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RECUEIL DÉDIÉ AUX GROUPES

DE MONTPELLIER, BÉZIERS, SALLES - d’AUDE ET MARAUSSAN

Première Conférence

du 14 février 1882

Sommaire. — Études préliminaires sur la formation du corps et sur celle de Vâme

Avant de procéder à Texposé d’une doctrine qui intéresse à un haut degré l’être humain, dans ses rapports avec Dieu et avec ses semblables, il m'a paru utile de présenter quelques explications relatives à l’apparition première de cet être sur la terre, et aux idées que, dès les temps les plus reculés, l’humanité s’est faites sur sa formation.

Or voici ce qu’une tradition qui, depuis trois mille ans et plus, s’est perpétuée sans altération jusqu’à nos jours, nous enseigne à ce sujet.

pieu, après avoir formé et façonné le corps de l’homme à l’aide du limon de la terre, et après avoir donné la vie à ce mécanisme exclusivement matériel, fit descendre en lui un rayon du principe intelligent, et donna ainsi une âme à ce corps; dès ce moment, l’être humain était créé.

Que ce soit là, en tout ou en partie, une légende ; que cette légende ne soit pas l’expression rigoureuse des faits accomplis, tels qu’ils ont eu lieu dans tous leurs détails, ce qui, au reste, n’est pas prouvé ; qu’elle soit trop explicite, suivant les uns, qu’elle ne le soit pas assez, suivant d’autres, peu nous importe. La légende existe, et, par le seul fait de son existence, elle nous révéle tout au moins, depuis les époques les plus reculées, quels furent les instincts et les sentiments de l’humanité au sujet do la création de l’homme.

Or n’est-ce pas un enseignement très-digne de remarque que celui qui nous permet de constater que, dès son début, l’humanité n’a pas eu le moindre soupçon des doctrines matérialistes, et qu’elle a été au contraire profondément spiritualiste ? Elle déclare, en effet, que c’est Dieu qui a créé l’homme, et nous fait connaître, en second lieu, qu’elle n’a pas compris la constitution de l’être humain autrement que par l’association du principe matériel avec le principe intelligent. Or, je le demande, Dieu et l’âme, ne sont-ce pas les deux grandes assises du spiritualisme ?

Mais ce n’est pas tout : la légende prouve encore que l’humanité, dès son début, a considéré la création de l’hoinme comme un fait exceptionnel, comme un fait primitif, ne dépendant en rien, quant à son mode d’apparition, des créations antérieures ; impossible à réaliser avec les seules forces imparties jusque-là à la terre,, puisqu’elle a fait intervenir pour cette création, non pa& l’entière et continue série des animaux, depuis l’huître jusqu’au singe, comme le voudraient quelques-uns, maia une action nouvelle, distincte, sans précédent et émanant directement de la puissance divine.

Je me borne, pour le moment, à ces simples aperçus^ qui se rapportent exclusivement à la création de l’homme. Qu’il me soit permis d’ajouter que, si nous interrogions la légende sur les œuvres créatrices qui ont précédé celle de l’être humain, nous trouverions de remarquables concordances entre les récits des temps anciens et les découvertes faites parla science de nos jours. Mais il serait prématuré d’entrer aujourd’hui dans l’étude de ces questions ; elles seront traitées en leur temps.

Revenant maintenant à notre sujet principal, nous pouvons dire que, suivant la tradition, deux principes existent dans l’homme : l’un purement matériel, dont la substance est analogue à celle de toutes les choses de ce monde, qui constitue le corps; l’autre exclusivement spirituel, qui constitue l’âme et qui ne se rencontre icibas que dans le règne animal. Ce dernier principe, d’ailleurs, ne saurait avoir rien de commun avec les matières terrestres, puisque, toujours d’après la légende, l’emprunt que Dieu a fait à la terre était parachevé, lorsque l’âme a été donnée à l’homme. Celle-ci est donc tout autre chose que notre matière, tant au point de vue de son origine que de son essence ; aussi verrons-nous qu’elle produit des effets que la matière seule est impuissante à réaliser.

Vous avez pu remarquer que, dans ce qui précède, je me suis uniquement appuyé, pour vous entretenir de la création de l’être humain, sur la légende, sur une tradition qui ne s’est d’abord transmise qu’en passant de bouche en bouche jusqu’à Moïse, et qui, depuis lui, s’est perpétuée par l’écriture. Est-ce à dire que je me propose d’en rester là? Non, certes. Je suis de ceux qui proclament qu’en fait de croyances, la raison doit intervenir en toutes choses, et quelle est le suprême régulateur de ce que nous devons admettre comme de ce que nous devons rejeter. Aussi ne ferai-je pas défaut à cette partie de ma tâche, et la question sera-t-elle reprise au point de vue strictement rationnel, lorsque, dans la troisième Conférence, nousprocéderons à l’examen des idées

émises sur la constitution de l'être humain, soit selon les vues du matérialisme, soit selon celles du spiritualisme. Nous verrons en outre, plustard, que les communications des Esprits confirment tout ce qu’ily a d’accessible à notre raison dans ces sortes de questions.

Donnons maintenant quelques explications succinctes et générales sur le corps et sur l’âme.

Bien que notre enveloppe corporelle soit formée de certaines matières en tout semblables à celles qu’on trouve dans l’air, dans les eaux et dans les parties solides du globe, il s’en faut que cette enveloppe soit comparable aux corps terrestres ordinaires par sa structure, soit intime, soit extérieure. Prenez un minéral quelconque, calcaire, grès ou granit; détachez une partie de ce minéral en quelque endroit que vous voudrez de son étendue, et toujours cette partie vous offrira la même constitution physique et surtout chimique; vous y trouverez et le même nombre et les mêmes espèces d’éléments, associés dans les mêmes proportions. Faites-en de même pour le corps humain, et, au lieu de cette constante ressemblance que les diverses parties conservent avec le tout, vous constaterez d’incessantes et prodigieuses différences. A l’extérieur, vous trouverez ici les cheveux et les poils, là les ongles, ailleurs les dents, les cartilages ; enfin la peau plus ou moins transparente, plus ou moins sillonnée par ces canaux à couleur bleuâtre qui conduisent le sang. A l’intérieur, vous aurez tantôt un muscle, tantôt un os, des tendons, des nerfs, des substances molles, des conduits pour le fiuide sanguin, pour la respiration aérienne. En un mot, au lieu de cette persévérante uniformité que présente le minéral, ce sont de continuelles diversités que vous rencontrerez dans le corps humain.

Jetons maintenant un coup d’œil sur ce qui concerne les fonctions. Dans l’intérieur du minéral, non-seulement tout est semblable, mais tout se maintient dans le repos le plus absolu. Dans le corps humain, au contraire, soit à l’état de veille, soit à l’état de sommeil, tout se meut

et travaille, et cela sans discontinuité, depuis la naissance jusc^u'à la mort. L’air est incessamment appelé dans les poumons, où le sang noir se transforme en un sang vermeil. L’estomac élabore les aliments, rejetant les substances impropres à la nutrition et transformant en sang celles qui lui sont nécessaires. Le liquide nourricier circule dans toutes les parties du corps, et se change en muscle, en os, en nerf, en cheveu, en ongle, sans jamais se tromper, là où doivent figurer ces divers éléments de notre enveloppe corporelle.

Enfin le minéral, déposé en un certain lieu, ne possède aucune force intérieure susceptible de l’en faire sortir; il lui est impossible de se donner du mouvement à luimême ; tandis que le corps de l’homme, ou se maintiendra en repos si cela lui convient, ou se déplacera en tout ou en partie sans le secours d’aucune force étrangère.

Tels sont les traits les plus saillants qui, à première vue, difîérencient la matière brute de lamatière de notre corps, c’est-à-dire la matière qui ne possède aucun caractère de la vie, de celle qui les possède à un haut degré. Je n’insiste pas, dans ce résumé, sur ces distinctions si essentielles; je crois en avoir assez dit pour vouslesfaire comprendre; nous aurons, d’ailleurs, occasion d’y revenir dans la suite.

Si nous possédons des notions assez étendues sur la partie corporelle de l’être humain, il s’en faut que nous soyons aussi bien en mesure de vous donner des détails sur cette autre partie que nous appelons l’âme.L’impossibilité de la voir, de la toucher, de la saisir, sinon dans ses effets, du moins dans son principe substantiel, nous force à reconnaître et à déclarer que, au point de vue de son essence, elle nous est complètement inconnue; c’est le secret de Dieu. Par opposition à ce qu’ici-bas nous appelons matière, nous devons considérer l’âme comme une pure et directe dépendance du principe intelligent de l’univers, associée, par des moyens que nous ignorons, avec un mécanisme matériel pour former l’être humain,

et donnant à celui-ci des forces spéciales qui, en dehors de Tanimalité, ne se rencontrent dans aucun autre être de la création. En vertu de quels principes Fâme possède-t-elle son indéniable puissance? Quelle est l’organisation qui préside au fonctionnement de ses actes? Par quels procédés intérieurs les produit-elle? Nous ne pouvons, à cet égard, que faire encore une foisl’aveu de notre ignorance. Comme cause agissante, l’âme se dérobe à nos sens et à notre intelligence sous des voiles impénétrables; ce n’est que. par ses effets que son existence se révèle à l’homme;mais alors elle s’impose à sa conscience et à ses études par l’importance et la diversité de ses œuvres. Aussi l’homme qui sait et veut réfléchir, l’homme qui marche résolûment dans la voie droite de la vérité, ne peut-il accepter ces étranges et subversives idées qui voudraient que le dernier mot de Injustice, pour le bien comme pour le mal, fût le néant ; mais il reconnaît la nécessité, et s’élève à l’intuition d’un principe supérieur, imparti à l’homme, survivant à la mort du corps, et qui, producteur exclusif des actes de la vie terrestre, ne devra et ne pourra récolter que ce qu’il aura semé, c’est-à-dire ou les opprobres du crime, ou les sérénités de la vertu.

Tout le monde comprend que Dieu a dû nécessairement intervenir une première fois pour créer le corps humain, soit homme, soit femme. Mais, comme dans ce corps tout est matériel, comme les éléments qui le composent appartiennent tous à notre monde et que rien de ce qui j est ne doit venir d’ailleurs que de la terre, il suffisait, pour les procréations ultérieures, de donner au mécanisme corporel une organisation telle qu’elle fût susceptible de réunir, de combiner, d’élaborer les éléments terrestres voulus et d’en former, à l’aide du couple humain, une combinaison essentiellement matérielle en principe, mais qui, prenant sa source dans des êtres déjà vitalisés, et plongée elle-même dans le principe vital, se trouvât ainsi en possession de tout ce qu’il fallait pour reproduire le type primitif. Une telle fonction n estelle pas exactement de même ordre que celles qui s^accomplissent journellement dans le corps vivant de l’être

bumain ? N’est-ce pas ainsi que les aliments absorbés à rétat de matière inerte se vitalisent dans notre intérieur et se changent en un liquide circulateur destiné à assurer en tous les points du corps et le maintien et l’identité de l’être? Or en quoi consiste une telle fonction, si ce n’est à faire incessamment de la matière corporelle vivante. Ainsi, vous le voyez, toutes les substances nécessaires à la formation du corps se trouvant, sans exception, dans le milieu même habité par l’homme, la question de leur apport*était résolue, et il n’y avait plus dés lors à s’occuper que de rétablissement de combinaisons organiques présidant à leur association. Personne, je pense, ne soutiendra que ce soit là une oeuvre impossible plutôt à Dieu qu’au hasard, et Ton comprendra en même temps qu’il a suffi au Créateur, pour assurer la perpétuité de cette œuvre, d^en introduire une fois pour toutes les rouages dans la constitution humaine, puisque celle-ci se reproduit, dans le temps, toujours semblable à elle-même.

Mais, dans ces merveilles de l’organisme humain rendu procréateur, ne nous bornons pas à admirer la science de Dieu. Sachons y voir aussi sa bonté pour la créature, qu’il n’a pas voulu condamner à vivre dans l’isolement. Doublement reconnaissants envers lui, remercionsle d’avoir associé, dans l’œuvre de la génération, et les joies de deux âmes intimement unies dans le sentiment de l’amour, qui, bien compris, verse ses ineffables consolations sur les misères de la vie, et les joies de la paternité, qu’on ne peut éprouver sans avoir la conscience et le besoin de Pavenir, et qui seront toujours une irrévocable protestation, aussi bien contre la théorie du néant que contre celle des supplices éternels.

En ce qui concerne les âmes, il en est autrement que pour les corps ; et, parce que ni les éléments qui les composent, ni la force qui a procédé à leur association, ni celle qui unit l’âme au corps, ne sont de ce monde, reconnaissons que leur création ne pouvait etre confiée à des actions terrestres; elle est donc restée l’œuvre di-

recte de Dieu. Remarquons en effet que^^pour le corps, ce n’est pas avec une partie détachée de notre organisme que nous pouvons engendrer un être nouveau ; à cet être, ainsi qu’ànous, il faut un organisme tout entier, et, comme nous ne le possédons qu’une fois, en procédant comme nous venons de le dire, nous n’aurions réussi qu’à nous désorganiser nous-mêmespourproduire l’incomplet. Nous n’engendrons que parce que l’ensemble de notre organisme a reçu la faculté de réunir et de combiner, en participation avec le fluide vital, les éléments matériels nécessaires à la formation d’êtres qui, au point de vue de leur enveloppe corporelle, sont semblables à nousmêmes ; aussi pour cette formation ne perdons-nous pas la plus petite partie de nos organes^ leur fonctionnement seul est en jeu.

Un semblable raisonnementpeut s’appliquer aux âmes, qui, encore moins que les corps, ne peuvent se dédoubler. Chaque âme, destinée à former une individualité tout à fait distincte, a été créée une, et est par conséquent indivisible ; intelligentée par le souffle divin, qui ne saurait s’éteindre, elle est éternelle, et ne pourrait subir aucune déperdition de son essence spirituelle sans cesser d’être elle-même. Enfin, poussant les choses à l’extrême, et supposant qu’il y eût en elle la faculté d’agir par voie d’association combinatoire sur les principes spirituels, comment pourrait-elle l’exercer sur cette terre, puisque, en dehors de ceux de ces principes qu’elle possède, et auxquels il lui est interdit de toucher, elle n’en trouverait pas un seul ici-bas. Lorsqu’il s’agit du corps, au contraire, tous les éléments nécessaires à sa formation, sans aucune exception, font partie du domaine terrestre. Répétons donc encore une fois que la création des âmes ne peut être autrement conçue que comme l’œuvre directe de la Divinité.

Deuxième Conférence

du 15 février 1882

Sommaire. — Ce n’est qu’au moment de la naissance que Vâme s^unit au corps et que l’être humain est constitué

Dans cette deuxième conférence, nous allons aborder le problème de Tunion de Tâme avec le corps, non pas pour nous éclairer sur la nature et la constitution des liens qui établissent cette union,—l’examen de cette question viendra plus tard,— mais pour savoir seulement en quel moment il est probable que l’âme vient prendre place dans le corps auquel Dieu l’a destinée. Accoutumé, comme je le suis, à reconnaître que le Créateur ne saurait rien faire de prématuré et d’inutile, je répondrai avec une réserve qui vous semblera peut-être un peu naïve, mais qui tient avant tout à se méfier des hypothèses, que l’union de l’ame et du corps ne peut avoir lieu qu’au moment où elle devient nécessaire. Quel est ce moment? Recherchons, à cet effet, les conditions de cette nécessité même.

A partir de la conception jusqu’à la naissance, le corps humain est-il fait ? Non, il est en train de se faire. Pendant toute cette période, au commencement de laquelle il est parti, je ne dirai pas de zéro, mais d’un simple germe rudimentaire subitement saisi par l’infiuence vitale, il reste inachevé au point de vue de ce qu’il lui faut pour vivre sur la terre et dans l’air, c’est-à-dire pour se trouver dans sa situation définitive et normale d’être humain. Or j’ai bien de la peine à admettre que Dieu ait voulu associer une âme sortie complète de ses mains, une âme qui ne doit subir aucun changement, avec un corps qui n’est qu’à l’état de préparation et dont l’orga-

nisme constitutif n’est pas encore achevé dans toutes ses parties; qui progresse sans doute, mais qui, précisément parce qu’il progresse, se modifiera tous les jours, jusqu’à ce qu’il soit en possession de tous les caractères déterminatifs et attributifs du tjpe intégral prévu et conçu pour lui ; qui, par conséquent, ne possède pas encore les facultés nécessaires pour satisfaire aux volontés animiques avec lesquelles il doit coopérér, et qui, les posséderait-il, se trouve plongé dans un milieu impropre à toute manifestation. Aussi la légende, qui nous a déjà appris bien des choses et qui est peut-être une première révélation faite à l’instinct humanitaire, nous dit-elle que ce n’est qu’après que Dieu a eu complété l’œuvre du corps de l’homme, après que ce corps, dont les éléments étaient primitivement plongés dans les obs* curités de la terre, est venu, avec sa complète organisation, prendre sa place sur le sol et dans l’air; ce n’est qu’alors, dis-je, que l’octroi de l’âme lui à été fait.

11 est difficile, ce me semble, de trouver une indication plus précise. Mais poursuivons. Dans l’obscure et étroite prison où se trouve l’enfant, depuis la conception jusqu’à la naissance, que lui faut-il ? La nourriture nécessaire pour la formation et le développement de toutes ses parties, le principe vital, qui préside incessamment au règlement de l’organisation corporelle. Or il trouve l’une et l’autre dans le sein de la mère. Quant à l’âme, à quoi lui servirait un corps qui n’aurait pas plus les moyens de lui communiquer la connaissance des objets extérieurs que ceux d’émettre au dehors ses sentiments, ses pensées, ses volontés, un corps qui, par conséquent, ne pourrait ni lui assurer le progrès pour elle-même, ni lui permettre d’être utile aux vivants de la terre'.

Mais les choses changent complètement de face lorsque, au moment de la naissance, l’enfant passe, d’un milieu qui lui imposait une entière passivité, dans le milieu des êtres humains, dans cette demeure à la fois aérienne et terrestre, où, comme ses semblables, il doit posséder tout ce qui est indispensable pour l’exercice de la vie,

telle que Dieu a entendu la constituer sur notre globe* Voilà, ce nae semble, le moment nécessaire pcHjr Funion de Fàme avec le corps. Les situations de Fétre, avant et après la naissance, sont si profondément modiHées, les milieux sont si subitement transformés pour lui, les fonctions vont être si essentiellement diiférentes, qiFil me semble impossible d’admettre que ce soit sous l’empire et la réglementation des mêmes moteurs que ce qui a été rien pendant neuf mois, comme vie intelligente, devienne tout à coup quelque chose. Mais, parce que là où Feifet manque, la présence de toute action productrice de cet effet serait inexplicable et tout au moins inutile ; parce que, au contraire, là où des effets, jusqu’alors nuis, sa produisent, nous ne pouvons nous dispenser de reconnaître la survenance d’une cause ; par ces motifs, dis-je, je me crois rationnellement autorisé à affirmer que ce n’est qu’au moment de la naissance que l’âme s’unit au corps. Alors, en effet, elle peut recevoir de lui des avertissements qui ne pouvaient être ni perçus, ni transmis auparavant ; alors encore, elle commence à pouvoir exprimer, à l’aide des organes du corps, des pensées et des volontés qui, frappées jusque-là de l’impossibilité de se manifester, n’auraient eu, dans ces conditions, aucune raison d’être.

Quant à la vitalité de l’organisme, elle reste toujours soumise à l’influence active des forces spéciales qui entretiennent la vie dans la matière, depuis l’éclosion du germe jusqu’à la mort. Tant que dure le séjour du corps dans le sein de la mère, ce corps n’a qu’une existence végétative et inconsciente; il s’est accru, au point de vue de la quantité, comme matière vitalisée ; il a, en outre, passé par diverses et nombreuses transmutations de systèmes, à la suite desquelles son organisme propre et définitif s’est trouvé constitué. C’est lorsque ce résultat est atteint, qu’il passe de l'obscurité au jour, que la vie de relation va commencer pour lui, qu’il naît. A partir delà naissance, le type humain lui est complètement acquis. Ce type ne se modifiera plus ; seulement il grandira, restant toujours semblable à lui-même, se forti-

fiant, s’exerçant de jour en jour à l’apprentissage de la vie. Les formes finales, acquises dans le sein maternel, vont s’étendre et fonctionner dans un autre milieu : celui de la terre, de l’air, de la lumière, de la liberté, qui nous est commun à tous ; et, comme à ce premier privilège va s’ajouter celui de se développer désormais à l’état d’être intelligent, comnient se refuser à admettre que c’est alors, et que ce n’est qu’alors, que le principe de l’intelligence peut lui être dévolu ?

Je pourrais en rester là sur ce sujet, car les explications que je viens de vous communiquer doivent, je l’espère, vous paraître concluantes ; mais il est utile que vous sachiez, dès à présent, qu’une objection peut être élevée contre les assertions que je viens d’émettre. Cette objection consiste en ce que, d’après les communications qui nous ont été faites par les Esprits, un lien fiuidique unit, dès la conception, le fœtus à l’âme qui lui est destinée. Vous comprendrez que, d’après les termes mêmes dans lesquels cette objection est formulée, il faudrait être plus avancés que nous ne le sommes dans les choses de la science spirite, pour qu’une explication complète put être donnée et comprise. Quand ce résultat sera obtenu, il me sera facile de faire disparaître tous les doutes. Pour le moment, je me borne à vous faire remarquer qu’un lien fiuidique, une sorte de fil très-subtil, ne saurait être considéré comme une âme, et est, à coup sûr, fort loin d’en remplir les fonctions; pas plus qu’un rajon de lumière qui, émané du soleil, vient jusqu’à vous, n’implante le soleil dans votre corps ; pas plus que le câble qui retient un ballon ne saurait être considéré comme le ballon lui-même. J’ajoute, quant à l’utilité de ce lien,— car il faut qu’il soit utile, puisqu’il existe,— que la science nous apprendra que cette utilité est nulle pour intelligenter le corps en voie de formation, mais qu’elle est indispensable à l’âme pour matérialiser et épaissir le périsprit de celle-ci, pour la préparer à venir se fixer sur la terre ; car, sans cela, elle ne pourrait quitter les milieux qu’elle occupe dans l’espace éthéré pour descendre dans les milieux plus opaques et plus denses de notre globe.

C’est ainsi que le liège, substance qui, par sa nature, sé maintient invariablement à la surface de 1 ^au, descendra dans les couches profondes, si vous le matérialisez davantage, pour ainsi dire, en lui attachant un suffisant morceau de pierre ou de métal. Tout cela, je le répète, vous sera plus amplement expliqué dans la suite ; mais il était bon que vous fussiez, dès à présent, prévenus que, maigre quelques apparences assez séduisantes dans la forme, cette objection, au fond, reste sans valeur.

Troisième Conférence

du 23 avril 1882

Sommaire. — Constitution de l'êP'e humain suivant les opi~ nions vespectives du 31 atévialisme et du Sp'initualisme

Je viens de vous entretenir de la formation du corps et de celle de l’âme ; je me suis ensuite occupé de l’union de ces deux principes, à l’aide de laquelle l’etre humain est constitué, et je vous ai dit que c’est au moment de la naissance du corps que cette union se produit.

J’ai accepté pour guide de ces preinières investigations les sentiments et les crojances qui, dès son début, ont animé rhumanité. Si d’autres idées ne s’étaient pas infiltrées dans le monde sur ces importants sujets, nous pourrions en rester là; mais il n’en a pas été ainsi, et il s’est trouvé des hommes qui ont pensé et prétendu que l’humanité naissante devait nécessairement s etre trompée. Vous pourriez croire que ce qu’ils lui ont reproché a été de formuler et de nous transmettre un système de conceptions par trop simple, par trop naïf, comme devaient l’être eux-mêmes ses primitifs représentants sur cette terre. Eh bien ! à cet égard vous seriez dans l’erreur;

un pareil reproche ne s’est pas fait entendre, et il était difficile qu’il se produisît, puisque un grand nombre d’intelligences d’élite ont de tout temps attribué à ce système une haute portée philosophique. C’est donc par le côté contraire, c’est parce qu’ils l’ont trouvé trop compliqué, qu’ils l’ont attaqué. Aussi, se réservant le privilège exclusif, sinon d’une attentive sagesse, du moins d’une apparente simplicité, ils n’ont pas hésité à couper le système en deux : ils en ont rejeté une partie, la plus subtile, qui sans doute ne pouvait s’accorder avec leur tempérament, et ont conservé l’autre, avec laquelle ils entendaient faire bon ménage. Et c’est ainsi qu’ils ont trouvé infiniment plus simple, plus agréable et surtout plus commode, d’avoir des pensées absolument imprégnées de matière et nullement d’esprit; jugeant en outre, en habiles mécaniciens, que les accidents de la route sont incontestablement plus fréquents et plus terribles lorsque la locomotive est munie de tous les embarras d’un frein, que lorsqu’elle n’en a pas.

Ceci dit, me conformant à la promesse que je vous ai faite de tout passer au crible de la raison, nous allons nous occuper de la solution logique du problème. Nous prendrons, plus tard, connaissance des enseignements confirmatifs que nous donne le spiritisme.

Nous sommes donc en présence de cette double question, savoir: que l’homme est un être qui, selon l’opinion de quelques-uns, ne possède qu’un corps et pas d’âme; qui, pour d’autres, est composé à la fois et d’un corps et d’une âme. Ceux qui refusent une âme à l’être humain sont les partisans de ladoctrine appelée matérialiste; ceux qui pensent au contraire que, dans cet être, il y a nonseulement un corps, mais aussi une âme, sont les spiritualistes. Rappelez-vous ces deux dénominations : matérialistes et spiritualistes, qui reviendront souvent dans nos instructions.

Procédons maintenant à l’examen raisonné de ces deux opinions et de leur antagonisme.

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