VI. — Les salaires
Chercher à établir le salaire moyen, ce ne serait pas traiter la question avec toute l’importance qu’elle mérite. Nous allons donc passer en revue les différentes manières de travailler par rapport au salaire.
Pour être aussi complet que possible, nous diviserons la question en quatre parties : 1. le salaire à la journée; 2. le travail aux j)ièces; 3. le travail à l’anglaise; 4. le marchandage.
La Chambre syndicale des ouvriers en instruments de précision a fixé à 0 fr. 80 l’heure (art. 6 des statuts) le salaire minimum exigible par ses
(1) Voici, à ce propos, ce que dit M. Allan, grand industriel anglais: « Un ouvrier comme le mécanicien, dont le métier n’est pas seulem-^nt manuel, mais exige intelligence et adresse, produit plus efficacement et plus rapidement dans un laps de temps limité que durant une séance prolongée outre mesure. Les heures de repos et de délassement qui lui sont laissées entre deux journées de travail, lui permettent une plus grande concentration d’attention et d’efforts à la reprise de son labeur quotidien, d’où résulte un accroissement de production. {Le Trade-Unionisme en Angleterre^ P. de Piousiers, p. 278.)
membres. Le conseil de prud’hommes de la corporation a fixé le même taux de salaire et le reconnaît comme salaire moyen. Certains ouvriers très capables ou ayant fait un long stage dans le meme atelier arrivent même à un salaire superieui . U ir. 90 et 1 franc par heure ; mais ce sont là des exceptions très rares et que nous nous bornons à signaler.
L’autorité dont jouit le syndicat n’est malheureusement pas assez forte pour que tous ses membres réclament le salaire minimum de ü tr. 80, et je crois pouvoir dire qu’une partie d’entre eux travaillent à un prix inférieur. Les raisons en sont l’abondance de la main d’œuvre, la tacilité pour les patrons de trouver des ouvriers, l’emploi de ieunes gens sortant d'apprentissage, des « petites mains ». L’évolution du métier dans le sens de la grande industrie, la division du travail, ^ conséquence inévitable des progrès du machinisme, y
sont aussi pour quelque chose.
Je ne crois pas me tromper en donnant comme
salaire moyen et le plus répandu le prix de 0 Ir. /O par heure. "il existe même des maisons ou ce prix est un maximum, difficile à dépasser.
Le prix de 0 fr. 70 n’est généralement pas donne dès l’entrée de l’ouvrier dans un nouvel atelier. La période dite d’essai et qui dure environ quinze fours (1) est payée d’un salaire moindre. Cependant; nombre d’ouvriers l’exigent et refusent de
travailler à moins. ,
Certaines maisons baissent aussi le prix de l’heure, mais le compensent par le ly^aTail aux pièces - nous verrons comment par la suite. Dans d’autres maisons, et non des moindres, on se refuse à donner plus de 0 fr. 60 < en commençant », avec promesse d’augmentation la quinzaine suivante, jusqu’à un maximum fixe, soi-disant en rapport avec les capacités de l’ouvrier.
A part quelques maisons faisant des travaux de
(1) Le conseil des prud’hommes (métaux) fixe la période dite d’essai à 8 jours. Après quoi, l ouviier est coïlsidéré conirne faisant partie du personnel de la maison qui l’emploie.
■- c.-vv.
peu d’importance et qui emploient de préférence des jeunes gens sortant d’apprentissage, il est rare de voir un homme sachant sou métier d’ouvrier en instruments de précision, travailler pour moins de 0 fr. 70 par heure.
Le travail aux pièces. — Pour être complet, il aurait fallu pouvoir comparer la proportion du travail donné aux pièces avec celle du travail fait à la journée; c’est là malheureusement une chose â peu près impossible, car il aurait fallu examiner une maison, puis une autre, les comparer, et cette étude comparative n’aurait pas encore fourni de résultats positifs.
Dans le travail aux pièces, l’ouvrier doit, moyennant un prix fixe, préalablement convenu, produire une quantité de travail déterminée : soit un appareil complet, soit, le plus souvent, une pièce qu’il recommencera à l’infini, système néfaste, entre tous, pour l’ouvrier et qui offre à l’employeur seul un intérêt considérable. Par la diminution constante du travail aux pièces, celui-ci arrive à faire produire à l’ouvrier un maximum de travail pour un minimum de salaire.
Il est très raie, en effet, qu’un ouvrier qui exécute le même travail plusieurs fois de suite n’acquière pas une habileté qui lui permet de faire ce travail plus vite; d’où augmentation de salaire proportionnelle à l’économie de temps réalisée. Le patron, dès lors, diminue le prix du travail dans les mêmes proportions, ce qui détermine une baisse constante du prix de revient.
Les ouvriers, ne faisant pas assez abstraction de leurs intérêtsimmédiatset égoïstes, maintiennent et maintiendront encore longtemps ce modede travail.
A première vue, le travail aux pièces semble ble pour l’ouvrier produire un accroissement de salaire et il le produit, en effet, mais momentant. Comme, à mesure que le travail se répète, le patron tend à en diminuer le prix, il arrive fatalement un moment où l’ouvrier, ayant atteint le maximum de rapidité dans la production, est obligé de travailler aux pièces pour un salaire qui n’es pas supérieur à celui de la journée. Voici ce qui se
passe : si l’ouvrier parvient, sur un travail donné, à réaliser un bénéfice correspondant au quart ou au tiers du prix de la journée, l’employeur ne manque pas, à la première occasion, de diminuer le prix du travail dans une proportion identique; par conséquent, perte pour l’ouvrier.
Certaines maisons permettent un maximum de un franc, et, si ce maximum n’est pas dépassé, ne font subir aucune baisse au prix du travail. Malheureusement l’appât du gain est pour certains ouvriers plus fort que le raisonnement, et, dépassant le maximum toléré, ils favorisent la baisse du salaire.
Le travail aux pièces a pour l’ouvrier d’autres résultats néfastes. Il lui impose d’abord une somme d’efforts qui tend à augmenter sans cesse et qui dépasse celle qu’il peut raisonnablement fournir; et en travaillant ainsi, l’ouvrier auxpièces n’agit pas seulement au détriment de sa santé, mais aussi au détriment de ses camarades. La production intensive augmente nécessairement le nombre des chômeurs, et il vient un jour où l’ouvrier irréfléchi en subit le contre-coup.
Un autre résultat qu’a eu le travail aux pièces, c’est de permettre à l’employeur d’apprécier le maximum d’efforts atteint par l’ouvrier. Ainsi renseigné, il oblige les ouvriers, comme cela s est vu dans certains ateliers, à produire un minimum de travail, tout en étant payés au salaire de journée.
Si, comme on vient de le voir, le travail aux pièces favorise la baisse des salaires dans un laps de temps déterminé, il a cependant des avantages immédiats qui font qu’il sera difficile pour les ouvriers d’y renoncer. En effet, le travail aux pièces produit parfois une augmentation sur le salaire de la journée de 30 à 40 OjO. Le taux du salaire à la journée étant de 0 fr. - 70 à 0 fr. 75 l’heure, il n’est donc pas rare de voir le prix de l’heure du travail aux pièces atteindre 1 franc et même 1 fr. 10. C’est là un avantage que l’ouvrier considère.
Mais c’est là aussi, précisément, que le patron attend l’ouvrier. Plus celui-ci veut gagner, plus celui-là baisse le prix du travail. Et ici la loi des salaires devient pour un moment une réalité. Le pa-
tron ne considère plus le travail fourni; il ne voit plus que la somme des besoins, et il depreme le travail jusqu’à ce que l’ouvrier ne touche plus que ce qui est strictement nécessaire à son existence et à celle des siens; et celui-ci arrive à produire, comme nous le disons plus haut, un maximum de Iravail j)Our un minimum de salaire. ,
Tel est le travail aux pièces ; plaie inévitable, a notre avis, de l’industrie mécanique de précision et qui sévit surtout depuis 1 introduction du machinisme.
Le iravail dit à t anglaise est, comme son nom l’indique, une importation d’Angleterre. En Angineterre il se nomme le ineceworli \ c’est une combinaison du contrat forfaitaire et du salaire à 1 heure. Il est, si possible, encore plus nuisible pour 1 ouvrier que le travail aux pièces. Je me bornerai donc à expliquer en quoi il consiste, sans réitérer a son sujet les critiques précédentes, qui s appliquent d’ailleurs à tous les modes de travail siniilaiies.
Après accord entre le patron et lui, 1 ouvrier doit, dans un laps de temps fixé à l’avance, produire une somme de travail déterminée pour un prix donné. Si l’ouvrier termine son travail plus tôt, il partage le bénéfice avecl • patron, suivant un pourcentage convenu ; le plus souvent, le beneîice est partagé en deux parties égales. Tel est le système du travail dit à l'anglaise, le pieceiœrh.
Un certain nombre d’autres contrats de travail sont en usage, qui tous, à quelques détails près, se rapportent au travail aux pièces ou au travail a Tano'laise. Ces divers contrats étant exceptionnels, nous nous abstiendrons d en parler. ^ ^
11 nous reste à examiner un quatrième mode de travail, assez commun chez les ouvriers de la grosse mécanique et qui tente de s’introduire chez les ouvriers en instruments de précision. Nous voulons parler du marchandage, mode de travail encore plus funeste que les précédents, car il entraîne l’ouvrier à exploiter ses collègues. soit comme directeur de travail, soit comme chef d’entreprise.
Voici en quoi il consiste. Pour un travail souvent important : un certain nombre d’appareils, de ma-
chines le palron, au lieu d’avoir affaire à plusieurs ouvriers, traite du prix et des conditions (qui sont généralement ceux du travail aux pièces) avec un seul ouvrier, qui prend le nom de chef d équipé.
A celui-ci de répartir la tâche entre ses collègues. Lorsque la besogne est terminée, il en touche le montant, à charge par lui de payer les ou^vriers au’il a employés, au prorata des heures de chacun. Jusqu’ici tout est bien; mais où cela change, c est lorsque, sous prétexte de direction du travail, le « marchandeur » garde une partie du salaire de ses coassociés. L’ouvrier subit alors une exploitation au deuxième degré. Le patron, lui, simplifie les rouac^es de surveillance, de responsabilité; 1 ouvrier^’marchandeur, ayant intérêt à ce que ses collègues produisent vite et bien, devient alors leur
propre gendarme. , . a
La nature des travaux favorise peu ce mode de
travail. Les grandes maisons seules l’emploient, et encore très peu, car il y faut des travaux assez considérables et de longue haleine. De plus, les ouvriers y sont hostiles et lui opposent une certaine résistence qui l’empèche de se généralisei. L’ouvrier qui devient marchandeur est exclu de fait du syndicat; c’est dire en quelle estime le tien- Dent ses anciens camarades. Le marchandage est assurément le mode de travail le plus peinicieux pour les ouvriers en instruments de précision.
Si les quelques tentatives faites pour employer des marchandeurs ont très mal réussi, par contre, les contremaîtres de beaucoup de maisons sont devenus de véritables marchandeurs, mais a\ec des façons de procéder differentes et encore moins honnêtes, si c’est possible. (Certains pations ont, en effet, imaginé d’accorder à leurs contremaîtres des primes sur les réductions que ceux-ci font subir aux ouvriers sur les travaux faits aux pièces. Cette prime de diminution va de 10 a 2o 0[0, suivant les travaux et les maisons. Et il ny a pas de raisons pour que ces exploiteurs de leurs camarades de la veille ne réduisent les salaires au plus
strict minimum. i i. ,
Un fait indéniable, c’est que, pendant qu aug-
mentaitla cherté de la vie, le salaire
instruments baissaitnotablementXesal^^^^^^^^^ [
qui était il y a vingt ans de 80 ^entimesl heui ( ),
peut être évalué aujourdhui a /O ,p
^ On en a vu certaines des «anses dans le chamt^^^^
relatif à l’évolution de la corporation : ^
vriers de divers métiers similaires, les mecani Sens entre autres ; introduction du machinisme, etc Les autres, nous l’avons dit également, sont , la facilité pour les patrons, par 1 main d’œuvre, de trouver des
toujours grandissant des apprentis, 1 emploi de c«s^ieunes gens comme petites mains, des la fin
de liur apprentissage. &e“au
décrire les conditions du travail, 1^1* f tf.® leur le soin de tirer des faits exposes la déduction
'^'c'e aui^favorise aussi la baisse des salaires, c est la mSe dont l’Etat, les grandes compagnies, pou™ quftravallle.it souvent ,e^ ouvriers en mstruments donnent leurs travaux a 1 industiie pri ■ée J veuTparler du système des adjud'çations On connaît le procédé ; la maison qi. oflie le plus fort rabais est déclarée adjudicataiie et cliar„
d’effectuer les travaux t2). i„„.. „h.,m-
A plusieurs reprises, par 1 organe 'i® Jf"i chaui bre syndicale, les ouvriers en Ç „„
cision ont demandé que, comme pour 'e® grands travaux d’Etat, les
leur métier figurent au BuUetin de l Olfice au li a vaU, avec le prix d’adjudic.ation et le rabais con-
(1) Le travail aux pièces était vers cette époque encore plus répandu, si possible qu aujouul hui. La to e graphie avait accru considérablement les commandes, et le salaire se trouvait ainsi bien supérieur.
(2) Au moment de la transformation delà certains patrons avaient forme un syndicat
à tour de rôle les adjudications sans rabais. Mais ils ne purent s’entendre biin longtenips et alors eommençu le mouvement de diminution des salaires ;mouve^^^^ tel que l’appareil télégraphique, qui «tait paye 24o i ancs par adjudication, est descendu aujourdhui à 90 fiancs.
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senti ; ils n’ont pu, et pour cause, obtenir cette petite satisfaction. ^
Comme jusqu’à présent il a été impossible que
les cahiers des charges fixent un taux minimum de salaire à payer aux ouvriers, ceux-ci sont oblicrés de supporter les rabais considérables que tout leurs employeurs. C’est là un fait indéniable : chaque fois que se fait une adjudication, l’ouvrier qui effectue le travail en voit le prix baisser dans la même proportion que le rabais consenti par le patron. De là, l’intensification de la production, les travaux aux jiièces, le marchandage, toutes causes qui contribuent à la baisse des salaires.
11 ne faudrait pas croire que le patron songe a partager le rabais avec l’ouvrier, à subir une diminution de bénéfice. Dans l’état actuel de 1 industrie, une seule chose compte : le capital engagé. Le capital doit rapporter un bénéfice, un minimum d’intérêt. Si bien que le rabais consenti par le patron adjudicataire doit, pour que l’intérêt de l’argent engagé dans l’affaire ne diminue pas, être entièrement supporté par l’ouvrier.
Difiërents remèdes ont bien été présentes (notamment par le liü2ypovt tendant à rechei cliev les moyens de parer aux funestes conséquences du système actuel des adjudications de A. Keüfer) ; mais pas un, à notre avis, n’apporte une solution satisfaisante, le vice des adjudications ayant des causes plus profondes que celles aperçues par les hommes qui ont étudié la question.
Pourêtre complet,!! convient quenousexaminions ici le salaire des chefs d’ateliers et contremaîtres.
Les modes de paiement sont différents, selon les maisons. Certaines paient à l’heure ; d autres, et c’est le plus grand nombre, paient au naois. Pour les chefs d’ateliers et contremaîtres payés a 1 heure, le salaire varie entre 1 fr. et 1 fr. 50, selon 1 importance des maisons. Le salaire au mois est cependant plus répandu et varie entre 800 et 600 francs.
A ce salaire fixe il faut généralement ajouter un tant pour cent, soit sur les affaires, soit sur les bénéfices de la maison. De plus, quelques patrons accordent à leurs contremaîtres des primes sur la
diminution des travaux faits aux pièces. A cela viennent encore se joindre les étrennes de fin d’année, inconnues aux ouvriers.
Gomme on le voit, les chefs d’atelier sont très favorisés. Leurs salaires atteignent généralement le double de ceux des ouvriers. C’est là une bonne tactique de la part des patrons. L’ouvrier qui’ devient contremaître n’a plus rien de commum avec ses anciens camarades, ses intérêts sont en antagonisme avec les leurs . la baisse de salaire qu’accompagne au détriment de l’ouvrier le travail aux pièces provoque, au contraire, la hausse du salaire du contremaître. Gomment celui-ci ne serait-il pas entièrement acquis au patron? (1)
VIL — La Paye
Une des questions le plus rarement traitées et à laquelle ceux qui s’occupent des conditions du travail n’ont pas assez attaché d’importance, est celle de la paye. Cette question est cependant importante au premier chef, car elle influe sur la vie intime de l’ouvrier ; sa manière de vivre change souvent suivant qu’il est payé au mois, à la quinzaine, à la semaine. Les femmes surtout en savent quelque chose. Pour beaucoup, les trois ou quatre jours qui précèdent la paye sont des jours de misère.
Dans le mode de paiement, comme en beaucoup d’autres questions, le régime du grand atelier se fait énormément sentir. Les petits patrons quin’oc-
(1) Dans un volume publié par les soins de l’Office du travail : Salaires et Duree du travail dans Vindustrie française^ il est cité deux fabriques d’instrurnonls de précision. La première se compose de ; 2 contremaîtres gagnant respectivement 10 francs et 10 fr. 50 par jour; la seconde de 2 contremaîtres gagnant l’un 12 francs et l’autre 20 francs ; celte dernière maison emploie 54 ouvriers, gagnant de 6 fr. 50 à 11 francs par jour, et 14 manœuvres gagnant de 4 fr. .'0 à 5 fr. 50. Il nous a été malheureusement impossible de connaître la maison citée par l’enquête.
Personnellement, nous garantissons l’exactitude de nos faits et de nos chiffres. En les comparant avec ceux donnés par l’Office du travail, il est facile de se rendre compte du peu de valeur des enquêtes officielles.
Si '
cupent que quelques ouvriers, paient le plus souvent leurs ouvriers tous les samedis ; c’est la paye préférée de tous les ouvriers, et plus particulièrement de ceux qui sont chargés de famille.
Les avantages en sont réels. La ménagère, ayant plus souvent de l’argent équilibre plus facilemenîson maigre budget, et n’a pas besoin d’avoir recours au crédit, cette plaie mortelle de l’ouvrier parisien.
La paye tous les deux samedis est aussi usitée, et je la crois la plus fréquente. Bien qu’elle n’ait pas tous les avantages de la paye à la semaine, l’ouvrier s’en plaint rarement. Un autre mode de paiement est celui à la quinzaine, à des dates fixes : le 1 et le 15, le 3 et le 18, sans tenir compte du jour. Ge mode est très peu en faveur. Les inconvénients en sont grands. Il arrive souvent alors que la paye tombe un lundi (1), uii mardi, et que l’ouvrier s’est vu forcé de priver sa petite famille d’un plaisir quelconque le dimanche précédent, jour de repos généralement.
Malgré des demandes réitérées, les ouvriers de certaines maisons n’ont pu obtenir satisfaction. Question d’écritures et de comptabilité, paraît -il.
La paye au mois est plus rare, et quelques grandes maisons seulement la pratiquent. Il est alors de règle de donner un acompte fixe à la quinzaine, et quelquefois tous les samedis.
Je ne m’étendrai pas plus sur la question, mais je crois être l’interprète de beaucoup de camarades en souhaitant que la paye à la semaine et tous les samedis se généralise.
Peut-être convient-il de signaler ici une retenue faite par certaines maisons et qui est une grande gêne pour l’ouvrier. Il est d’usage, principalement dans les maisons qui ne paient pas à la semaine, de retenir une partie des salaires de la semaine précédente. Témoin l’article suivant du règlement d’une importante maison ; Art. 1. — La paye se fera tous les deux samedis, en s’arrêtant au mer-
(1) Nous pourrions citer une maison qui ne paie que le lundi, sous le vain prétexte que c’est là le meilleur moyen d’empècher les ouvriers de « faire le lundi >.
credi qui précède le samedi de paye. » Cette retenue, qui est dans le cas cité de trois jours, yaquel-
quefois jusqu’à huit jours. L’ouvrier qui vient de
subir un chômage parfois assez prolongé, est souvent très gêné par cette retenue. La raison invoquée par les patrons est généralement la diniculte de comptabilité qu’entraîne le paiement complet du salaire gagné. Le manque de temps en est aussi une caise. Cependant certaines maisons paient leurs ouvriers tous les samedis et jusqu à la dernière heure. Les raisons invoquées par les autres
ne sont donc guère plausibles.
Jg sais très biGii (jug tout industriGl cacliG un capitaliste et que cette retenue (1) continuelle j'Orte intérêt et c’est une mise (ie fonds toute trouvée; cependant il serait de toute équité de payer à 1 ouvrier le temps qu’il a travaillé jusqu au moment où il reçoit son salaire. La suppression de cette retenue est souvent discutée par les ouvriers entre eux : mais le pli en est bien pris, c est là une petite réforme équitable que les ouvriers auront de la peine à obtenir. Seule une campagne active du syndicat dans ce sens aurait quelques chances de réussite.
VI IL — Règlements
La discipline,le maintien du bon ordre,lapolice intérieure de l’atelier sont établies par des règlements. Nous ne saurions mieux faire, pour l’édiücalionde nos lecteurs, que d’en donner quelques exemples .
Les ateliers ne sont accessibles qu’aux heures d’ouverture, qui sont ; le matin, à 6 b. i/2, le soir, a Ii. 1, ~.
Exceptionnellement et pour des raisons de force majeure, une deuxième rentrée est autorisée : le matin, a
7 h., le soir, à 1 h.
A chacune de ces entrées, la porte est ouverte pendant cinq minutes seulement.
Aucun ouvrier ne doit s’absenter des ateliers sans
avoir au préalable averti le chef d atelier.
Il est expressément défendu de causer, de fumer, de crier, de chanter, pendant les heures de travail.
' (1) Supposons une maison occupant 100 ouvriers, avec un salaire moyen de 40 francs i>ar semaine, c est donc une somme de 4,000 francs qui travaille.
Tout ouvrier contrevenant au présent règlement s exnnse à un renvoi immédiat.
^ Ce rèt^lement peut être pris comme type, et est commun dans beaucoup de ses parties a giand nombre d’ateliers. Dire qu’il est toujours suivi a la lettre serait exagéré; cependant il n est pas raie de voir un père de tamille privé de son salaire pour
une contravention au règlement.^
Certains sont encore plus séveres que dent. Témoin les articles suivants, extraits d un
autre règlement. ,