‹ Les conditions du travail chez les ouvriers en instruments de précision de Paris [microform]Chapitre 1 sur 9 · INDUSTRIE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE

L’histoire de la corporation des ouvriers en Instruments de précision est intimement liée à l’histoire des sciences en général et de la physique en particulier. Il nous faudrait, pour ètie coinplet, citer ici tous les savants qui ont contribué à l’avancement des sciences positives par de grandes inventions, de grandes découvertes, auxquelles sont redevables tous les perfectionnnements de la science moderne. Nous ne citeronsdoncdanscecourt exposé que ceux qui onteu une influence prépondérante sur l’avancement des sciences et ont le plus contribué aux conquêtes del homme sur la natuie.

A l’origine, l’astronomie, la physique, la chimie et l’histoire naturelle ne formaient qu’un seul et même ordre de connaissances dont 1 Egypte lut le berceau. C’est, en eli'et, en Egypte que Pythagore et Thalès allèrent s’instruire des mystères de la nature; mais l’origine même des sciences nous échappe

complètement. / . ^

1 Thalès de Milet (639-548 av. notre ere) découvre

les propriétés électriques de 1 ambre jaune. Anaximandre imagine le cadran solaire. Pythagore etii- , die la pesanteur, les sons, la lumière solaire. Aristote (384-322) conçoit le premier la sphéricité de a terre. Archytas, sou coriteinporaiii, inventeur de la poudre et de la vis, est le premier savant qui se soit livré à des recherches pratiques. Archimède / (287-212) établit la théorie des leviers qui imprime

une direction pratique à la mécanique, ainsi que les grandes lois de physique qui portent son nom. Citons également pour mémoire, Héron, Posidonius, le poète Lucrèce (95-51).

Nous arrivons au commencement de notre ère avec Sénèque (2-65) qui, le premier, constate la propriété qu’ont certains verres de grossir et la décomposition de la lumière par le prisme. A partir de ce moment, la décadence romaine, puis l’invasion étendent sur le monde une profonde obscurité.

Il nous faut atteindre au ix® siècle de notre ère, avec Haroun-al-Raschild et son fils Almamoun — qui firent construire les premières pendules — pour voir renaître les sciences positives. Alhasen publie en Espagne (060-1038) un premier traité d’optique. Grâce à la présence des Arabes, cet heureux mouvement se continue et se communique aux royaumes chrétiens.

Vers le commencement du xiii® siècle, parait en Allemagne Albert le Grand, qui fait construire d’importants appareils. Un peu plus tard, le moine Roger Bacon fait sur la révolution annuelle du soleil d’importantes observations. On lui attribue aussi la fabrication de miroirs ardents et d’une chambre noire et l’usage des lentilles biconvexes. Flavio Gioca, en 1302 invente la boussole.

Nous arrivons au xv* «siècle, qui voit naître les physiciens Piirback, J. Muller, Walther, etc. Nous voici à l’invention de l’imprimerie, époque décisive de l’histoire pendant laquelle circule pai tout la fièvre du progrès. Léonard de Vinci, en même temps qu’un artiste inimitable, est un grand physicien. Il étudie le plan incliné. Ses observations sur la résistance, la condensation, le conduisent à expliquer l’ascension des corps dans l’atmosphère. On lui doit le premier dynamomètre.

Nous n’en finirions pas s’il nous fallait citer toutes les grandes inventions de cette époque. Il nous faut arriver au 18 février 1564, jour où naquit Ga- ') niée, qui quarante ans plus tard devait fonder la physique moderne.

Les découvertes de ce génie sont presque toutes fondamentales. Le thermomètre lui appartient incontestablement. Il inventa, en outre, le compas de proportion ; le télescope, le microscope, la théorie des corps flottants sont encore, avec le mouvement de la terre, parmi les grandes vérités qu il

proclama. Descartes (1596-1650) développe et consolide en France l’œuvre de Galilée, pendant que Newton, en Angleterre, consacre ses efforts et son génie à systématiser et à vérifier les sciences naissantes. La physique modernes et ses lois étaient fondées par ces trois génies.

Torricelli (1608-1647) découvre le barometre.Vers la même époque, Otto de Guericke invente la machine pneumatique et démontre la pesanteur etlelasticité de l’air. La lanterne magique est inventee à la même époque par le père Kircher. Pascal fait les premiers essais qui ont conduit à la mesure des hauteurs à l’aide du baromètre. Gassendi étudié la différence des sons graves et des sons aigus. Citons encore Sauveur, Mariette, Amontons, G. Boyle, Hooke (1635-1703) vient ensuite avec son anémomètre et son baromètre. En Hollande, Huy-

ghens invente le micromètre. ^

Le XVIII® siècle n’a guère été qu’une epoque de

vulgarisation. Voici Farenheit et le thermomètre qui porte son nom ; Dufay et ses intéressantes constatations sur l’électricité; Franklin qui explique la foudre ; puis Galvani et enfin Volta, qui construit la première pile électrique, source de tant de travaux pour les ouvriers en instruments de précision.

Nous arrivons à notre xix® siècle qui va vulgariser et exploiter toutes ces découvertes, donner un prodigieux essor à l’industrie, adapter toute la science à la vie moderne, développer constamment le machinisme, opérer un changement protond dans notre société par la facilité des transports. Les conditions économiques de la classe ouviieie changent complètement ; le servage de nos peres fait place au salariat. Un nombre infini de coiporations, qui n’avaient eu jusqu’alors qu’une importance toute relative, se créent. Celle des ouvriers en instruments de précision se développe de plus en plus et devient l’importante corporation que nous allons étudier.

IL — Evolution de la corporation

On a vu comment l’histoire de la corporation des ouvriers en instruments de précision

est intimement liée à l’hisioire de la physique.

Les premières traces d’une corporation remontent à 1752. Les Faiseurs d'instruments de mathématiques (1) étaient unis aux fondeurs, qui oartageaient tous les privilèges et inconvénients inhérents aux maîtrises.

Ce n’est qu’après les décrets de la Convention que la création de la faculté de médecine, des écoles de physique et de chimie,etc., donna aux sciences et, par suite, à lacorporationdes ouvriers en instruments de précision, une extension considédérable.

On voit alors apparaître le petit atelier d’instruments de précision : le patron, un ajiprenti et deux ou trois ouvriers au plus. En 1819, la maison Lerebourg père inaugure la fabrication des théodolites et des lunettes équatoriales, dont certaine, existent encore à l’Observatoire et au musée dearts-et-métiers de Paris Vers LS20, la maison Vins cent Chevalier construit les microscopes Uaspails dits de dissection. Un peu plus tard, V. Chevalier devient le collaborateur des deux grands physiciens, Niepce et Daguerre. et construit en 1838 les premiers appareils photographiques (2) En même temps apparait la maison Pixis et Soleil.

En 1840, la maison Nachet se fonde avec la clientèle des différentes facultés et des laboratoires groupés dans le quartier Latin. En 1849, Froment construit le pendule qui, dans une expérience décisive au Panthéon, démontre la rotation de la terre.

I.a corporation des ouvriers en instruments de précision ne dépasse pas alors 500 ouvriers. Le métier qui a été jusque-là considéré comme

(1) « Les fondeurs façonnent toutes sortes d’ouvrages de laiton, cuivre, aii’ain et fonte depuis les plus petits, tels que les encensoirs, calices, compas, jusqu’aux plus gros, tels que les canons, les obusiers, les iiainbeaux, les appliques et les menus ouvrages de style... Les faiseurs d’instruments de mathématiques étaient unis aux fondeurs. (Statuts, 1753, collect. Rondonneau, AD. XI 18. Lespinasse, J 1,428.)

(2) Rapport envoyé à l’exposition de Rouen en 1896 par la Chambre syndicale des ouvriers en instruments de précision.

un art, tend de plus en plus à s’industrialiser.

De 1860 à 18 0, l’électricité, la télégraphie apparaissent et déterminent des travaux considérables. Les nécessités de la production forcent les patrons qui ontbesoind’ouvriers'à allerleschercher dans les professions correspondantes comme celle desmécaniciens.Les progrès du machinisme favorisent cet empruntd’ouvriers. Malgré Cela, les salaires qiiisont de 80 centimes à 1 franc par heure, se maintiennent à ce tanx grâce à l’abondance des commandes.

Mais, une fois ces commandes terminées, les nouveauxvenusqui veulentresterdans unmétieroù ilsont trouvé salaires plus rémunérateurs et travail moins pénible, déterminent une baisse considérable des salaires. De plus les nécessités de la production et la concurrence obligent les patrons à améliorer leur outillage, à se servir de la machine, très peu connue jusque-là dans le métier. La machine à fraiser fait en une journée le travail de dix ouvriers. Le tour parallèle remplace avantageusement pour le patron l’ancien tour en l’air. Enfin la France, qui jusqu’en 1871 semblait jouir, dans la fabrication des instruments, d’un certain privilège, voit celui-ci diminuer.

L’instrument de précision, qui ne se faisait jadis qu’au furet à mesuredes besoins, après commande, devient une fabrication. 11 faut aux patrons de forts capitaux, et le petit atelier, où le patron travaillait à côté de l’ouvrier, cède la place à la grande usine, puis à la société anonyme qui caractérise si bien la forme d’exploitation de la société moderne.

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