car des avantages matériels de toute sorte compensent largement la modicité des prix. Ces arrangements semblent fréquents chez les voituriers par eau. Toutefois les vieux mariniers semblent très soucieux de sauvegarder leur suprématie de chef de famille.
Certains patrons travaillent aussi à l’année. Ils prennent à Pa miable ou par adjudication diverses entreprises (Cf. VIL $ 2. Entreprises patronales et abonnements). Par exemple des couvreurs s’engagent, pendant un temps déterminé et moyennant une somme fixe, à entretenir les couvertures de bâtiments appartenant à des seigneurs ou à des communautés religieuses. Les clauses de ces contrats déterminent toujours avec précision les obligations des maîtres, leurs responsabilités, les fournitures auxquelles ils sont tenus, les surfaces qu'ils doivent réparer ou faire à neuf. Mais les proportions exactes de ces travaux restent vagues, et les renseignements, qu’ils donnent sur la valeur relative des salaires insuffisants. La même objection peut être formulée à l’égard des abonnements conclus par la ville et les hôpitaux avec des tapissiers, des selliers, des couteliers, des vitriers. De plus ces entreprises, autrefois comme aujourd’hui, sont faites au rabais. Nous savons que la ville était obligée d'accorder à ces ouvriers divers privilèges ou exemptions, qui compensaient la modicité des prix, et qui semblaient plus recherchés que les salaires eux-mêmes
Les salaires à la journée donneraient des indications plus inté-
ressantes, si les textes faisaient plus clairement la distinction entre maîtres et compagnons, et si les données s’étendaient à tous les métiers, au lieu d’être restreintes à quelques professions du fer, du bois et du bâtiment, avec des dates qui ne concordent pas toujours (Cf. VIIT. Salaires à la journée. 1. $ Maîtres et Compagnons). Les chiffres, que nous donnons, sont empruntés aux comptes de la ville, des hôpitaux et des ducs. Si les dues, ou plutôt leurs représentants de la Chambre des Comptes, semblent assez généreux, par contre les échevins et surtout les recteurs des hôpitaux, très ménagers des deniers de la ville et des pauvres, embauchent autant que possible au rabais. Il serait plus important de connaître les marchés , passés entre maîtres et compagnons, mais ces conventions étaient presque
toujours orales. Nous ne pouvons citer qu’un acte notarié concernant :
des souffletiers. Du moins ce contrat a-t-il l’ avantage de nous présenter avec un salaire à la journée un ouvrier, Benoît Serva]jan, qui précédemment travaillait à l’année, ce qui permet de comparer ces deux modes de paiement. Le salaire a doublé, maisenfaitles con-