‹ Les Conférences de M. Jean de BonnefonChapitre 19 sur 23 · AUTRE SONNET · texte numérisé non relu

AUTRE SONNET

O longs désirs, ô espérances vaines.

Tristes soupirs et larmes coutumieres

A engendrer de moy maintes rivières,

Dont mes dcus veus sont sources et fontaines :

(t) Evvres de Louïze Labé Lionnoize. A Lion, Durand et Perrin, 1824, page ici.

(2) Evvres de Louïze Labé Lionnoize. A Lion, chez Durand et Perrin, 1824, page 86.

0 cruautez, ô durtc/ iiiliiimaint's, Plteus regars des célestes lumières :

Du ccEur transi ô passions premières, Estimez vous croître encore mes peines?

Qu'encor Amour sur moy son arc essaie,

Que nouveaus feus me gette et nouveaus dars :

Qu'il se despfte, et pis qu'il pourra face :

Car je suis tant navrée en toutes pars, Que plus en moy une nouvelle plaie, Pour m'empirer ne pourroit trouver place.

Ce qui est plus mystique encore que Louise Labé, c'est la religion de son souvenir. De mauvais esprits mirent en doute sa vertu. Un homme mal élevé Claude Rubys prétendit par écrit l'avoir beaucoup trop connue. D'un ton plus ecclésiastique l'abbé Gouget ne fut pas plus indulgent. Mais les champions de la vertu outragée sont forts d'un témoignage sérieux. Guillaume Paradin, qui allait chez la dame en tout bien tout honneur vante « la beauté de sa face angéhque )> ; et il ajoute : « Ce n'estoit rien à la comparaison de son esprit tant chaste, tant vertueux, tant poétique, tant rare en sçavoir, qu'il sembloit qu'il eust été créé de Dieu pour estre admiré comme un grand prodige entre les humains )>.

Les paroles bienveillantes de ce galant Jiomme ont été cueillies avec respect par les amoureux posthumes de Loïse Labé. Le dernier que je connaisse vivait en 1824, trois siècles après Loïse. Il s'est voué à la réhabilitation de la belle morte etpeidant la tête comme tous les amoureux il a oubhé l'aventure de certain gendarme, les malheurs de M. Perrin le mari de Loïse. Il a tout oublié et de son propre pouvoir il a placé sur un autel le buste de la Sapho lyonnaise.

Au XIX<^ siècle encore le chevalier Bréghot du Lut a été, avec discrétion, un amoureux de Loïse sûr du passé et plus encore -de l'avenir.

Ces amours mystiques de bibUophiles étonnent moins que la passion subUme qu'avait Puvis de Chavannes, enfant, pour Loïse. Le peintre lyonnais qui devait un jour faire voir des coins de ciel dans des paysages humains, le poëte pâle de la couleur et de la ligne aima Loïse jusqu'à user de ses doigts un exemplaire de son œuvre.

Les révolutionnaires de 1793 avaient mieux fait ; le bataillon du quartier de r Hôtel-Dieu avait inscrit le nom de Loïse

Labé sur le drapeau tricolore et transformé la poétesse en héroïne de la république future.

Avant de chercher le caractère mystique des poètes lyonnais dans des temps plus modernes, suivons un bel élan de Maurice Scève, poète et gentilhomme lyonnais :

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