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Les conférences spirites de l'année 1882

Lorsque, il y a trois ans, je suis venu dans le Midi abriter mes dernières années sous les ailes de la famille, je ne tardai pas à comprendre que le moment n’était pas encore arrivé où les semences de la parole spirite pourraient germer et fructifier parmi les populations dans le sein desquelles je venais prendre place. Dans ces régions qui, ducôtéde la Méditerranée^ forment les premiers échelons du groupe montagneux des Cévennes, et qui furent le théâtre des vives et sanglantes guerres de religion, l’effervescence des divisions et des haines dont ces luttes furent l’occasion s’est certainement adoucie ; le souvenir, toutefois, ne s’en est pas complètement perdu, et, dé temps à autre, un écho affaibli, mais encore perceptible, des anciennes malédictions, vient se répercuter sur les escarpements rocheux de nos vallées.

On ne s entre-tue plus, il est vrai ; mais, pour tout ce qui concerne les plus modestes prépondérances locales, aussi bien que les plus hautes positions politiques, la bataille est toujours 'Ouverte entre le Catholicisme et le Protestantisme. On s’occupera assez peu de savoir si vous êtes ignorant ou studieux, et quel rang vous occupez sur 1 échelle de la moralité humaine; mais on tiendra surtout à connaître si c’est l’Église ou le Temple, que- vous fréquentez, ou, pour mieux dire, qu’au besoin vous

fréquenteriez, car il s’agit ici de classification plutôt que ée pratique. C'est donc à mes successeurs qu’incombera la tâche d’introduire le spiritisme dans ces contrées où les idées religieuses, qui ne devraient engendrer que des frères, armèrent jadis les uns contre les autres les citoyens d’une même patrie, et les maintiennent encore aujourd’hui dans un état trop prolongé de préventive suspicion.

Après ces premières impressions, mes idées se portèrent sur la ville de Montpellier. Mais ce grand centre de quatre Facultés, suffisamment satisfait sans doute du contingent de sciences de toutes sortes qui lui a été imparti, semble assez peu disposé à en accroître la valeur, et le spiritisme y est généralement inconnu, sinon comme objet de risée, du moins comme sujet d’études. J’avais d’abord cru que notre ami, M. y était le seul représentant de nos idées. Mais, plus tard, je fus agréablement surpris d’apprendre qu’un groupe s’y était formé, depuis quelques années, par des émigrants venus de Marseille, où ils avaient reçu l’initiation; groupe encore peu important, mais rachetant le nombre par le zèle et l’honorabilité, et auquel je me suis sincèrement attaché.

Ce fut enfin lorsque, en 1881, j’eus le plaisir de voir M. Leymarie, dans la tournée qu’il fit à cette époque dans le midi de la France, que je pris connaissance, avec un vif intérêt, de la situation du spiritisme dans l’arrondissement de Béziers et à Salles-d’Aude, et que, sur son invitation, je me décidai à entrer en communion de pensées avec les adhérents convaincus qui représentent si dignement notre doctrine dans ces contrées.

Ce projet, mis à exécution au commencement de 1882, a été ponctuellement poursuivi pendant tout le cours de cette année. Je manquerais à un devoir dont l’accomplissement ne peut être que bien doux à mon cœur, si je ne profitais de l’occasion qui m’est offerte de remercier mes auditeurs pour le zèle, pour l’attention dont ils ont fait preuve pendant nos séances, et pour

Jeg témoignages de sympathie qu’ils ont bien voulu me donner toute occasion.

11 m’a semblé, ét ce projet a reçu l’adhésion de quelques amis auxquels je l’ai communiqué, qu’il y aurait intérêt, pour fortifier et compléter l'instruction commencée dans les conférences, à faire imprimer le recueil de celles-ci, en y ajoutant le développement de quelques explications. Il y aurait à cela un double avantage. Le premier consisterait à donner une plus grande extension et, par suite, une plus féconde autorité aux principes ; le second, à introduire dans la discussion quelques enseignements supplémentaires sur celles des œuvres de la création qui août le plus dignes de faire l’objet de nos méditations. Il faut considérer en effet que des personnes, très-réfléchies d’ailleurs, peuvent n’avoir pas eu, dans leur jeunesse, l’heureuse chance de voir leur attention appelée, soit sur les merveilles de l’univers, soit sur les analogies qui existent, plus souvent qu’on ne croit, entre des mécanismes purement physiques et matériels, et les effets qui se produisent dans le domaine de l’intelligence et des moralités.

Plus un sujet d’études est sérieux, et le nôtre est certainement de cet ordre, moins une simple audition est suffisante pour que nous puissions nous le bien assimiler. Ce n’est que par des lectures faites à tête reposée et souvent renouvelées qu’on parvient à saisir dans tous leurs détails les vérités qui, exposées de vive voix, ont pu momentanément nous impressionner, mais qui n’ont pas laissé en nous de durables empreintes. D’ailleurs, dans toute réunion d’individus, les intelligences ne vibrent pas au même diapason, et il est utile et charitable que les plus avancées viennent en aide aux faibles. Or l’instruction ainsi donnée et reçue sera beaucoup plus profitable, si elle s’appuie sur la précision d’un texte imprimé, et toujours présent, que sur les souvenirs quelquefois incertains d’une parole qui n’a eu qu’un instant d’actualité.

Dans ce livre, comme dans quelques autres, j’ai textuellement reproduit certains passages tels qu’ils ont été déjà insérés dans des ouvrages que j’ai précédemment publiés. J’aurais pu certainement, sans toucher le fond, en modifier la forme et sauver ainsi les apparences; mais la vérité qu’ils exprimaient hier m’ayant paru être encore la vérité d’aujourd'hui, à quoi bon recourir à d’autres vêtements ? D’ailleurs, on le sait, la vérité est une déesse qui ne sait pas avoir de fausse modestie, et parce qu’il est dans les plus strictes convenances de la représenter toujours à l’état de complète nudité, ce qui n’a jamais donné lieu de sa part à la moindre protestation, je ne vois pas trop comment, sans la déguiser, on pourrait lui faire changer de toilette.

Si j’avais eu à m’adresser à un auditoire composé de personnes déjà versées dans tous les détails de la science spirite, j’aurais pu prendre, pour les divers sujets de mes conférences, des questions qui ne sont pas encore complètement élucidées, et, sans transition obligatoire, passer de Pune à l’autre, parlant aujourd’hui des facultés de Pâme et de son libre arbitre, demain de la médiumnité, de l’oubli du passé, etc. Mais telles ne sont pas les circonstances dans lesquelles je me suis trouvé placé. Sauf de rares exceptions, ceux qui sont venus m’écouter ne possédaient qu’un faible contingent de connaissances acquises, et avaient presque tout à apprendre. Dans ces conditions, des instructions isolées sur des sujets indépendants les uns des autres, touchant tantôt au commencement, tantôt au milieu, tantôt aux derniers chapitres de la doctrine, auraient été, ce me semble, à peu près stériles. En conséquence, au lieu de cette diffusion, de cette sorte de vagabondage sans méthode et sans lien, j’ai cru devoir procéder à un enseignement régulier, suivi, coordonné dans ses diverses parties ; bien convaincu que ce moyen était le meilleur de faire pénétrer la science chez ceux qui ne savent pas encore, et espérant que ceux qui savent déjà trouveraient quelque attrait à se souvenir.

C’est en conformité de ce plan que s’est passée l’année 1882. J’ai parlé successivement de la création du corps et de celle de l’âme, de l’union du principe matériel avec le principe spirituel, de la constitution de l’être humain, suivant les idées matérialistes ou spiritiialistes. Ayant ainsi donné une première connaissance de l’homme, du moins dans les généralités indiquées, soit par la tradition, soit par sa propre raison éclairée par la science, j’ai pu aborder quelques aperçus explicatifs sur la doctrine spirite et exposer la formule synthétique de son programme général, qui repose sur quatre bases essentielles, savoir:

1° L’existence de Dieu ;

2° L’immortalité de l’âme;

3° Les communications des esprits des morts avec les vivants;

4^5 Les réincarnations, c’est-à-dire les retours successifs sur la terre des âmes qui, sous la forme de l’être humain, viennent subir les épreuves destinées à les faire progresser.

Enfin j’ai terminé l’œuvre de 1882 en m’expliquant en détail sur les deux premières de ces bases : l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme.

Parvenu à ce point, j'ai épuisé tout ce que les recherches, les philosophies anciennes et modernes, ont pu découvrir par les seules ressources intuitives de la raison,et sans faire aucun appel aux lumières de la nouvelle doctrine.

A partir de la présente année, nous allons entrer dans l’étude spéciale de cette doctrine et exposer les remarquables enseignements que le ciel a envoyés à la terre. Mais nous ne sacrifierons pas pour cela les droits de la raison ; en tout temps, en toute occasmn, nous les maintiendrons intacts. Le grand mérite du spiritisme est de nous faire marcher plus vite dans la voie du progrès, parce qu’en un instant il nous apprend, du moins en partie, ce qu'il nous aurait fallu longuement chercher, sans espoir certain de le découvrir. Par ses révélations, il nous a permis en quarante années d’entrer en possession de plus de

secrets que rhumanité des âges précédents, abandonnée à ellemême, n’aurait pu en conquérir en plusieurs siècles. Les communications spirites ont donc soulevé bien des voiles et en soulèveront encore d’autres. Mais n’oublions jamais que, sous ces voiles, nous pouvons quelquefois trouver de faux visages et entendre de menteuses paroles. C’est à notre raison, je ne cesserai de le répéter, qu’incombe le devoir de découvrir et d’arracher les masques, comme c’est à elle qu’il appartient d’enregistrer et de conserver, dans les annales de la science humaine, les enseignements inspirés dont elle aura constaté la vérité.

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