‹ Les Conférences de M. Jean de BonnefonChapitre 23 sur 23 · RÊVES AMBITIEUX · texte numérisé non relu

RÊVES AMBITIEUX

Si j'avais un arpent de sol, mont, val ou plaine. Avec un filet d'eau, torrent, source ou ruisseau. J'y planterais un arbre, olivier, saule ou frêne J'y bâtirais un toit;, chaume, tuile ou roseau.

Sur mon arbre, un doux nid,gramen, duvet ou laine, Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau. Sous mon toit, un doux lit, hamac, natte ou berceau. Retiendrait une enfant, blonde, brune ou châtaine.

Je ne veux qu'un arpent : pour le mesurer mieux, Je dirais à l'enfant la plus belle à mes yeux : « Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève ;

Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon. Aussi loin je m'en vais tracer mon horizon *. — Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un

[rêve.

L'heure sonne qui marque la fin de cette esquisse. J'aurais voulu vous parler de votre Académie, assemblée laborieuse et discrète où des hommes de grande valeur

reprennent à chaque génération le travail de piété filiale vis à vis de la ville-mère, là où l'autre génération laissa tomber la feuille. J'aimerais à signaler cette charité d'âme, de cette pensée supéiieure qui furent incarnées en Frédéric Ozanam. Il me plairait de voir avec vous le caractère mystique de cette Propagation de la Foi qui a la beauté d'un poëme et la précision d'une banque, la banque où un peu d'or achète des âmes. J'aurais aimé à froisser la modestie de Mgr Morel en dessinant devant vous le fin profil de ce jeune vieillard souriant au labeur. Je donnerais volontiers des pages à c^ cleigé lyonnais, le premier de France par la valeur des hommes et la pureté des consciences. Des voix plus autorisées ramasseront les trésors près desquels je dois passer trop vite et feront mieux connaître, donc mieux aimer votre ville sainte. La grandeur morale de Lyon est presque inconsciente. Votre ville paraît dans l'histoire de la civilisation française avec un génie naturel qui déborde sur le monde comme le plus beau des quatre fleuves du paradis s'épandant en large nappe dans l'azur divin de la pensée universelle.

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