III. — L’p:mbaüchage
Par la diversité des travaux qu’il est appelé à accomplir, et malgré l’usage de la machine, Pouvrier en instruments de précision doit posséder une certaine habileté professionnelle. C’est à lui, en effet, qu’incombe la fabrication des instruments de mathématiques, de géodésie, d’astronomie, nombre de petits appareils pour la marine : boussoles, compas, torpilles, etc. : pour l’administration de la guerre : niveaux, hausses de canons, appareils pour la balistique, etc.
11 fabrique également les instruments de physique, certains instruments de chimie; de microscopie, lesjumellesde précision, les appareils photographiques. Dans le domaine de l’électricité, il exécute les appareils télégraphiques et téléphoniques, les lampes électriques, les mesures électriques, etc.
Telles sont les attributions de l’ouvrier en instruments. On comprend que, comme nous venons de le dire, leur diversité exige de sa part une habileté professionnelle.
A moins de circonstances spéciales, l’embauchage se fai à la porte de l’atelier, à la rentrée du matin ou aux sorties de midi et du soir. L’ouvrier sans travail va parfois solliciter le chef d’atelier.
11 est certaines maisons où I on peut se présenter à toute heure de la journée ; mais hélas ! combien de fois l'ouvrier sans travail n’est-il pas obligé de s’arrêter sur le seuil de la porte, où se trouve en permanence l’écriteau trop connu: On j’embauche PAS POUR LE MOMENT ! Dans les grands ateliers, qui possèdent toute une administration, il faut, pour obtenir un emploi, solliciter par lettre et dans les termes convenus.
11 faut avoir parcouru des journées entières les rues de la capitale, allant d’une maison à l’autre, pour savoir à quelles humiliations comdamne un homme, la recherche du travail qui doit donner le pain à la femme et aux enfants. 11 faut avoir subi vingt refus, entendu les : « Non, merci )>. « pas pour le moment », « nous n’avons pas besoin dits souvent d’un air rogue ]>ar un employé subalterne, pour se rendre compte de ce que c’est que de « chercher du travail ». Souvent aussi l’ouvrier doit subir un long interrogatoire sur son passé, son apprentissage, les maisons où il a travaillé; exhiber les certiticats qu’il en a reçus, le genre de travail qu’il y a fait, pourquoi il est parti de ces maisons, etc., etc. : tout cela pour un vague conseil de < repasser dans huit jours », qui équivaut le plus souvent à une fin de non-recevoir.
11 arrive quelquefois que l’embauchage est dù à la camaraderie : les ouvriers se préviennent les uns les autres des places vacantes et
— file chômeur parvient ainsi à trouver du travail.
Pourquoi toutes ces courses, quand il serait si facile aux patrons de les éviter en faisant savoir a la chambre syndicale s’ils ont besoin d ouvriers. Mais il faut à l’employeur des ouvriers dociles ; et les obliger à quémander ainsi de porte en porte, n’est-ce pas leur retirer un peu de l’orgueil qui les
nousserait à vouloir être des hommes libres? La chambre syndicale arrive bien, à placer un certain nombre d’ouvriers ; mais ce nombre est bien taihie en comparaison de celui des chômeurs, qui sont
loin d’être tous syndiqués.
Que les ouvriers s’imprégnent bien de ceci . la liberté politique qui leur est tant pronee n existera réellement que lorsqu’ils auront conquis la liberté économique. Tant qu’il leur faudra courir de porte en porte pour vendre leur force-travail, la libeite n’existera pas pour eux.