V. — La durée du travail. Travail du dimanche
Journée de huit heures
La durée de la j ournée de travail le plus en usage chez les ouvriers en instruments de précision est de dix heures, La journée commonce généralement
à 7 heures du matin, est coupée de midi à 1 heure, par le déjeuner et reprise jusqu’à 6 heures du soir. Un délai de cinq minutes est laissé à l’ouvrier pour les rentrées du matin et du soir. De plus, certaines maisons permettent une deuxième rentrée, en cas de retard, une demi-heure après l’heure réglementaire ; d’autres n’accordent une rentrée supplémentaire que le matin; quelques-unes, enlin (mais elles sont l’exceptiou), accordent le droit de rentrée de demi-heure en demi-heure. Une maison qui voulait supprimer la rentrée supplémentaire, se vit récemment menacée d’une grève ; dans ime autre les ouvriers en durent le maintien à une pétition.
Quoique la durée moyenne de la journée soit de dix heures {Bullet. Off. trac., 1S05-96-97), certaines maisons font encore travailler pemlant onze heures ainsi réparties : de G heures du matin à 6 heures du soir, en été, avec repos de il heures a midi pour le déjeuner, et de 7 heures du matin à i heures du soir en hiver.
D’autre part, la journée de moins de 10 heures est encore très rare et ne se présente que lorsqu il y a pénurie de travail. De même, la journée de plus de 11 heures n’est dépassée que dans les maisons où l’ouvrage abonde ou dans celles qui ont dos engagementb de livraison à date fixe, et principalement dans les maisons adjudicataires. Quant à la journée de 12 heures ou plus, ainsi qu au travail de nuit, contrairement à ce qui a lieu dans certaines industries, ils ne se présentent ici que dans des circonstances exceptionnelles, particulièrement dans les maisons qui travaillent pour l Etat et P mdant les périodes de lin d’année.
Le travail du dimanche, quoiqu’il ne soit pas non plus très répandu, est cependant plus fréquent il cesse habituellement à midi. Certaines maisons l’emploient pour activer une livraison, bien que leurs ateliers aient des places libres et qu’elles pussent, par conséquent, embaucher d’autres ouvriers.
Nous pourrions citer, mais exceptionnellement, une grande maison où le travail du dimanche, qui dure jusqu’à quatre heures du soir, est en quelque sorte obligatoire. Une prime, qui consistait dans le
paiement de quelques heures . ’ était même accordée à ceux qui justihaient d un nombre déterminé d’heures de présence a 1 atelier nendant la semaine, le dimanche y compris.
^ De même que la journée de onze ou douze heures est une exception, la journée de moins de dix heures est peu fréquente. Une maison qui manque momentanément de commandes aime m eux licencierunepartiedesonpersonnel que de faire travailler une heure ou deux de moins ; c est-la, croyonsnous, le résultat d’une entente tacite entre les pa-
1" T*on S ^
La mise à pied, qui consiste pour un patron à se
priver pendant une baisse de travail des services d’un ou de plusieurs ouvriers, avec promesse de les réoccuper aussitôt que le travail sera plus abondant, la mise à pied est aussi quelque peu usitée, mais elle tend à devenir de plus en plus rare, l’abondance de la main-d’œuvre permettant aux employeurs de trouver à tout moment le personnel dont ils ont besoin.
Gomme on vient de le voir, la moyenne de la durée du travail est de dix heures. Peut-etre conviendrait-il de dire ici quelques mots de la réduction de la journée de travail chez les ouvriers en instruments de précision. Les Congres ouvriers, nationaux et internationaux, emettent continuellement des vœux en faveur de cette réduction, momentanément üxée à huit heures; mais en h rance au moins, l’on n’a pas encore tente de 1 appliquer. Pourauoi? C’est ce que nous allons examiner.
Il faut dire tout d’abord que beaucoup d ouvriers, soit qu’ils ne se donnent pas la peine de retlechir, soit qu’ils ne le veuillent pas, sont encore opposes à une diminution de la journée de travail. 11 craignent, et c’est là, croyons-nous, une erreur de leur part, que la diminution des heures de travail n’entrainât fatalement une diminution correspondante de salaire.
Nous ne pensons pas cependant, comine certains économistes socialistes raffirment tous les jours a la classe ouvrière, que la limitation de la journée huit heures de travail améliorerait sensiblement
la condition du prolétariat. La diminution de la fatigue pour les uns, du chômage pour les autres, ne serait que passagère. 11 arriverait bientôt ce qui est arrivé en Angleterre ou certaines maisons ont appliqué la journée de huit heures (1). L’ « intensihcation » du travail amènerait l’ouvrier à produire autant en huit heures |u’il produisait en dix; par conséquent, le chômage et la fatigue seraient sensiblement les mêmes. D’autre part, la production restant à peu près éjrale, il n’y aurait aucune raison pour le patron de diminuer les salaires, puisque ses intérêts de capitaliste ne seraient pas lésés. ^
La question de la journée de huit heures se résume ainsi : intensitication de la production et, par conséquent, ni diminution de chômage, ni diminution de fatigue, ni diminution de salaire; mais, en revanche, deux heures de repos en plus, qui, à no'tre avis, ne sont pas à dédaigner.