‹ Les conférences spirites de l'année 1882Chapitre 5 sur 6 · II. — Ce qu’est l’homme suivant le spiritualisme · texte numérisé non relu

II. — Ce qu’est l’homme suivant le spiritualisme

La doctrine spiritualiste reconnaît d’abord l’existence de Dieu. Nous nous expliquerons en détail sur ce^ sujet important dans notre prochaine conférence. Les spiritualistes, remarquant en outre que jamaisles forces naturelles ordinaires ne nous ont donné la preuve qu’en agissant sur la matière elles soient susceptibles de produire ^des effets intelligents tels que ceux qu’on observe chez l’être humain ; les spiritualistes, dis-je, ont été naturellement portés à admettre qu’il doit y avoir dans la création une autre espèce de forces, différentes de celles auxquelles nous donnons la dénomination de naturelles ; qui ont été attribuées à chacun de nous avec le pouvoir d’en disposer à sa guise ; qui produisent chez l’homme la pensée, le sentiment, la réflexion, la volonté ; qui sont, en un mot, la cause de tout ce qu’il y a en lui de facultés intelligentes. Nous allons entrer dans quelques détails explicatifs sur la nature particulière de ces forces.

10 Caractère distinctif des forces qui intelîig entent Vhomme.^ Ces

forces sont sans action sur la matière brute

11 importe d^’abord de remarquer que ces nouvelles forces, — et c’est en cela surtout que consiste le caractère spécial qui les distingue de toutes les autres^ — que ces forces, dis-je, ne produisent jamais aucun effet de nature intelligente, lorsqu’elles agissent sur une matière quelconque autre que celle qui constitue un être intelligent lui-même. Ainsi, dans cette salle où j’émets ma pensée et où vous êtes venus pour en prendre connaissance,

11 y a'autre chose que vos personnes : il y a cette table devant laquelle je suis assis; il y a des murs, des tableaux, des chaises, des bancs. Or rien de tout cela ne saurait me comprendre et s’approprier une seule des pensées que

j’exprime. Aussi, ni table, ni murs, ni chaises, ne m’applaudiront en signe de satisfaction, ou ne murmureront en signe de mécontentement. Toutes ces choses resteront impassibles, et seront complètement impropres à rien ressentir de cette force intelligente par laquelle se manifeste ma pensée. Mais il n’en est pas de même de vous : vous comprendrez plus ou moins, c’est possible ; vous approuverez si je parviens à vous convaincre ; vous resterez dans le doute si je ne me suis pas suffisamment bien expliqué ; vousbâillerez,vous vous endormirez même malgré vous, si je vous ennuie. Mais tout cela prouve que la force intelligente a eu prise sur vous d’une manière ou d’une autre ; qu’elle a produit un effet plus ou moins bien perçu, plus ou moins-développé chez chacun de VOUS, mais réel et incontestable ; tandis que, sur tout autre être que l’homme, elle ne saurait exercer aucune influence et donner naissance à la réciprocité d’aucune manifestation.

Ainsi, de même que la force intelligente réside dans l’homme, et ne peut agir comme cause que si elle émane de lui, de même ses effets ne peuvent se produire que sur l’homme et ne peuvent faire naître de sensations que chez lui. Nous sommes donc obligés d’admettre que cette force et tout ce qui s’y rattache est exclusivement réservée à l’être humain, et qu’en dehors de lui, elle ne peut ni être mise en action comme cause, ni être ressentie comme effet. Elle appartient à un monde tout autre que le monde matériel, puisque celui-ci n’est pas plus susceptible de l’émettre que de la subir. Elle est une partie intégrante du pur domaine spirituel; et, si Dieu a permis quelle descendît et se fît sentir sur cette terre, il lui a donné pour demeure exclusive le corps de l’homme, et, pour unique fonction, au point de vue intelligent, de ne se communiquer et de ne produire d’eflets que d’homme à homme. C’est cette puissance génératrice de l’intelligence, que tout homme possède, qui est la compagne obligée de toute sa vie, ou, pour mieux dire, de toutes ses vies ; c’est cette puissance, aussi mystérieuse dans ses origines que sensible, manifeste et parlante dans

ses effets, qui constitue ce que nous appelons Tâme humaine.

2o Tous les actes de la vie Immaine, tant ceux de nature maté-

vielle que ceux de nature spirituelle^ sont le résultat nécessaire

de la coopération de Vâme et du corps.

Je dois maintenant, pour que vous soyez bien fixés sur les conditions auxquelles est assujetti le fonctionnement des âmes qui descendent sur la terre, je dois, dis-je, appeler votre attention sur ce fait important, que ce fonctionnement ne peut s’exercer qu’en passant par la filière de l’organisme corporel. Cette obligation est générale et nous ne pouvons nous y soustraire, soit qu’il s’agisse'des perceptions et des sensations venant de tout ce qui nous est extérieur, soit qu’il s’agisse de tous les faits d’intelligence qui se produisent en nous-mêmes, et que nous voulons émettre au dehors pour les communiquer à nos semblables.

Consacrons quelques explications au développementde ce principe, qui impose à tous nos actes, à toutes nos pensées, — pour que nous en ayons et que nous en gardions la conscience, —un passage obligatoire à travers notre organisme ; principe sur lequel on n’a pas suffisamment réfléchi, et qui, lorsqu’il aura été convenablement approfondi, nous apportera d’importantes révélations sur des circonstances encore peu élucidées, soit de notre existence actuelle, soit de nos existences antérieures. En m’exprimant ainsi, j’ai directement en vue, tant les souvenirs actuels et présents que les souvenirs perfius du passé. Mais nous ne sommes pas assez avancés dans nos études pour que je puisse aujourd’hui aller au delà de l’énoncé de cette thèse. Dans quelque temps, vous ^erez en mesure d’en comprendre le complet développement. Quant à présent, nous prendrons des allures moins ambitieuses, et nous nous bornerons aux détails nécessaires pour constater la simple existence du fait.

Vous savez tous que, si vous fermiez les yeux, vous cesseriez de jouir de la faculté de voir, et que, quand vous voulez vous rendre compte de la forme, de la grandeur, de la couleur d’un objet, il faut que vos yeux se portent directement sur cet objet; sans cela, vous ne connaîtriez absolument rien de cette catégorie particulière de ses propriétés. L’âme humaine ne peut donc acquérir l’intuition visuelle de ce qui nous entoure que par le secours de Torgane de nos yeux, qui n’occupent, vous le savez, qu’une très-petite partie de la surface de notre corps et même de notre visage. C’est là une limitation de puissance qu’il nous faut subir pendant la vie terrestre, mais qui est uniquement dépendante du corps, et dont, par conséquent, nous sommes débarrassés par la mort. Celle-ci, en effet, délivrant l’âme de sa prison matérielle, la rend plus libre et plus apte à amplifier le développement des facultés qu’elle possède à un haut degré, mais dont actuellement les manifestations sont, en grande partie, arrêtées par l’épaisseur et la matérialité de nos enveloppes.

Permettez-moi d’avoir recours à une comparaison qui vous rendra plus facile à saisir l’idée que je viens d’exprimer. Lorsqu’un homme est libre, il peut aller où bon lui semble, soit dans la ville, soit dans la campagne, et, en quelque endroit qu’il se trouve, il pourra jouir, dans l’étendue permise à son organisme, de la vue de tout ce qui l’entoure. Mais, si cet homme n’est pas libre, s’il est enfermé dans un cachot, si ce cachot n’est éclairé que par une petite lucarne, la faculté qu’il aura de voir ne lui sera pas enlevée en principe, il la retrouvera quand il sortira de prison; mais, momentanément, cette faculté, dans l’usage qu’il en pourra faire, sera considérablement restreinte; car les seules choses du dehors dont il lui sera possible d’avoir connaissance seront celles qui sont situées dans le champ que lapetite lucarne laisse à découvert, etla vue detout le reste lui sera interdite. Eh bien! il en est de mêine de l’âme. Tant que celle-ci est libre dans l’espace, sa vision est beaucoup plus puissante, et l’on peut considérer celle-ci comme s’exerçant par tous

les points du pourtour animique. Mais, quand Tâme est ajttachée au corps et obscurcie par lui, au lieu de cette multiplicité de centres visuels, elle na plus à sa disposition que ceux correspondant aux deux petites lucarnes oculaires qui ont été ménagées dans notre grossière enveloppe. Cela doit vous donner une idée de la grande diminution qui en résulte nécessairement pour Texercice de ses facultés visuelles.

Ai-je besoin d’ajouter que tout ce que je viens de dire de l’organe de la vue, je peux le répéter pour les organes des autres sens ? Par exemple, si vous vous boucliez les oreilles, votre âme cessera d’éprouver la sensation du son; si vous tenez vos narines fermées, vous ne percevrez plus les odeurs, et ce n’est qu’en mettant les aliments dans votre boucbe que la sensation du goût vous est acquise. Vous le vojez donc, notre âme ne saurait avoir la conscience que les choses du dehors existent qu’à la condition nécessaire que les émanations de toute sorte qui s’échappent de ces objets, émanations tantôt sonores, tantôt visuelles, tantôt odorantes, ou savoureuses, ou tangibles, passeront parles organes de vos sens. A cet égard, votre expérience de la vie me vient suffisamment en aide pour que ces simples explications aient été comprises, et que je puisse me dispenser d’insister plus longuement sur ce sujet.

Mais il est essentiel de bien remarquer que ce n’est pas seulement aux objets purement matériels que ces observations s’appliquent. Il en est de même de ce qu’il y a en nous de plus essentiellement spirituel ; de nos sentiments et de nos pensées, qui ne peuvent sortir de nous et pénétrer chez les autres qu’à la condition de mettre plus ou moins en jeu nos organes corporels. Pour nos .sentiments, par exemple, sans nos larmes ou nos rires, sans nos exclamations tristes ou joyeuses, indifférentes pu attendries, sans nos gestes tenant de l’exaltation ou de rabattement; sans l’état désolé ou réjoui que prend notre physionomie, comment nos semblables pourraientils se douter de ce qui se passe en nous? Quant à ma pen-

sée, sans l’aide de la parole ou de l’écriture, comment pourrait-elle sortir de moi? Et, d’un autre cô é, sT vous ne m écoutiez pas ou si vous ne me lisiez pas, comment pourrait-elle entrer chez vous? Ainsi, vous le voy““ en tout et pour tout, la coopération de quelques parties de notre corps mises en activité est nécessaire, indispensable, pour que nous puissions avoir la conscience tant des choses du monde matériel que de celles qui sont dé-

rrnteî%enï.°® ^ P"" dans le domaine de

Ces diverses vérités "^e je viens d’exposer, vous les expérimentez tous les jours ; il n’est pas un acte de votre vie qui ne vous les rappelle. Mais vous en avez une si grande habitude, que c’est à peine s’il vous semble nu’il soit necessaire d’y réfléchir; elles vous paraissent te^nZ ment naturelles, que l’idée ne vous vient pas d’en chercher la raison d etre et de leur assigner la place qu’elles doivent occuper dans la grande oeuvre de la création C est cependant là un travail très-utile et que je ne sau rais assez vous recommander: d’abord, parce qu’unX’ premiers principes de la sagesse consiste à app^rendre à se connaître soi-même; en second lieu, parce que cette connaissance, quand elle est bien acquise, est u\ exlellent moyen de se prémunir contre les erreurs, de se mettre meme en mesure de les combattre quand elles se nrésentent. Refléchissez donc, vous dirai-je ; réfléchiLez souvent, même sur les choses les plus simplesTvous en retirerez toujours quelques proflts, quand ce ne serait

activité ; ce qui, en vous empechant d etre ennuyes et oisifs, devient pour vous un utile et efficace préservatif contre le vice.

3 L dme apporte avec elle à F être humain, non-seulement les forces Zlf ^’i^t'^itigence. mais encore celles qui prél

auœ dives'S mouvements corporels chargés cFexécuL les volontes permises à notre nature.

Jusqu’à présent, je n’ai parlé que des facultés intelli-

sentes octroyées à l'âme. Mais s'en tenir là serait insuffisant, et je ne dois pas, en cet important sujet, me borner à des indications auxquelles on pourrait, a bon droit, adresser le reproche d’être incomplètes.

Le corps de la créature humaine est, comme tous les objets qui nous entourent, exposé à recevoir le choc des diverses forces de la nature. Il faut donc qu il y ait en lui des moyens toujours disponibles de résister a ces forces le plus souvent imprévues, sinon en totalité dans les cas'exceptionnels où elles se déchaînent avec toute leur énergie, du moins dans les conditions habituelles de leurs intensités ; sans cela, nous ne ta,rderions pas à succomber. Il faut donc, dans une certaine mesure, que ce corps puisse lutter contre les impulsions violentes, soit de 1 air, soit de l’eau, soit des éboulements terreux ; qu il puisse échapper, tantôt par une fuite ra,pide, tantôt par d agiles diversions, aux animaux qu’il sait être plus forts que lui, ou qu’il possède en soi la somme de résistances necessaires pour lutter contre ceux qu’il croit être en mesure de combattre. Il faut, de plus, que l’homme travaille la terre, sa mère nourricière; qu’il s’approvisionne des aliments et des objets de toute sorte nécessaires k la vie ; qu’il prépare, qu’il façonne toutes ces choses pour son usage; qu’il se déplace, qu’il parle, qu il écrive. Il faut, en Sn mot, qu’il possède en lui les forces indispensables pour faire naître et diriger les mouvements si varies de son corps, sans lesquels il ne pourrait ni se procurer les choses matérielles dont il ne saurait se passer, ni rendre manifestes les pensées qui doivent le mettre en communication avec ses semblables.

Vous concevez sans peine que l'être humain, étant constitué avec un corps, aurait été une œuvre tout a fait incomplète, si l’âme avait été uniquement chargée de l’intelligenter, et si elle n’avait pas ete en meme temps pourvue de toutes les puissances impulsives necessaires pour faire mouvoir le corps et lui donner ainsi les moyens directs et immédiats de rendre manifestes et utiles pour nos personnes, et pour la société en général, les effets de

cette intelligence. En dehors de ces conditions, le don de cette dernière faculté serait resté à l’état de lettre morte. Concluons donc que l’âme possède, non-seulement la puissance intellectuelle, mais, en outre, les forces mécaniques nécessaires pour provoquer les mouvements du corps qui président à sa conservation, à la satisfaction de ses besoins et aux diverses manifestations qui rendent sensibles et perceptibles au dehors nos pensées et; nos sentiments intérieurs.

Bien que nous nous soyons longuement expliqué sur les facultés de l’âme, nous aurions encore à vous faire connaître plusieurs autres propriétés qui la concernent, soit lorsqu’elle est libre dans l’espace, soit lorsqu’elle est unie à un corps terrestre. Mais il serait peu prudent d’entreprendre trop de choses à la fois, car, pour s’instruire avec fruit, il faut non-seulement lire ou écouter, il faut en outre réfléchir, comprendre, et de plus retenir, ce qui constitue une rude tâche. Or, comme l’intelligence humaine a des bornes, il est nécessaire de la ménager, et de ne pas lui imposer d’un seul coup un trop pénible travail à accomplir. 11 en estdel esprit comme du corps: donnezlui trop de nourriture à la fois, il la digérera fort mal. Munis, quant à présent, des premières notions nécessaires pour se former une idée de ce qu’il y a d’essentiel dans la constitution de l’être humain, nous serons en mesure de comprendre le but que se propose d’atteindre la science du spiritisme, et, par voie de réciprocité, celleci, à mesure qu’elle se développera, nous initiera de plus en plus dans les details intimes de cette constitution.

Résumé de la troisième Conférence

Le sujet que je viens de traiter a une telle importance, que je ne pouvais aborder son analyse sans entrer dans (le nombreux développements. Je ne pense pas qu’il ait pu en résulter d’embarras pour aucun des points sur lesquels j’ai particulièrement appelé votre attention. Mais peut-être n’en sera-t-il pas de même pour 1 ordre, pour le classement que j’ai voulu imprimer à l’exposé de mes idées. A ce point de vue, il m’a semblé qu’il pourrait y avoir quelque utilité à présenter un résumé de cellesci dans lequel, ne conservant que ce qu"il y a d’essentiel et de synthétique dans les explications, je pourrai plus facilement mettre en évidence leurs coordinations successives.

Voici ce travail récapitulatif, que je me suis efforcé de renfermer dans les limites les plus étroites.

1 ® Résumé (Xu 'point de vue du Materiulisme

Le matérialiste ne croit ni à Dieu, ni à l’ame. Il ne reconnaît que la matière et les forces ordinaires de la nature, et il déclare que c’est à l’aide de combinaisons qui s’effectuent entre ces forces et la matière de notre corps que s’accomplissent les divers actes de nature humaine que nous observons dans notre monde.

Mais les forces de la nature, nous le savons tous, paraissent excessivement capricieuses. Que de fois, en effet, nous voudrions de la pluie et nous n’avons que (lu soleil ! Que de fois, au contraire, nous voudrions du beau temps et nous n’avons que des averses ! Que de fois enfin l’irrégularité du cours ordinaire des saisons n estelle pas venue détruire nos récoltes et nos espérances !

Si donô l’homme est exclusivement dirigé par de telles

forces, sur lesquelles il n’exerce aucun commandement, qui au contraire le subjuguent, comment pourrait-on avoir l’idée de le rendre responsable de la moindre de ses actions, et sur quelles bases de sérieuse justice reposeraient et les lois humaines et l’ordre social ?

D’un autre côté, l’homme est soumis à des besoins très-variés, mais en même temps très-réguliers ; à des devoirs se produisant tous les jours, et qui, sous peine de maladie et de mort même, pour ce qui regarde le corps, sous peine de démérite, de déchéance et d’amères angoisses pour l’âme et les obligations qu’elle a contractées, doivent rigoureusement recevoir leur complète exécution. Or ne serait-ce pas tomber en pleine contradiction que d’admettre que ces forces, si versatiles, si fantasques, et d’ailleurs si occupées, lorsqu’elles agissent dans le domaine général de la nature; que ces mêmes forces, dis-je, lorsqu’il est question des besoins de l’homme, se montrassent si souples, si dociles, tellement raisonnables, tellement intelligentes, on peut le dire, qu’elles arriveraient toujours à point nommé,et avec une admirable régularité quand leur intervention est nécessaire, et qu’elles s’abstiendraient avec une exemplaire sagesse, lorsque cette intervention est inutile? Il j a là plus que du constrate, il y a, comme je le disais tout à l’heure, une évidente et incontestable contradiction.

Mais ce n’est pas tout. 11 se produit chez l’homme une nature d’effets qui n’a rien d’assimilable à ce qui est matériel, qui appartient toute entière au domaine de l’intelligence, qu’on ne trouve que chez lui : l’homme sent, l’homme pense, l’homme veut. Et l’on prétendrait que des forces qui dans aucun temps, dans aucun lieu, dans aucune circonstance n’ont donné signe de sentiment, de pensée, de volonté, subitement transformées dans leur essence et dans leur fonctionnement au contact de notre matière corporelle, doivent imprimer à l’être humain le double cachet de la science et de la moralité ! Mais, s’il en est ainsi, cette matière du corps, si singulièrement modificatrice des effets habituels des forces terrestres,

n’est donc pas complètement identique à celle pour laquelle toutes ces choses sont autant d’impossibilités ? Seconde contradiction, non moins formelle que la précüdente.

Enfin quant aux sentiments affectifs, qui nous attachent les uns aux autres et prennent une si larp place dans notre vie, si le matérialisme disait vrai, qu’aurions-nous de mieux à faire que d’y renoncer, ou tout au moins de nous appliquer à en modérer les énergies? Suivant la doctrine, en effet, la mort ne sépare pas les êtres pour une durée qui doit avoir un terme, elle frappe impitoyablement et pour toujours. Du même coup, elle anéantit les personnalités, supprime leurs pensées, tarit le cours de leurs affections, jetant à l’humanité ce hideux et révoltant blasphème, pe devant la tombe qui vient de s’ouvrir pour recevoir la dépouille du fils, le cœur de la mère doit renoncer désormais à toute espérance. Triste et cruelle conclusion! penserez-vous. Mais que voulezvous donc que soit le point d’arrivée d’une doctrine qui à pris pour point de départ : l’égoïsme ?

Ainsi, soit que nous consultions les leçons de l’expérience, soit que nous fassions appel aux conseils de la raison, soit que nous nous adressions à ce qu’il y a de plus vivace dans nos sentiments, nous ne constatons qu’impossibilités dans les assertions matérialistes. Nous sommes donc autorisés à considérer ces assertions comme des hypothèses plutôt démenties que justifiées.

2 ° Résumé ûu 'point de x>ue du Spiritualisme

Si nous passons maintenant à la doctrine spiritualiste^ vous allez vous convaincre que les diverses objections que nous venons de vous signaler disparaissent complètement.

Sans doute notre corps, en tant que matériel, subira les influences bien connues que les forces de la nature-

exercent sur toute matière. Mais, par rapporta l’homme, c’est à cela seul que leur rôle sera limité. Pour le reste, chacun de nous possède en lui-même un principe spirituel que nous appelons âme, d’une essence toute différente de celle de la matière, duquel émanent des forces spéciales productrices du sentiment et de la pensée; forces toujours à notre disposition, qui sont en nous, et auxquelles nous commandons suivant les inspirations de notre libre arbitre : ce qui explique naturellement ou leur intervention ou leur abstention, toujours faite à propos, suivant qu’elles sont nécessaires ou qu’elles ne le sont pas.

Ces forces sont bien, en effet, d’une nature spéciale et différente de celle des précédentes, puisque, d’une part, elles donnent naissance à des effets intelligents que ces dernières ne peuvent pas produire, et n’ont jamais produits; puisque, d’autre part, elles ne sont susceptibles de produire ces effets que sur des êtres intelligents euxmêmes, et jamais sur la matière brute. Les dissemblances, on le voit, sont donc bien tranchées et tout à fait caractéristiques.

Et parce que, dans l’état de société où nous vivons, il ne nous est pas possible de renier la loi du progrès, il est naturel et nécessaire que l’intelligence de chacun puisse profiter à tous, et qu’à son tour chacun puisse avoir sa part de celle de tous les autres ; par ce motif, dis-je, il a dû être réservé aux produits de l’intelligence des moyens à l’aide desquels ils se révèlent par des manifestations sensibles, propres, quand cela nous convient, àfaire connaître et leur existence et leur nature. C’est ainsi qu’on s'explique pourquoi, dans l’être humain, tout doit, pour venir à jour, passer par l’organisme corporel.

Enfin, parce que les manifestations d’homme à homme ne peuvent se faire que par certains mouvements du corps, agissant par nos sens et sur nos sens, il a fallu qu’à côté des forces intelligentes fussent placées des forces mécaniques conductrices, aptes à produire ces

mouvements, mais toujours soumises au principe intellectuel animique, afin qu’il ne cessât jamais d’y avoir une exacte concordance entre la pensée à exprimer et la manifestation corporelle chargée de la représenter, entre la volonté et l’exécution.

Tout s’explique donc, dans la doctrine spiritualiste, sans choquer ni l’expérience ni le bon sens, et c’est là ce qui constitue son incontestable prééminence ; tout s’explique d’ailleurs avec une facilité telle, qu’à supposer que nous ne sommes pas encore dans l’entière vérité même, nous suivons à coup sûr le chemin qui y conduit.

Quatrième Conférence

du 11 juin 1882

SoMxMAire. — Bases essentielles des croyances spirites

Bien renseignés par les précédentes instructions sur la création de l’être humain et sur la constitution qu’il faut lui attribuer, le moment est venu d’entrer dans l’étude delà science spirite,qui, j’en suis convaincu, exercera la plus heureuse influence sur les facultés intelligentes et morales de cet être.

Afin de ne pas nous égarer dans la route que nous nous proposons de suivre, commençons par nous faire une idée aussi juste,aussi exacte que possible, de ce que nous appelons le spiritisme. Quand vous serez bien fixés sur votre point de départ, quand vous serez parfaitement renseignés sur la direction que vous devez prendre pour marcher sûrement devant vous, vous ne tarderez pas à vous apercevoir que vos progrès deviendront rapides, plus rapides même que vous n’avez pu l’espérer.

Or le spiritisme est une doctrine qui repose sur des croyances dont les unes sont déjà fort anciennes dans rhumanité, et que vous possédez tous, je n’en saurais douter ; dont les autres sont nouvelles, qui peut-être ne sont pas encore assez bien connues de vous, sur lesquelles vous désirez vous instruire plus profondément, mais qui déjà, malgré ce qu’il y a encore d’incomplet dans votre instruction, ont saisi votre cœur et ont donné à vos sentiments de douces satisfactions. Eh bien ! tout cela, vous pouvez en être certains, ne fera que grandir en vous, et vous donnera en cette vie un accès de plus en plus libre et facile dans le champ des espérances et des consolations. Or, si l’on tient compte des misères et des douleurs de la vie terrestre, qui pourrait se refuser à reconnaître que c’est un immense bienfait que d’espérer et d’être consolé?

Les croyances anciennes qui, on peut le dire, ont existé de tout temps dans le monde, sont au nombre de deux. La première, c’est l’existence de Dieu, c’est-à-dire d’une intelligence possédant toute science et souverainement puissante; qui a créé notre terre et tous les mondes répandus dans l’espace, qui les dirige, les soutient et les gouverne, soit dans leur repos, soit dans leurs mouvements relatifs; d’une intelligence qui donne, non-seulement la vie aux êtres qui habitent ces mondes, mais encore la faculté d’agir comme ils l’entendent, à leurs risques et périls, bien entendu, — lorsqu’elle a jugé nécessaire de leur accorder la pensée et la volonté, et c’est ce qui a été fait pour l’espèce humaine.

La seconde des anciennes croyances que j’ai en vue en ce moment, c’est l’immortalité de l’ame ; de cette âme dont Dieu a fait don à l’homme, à l’aide de laquelle nous sentons, nous pensons, nous nous instruisons, nous aimons ; de cette âme qui aspire à un avenir qui ne saurait être arrêté par la crise de la mort ; parce que, d’une part, elle a soif de se retrouver avec ceux qu’elle a affectionnés dans ce monde, — et qui de nous n’a pas aimé ici-bas ?— parce que, d’autre part, l’âme comprend com-

bien elle est encore imparfaite en quittant la terre, et qu’elle sent, dans les profondeurs de sa conscience, qu’il lui reste quelque chose à faire pour sortir de son état d’infériorité. Or il me semble que Dieu ne peut pas plus créer des êtres pour les laisser imparfaits, que les détruire après leur avoir permis d’atteindre la perfection ; et voilà pourquoi je crois à l’âme immortelle.

Nous parlerons, dans la suite, plus en détail de ces deux croyances. Continuons maintenant d’expliquer en quoi consiste le spiritisme, et disons ce qu’il renferme de nouveau relativement aux autres doctrines qui ont régné et qui régnent encore dans le monde.

Eh bien 1 ce que le spiritisme nous apprend de plus que ces doctrines, c’est que les âmes de ceux qui ont vécu sur la terre, soit que nous ne les ayons pas connus personnellement, soit que nous les ayons connus et aimés, vivent auprès de nous, nous entourent, nous voient, nous protègent ; cherchent à nous détourner du mal et ne cessent de nous encourager au bien. Que, de plus, Dieu permet quelquefois à ces âmes, lorsque nous nous en sommes rendu dignes, soit par notre persévérance dans la bonne voie, soit par un sincère repentir après qu’il nous est arrivé de mal faire ; Dieu, dis-je, leur permet de se communiquer à nous, de nous soutenir, de nous éclairer par leurs conseils,de nous prouver que l’immortalité de l’âme n’est pas un vain mot, enfin de réjouir nos cœurs par la certitude qu’elles ont survécu à l’épreuve de la mort et qu’un jour nous pourrons nous réunir à elles. En outre, non-seulement ces communications versent un baume consolateur sur nos regrets personnels, mais elles répandent leur bienfait sur l’humanité tout entière, car elles étendent et accélèrent le progrès générai, en nous faisant mieux connaître, par leurs enseignements, les œuvres et les lois de la création au triple point de vue matériel, intellectuel et moral.

Mais il est nécessaire que vous soyez avertis dès à présent que, dans le monde des Esprits, toutes les âmes

n’agissent pas comme celles dont je viens de vous parler; et, à ce sujet, quelques explications sont indispensables. Pour peu que vous y réfléchissiez, vous comprendrez que, le monde des Esprits se composant, en partie du moins, des âmes de ceux d’entre nous que la mort fait disparaître de la terre, il doit j avoir dans ce monde, comme chez nous, du bon et du mauvais. Et, en effet, la mort ne fait autre chose que séparer l’âme du corps, et vous savez que celui-ci ne tarde pas à entrer en pourriture. Quant à l’âme, sa moralité reste exactement ce qu’elle était au moment de la mort : elle arrive donc dans l’espace bonne, si elle était bonne ; mauvaise, si elle était mauvaise ; telle, en un mot, que ses propres œuvres l’ont faite, ce qui est de toute justice.

Vous voyez donc, par ces explications, que le monde des Esprits, au point de vue des moralités qui s’y trouvent, est une image fidèle du monde terrestre ; et, de même qu’^ici-bas nous avons des fripons et des honnêtes gens, les premiers pouvant vous inspirer de mauvaises pensées et vous tromper, les seconds ne vous donnant que de bons conseils, de même les communications des Esprits peuvent être tantôt pernicieuses, tantôt fort utiles. Heureusement, si nous savons nous assujettir à être sages et réfléchis, nous avons les moyens de nous mettre à l’abri des unes et de profiter des autres. Ce n’est pas encore le moment de vous expliquer en quoi consistent ces moyens;nous ne sommes pas assez avancés dans l’étude de la science spirite pour que ce que j’ai à vous dire à ce sujet puisse vous être exposé de manière à porter ses fruits; sachez patienter un peu, cela ne tardera pas. Mais il était nécessaire que dès à présent vous fussiez bien avertis que vous ne devez pas accueillir les yeux fermés tout ce qui pourrait faire l’objet des communications de certains Esprits. Dans leur monde, si semblable au nôtre au point de vue des moralités, il ne faut pas oublier cette sage maxime que la prudence est la mère de la sûreté.

Un second principe que le spiritisme nous enseigne

encore, et qui portera dans vos intelligences de grandes lumières sur les moyens par lesquels s’exerce la justice de Dieu, c’est que, après que les âmes ont été débarrassées par la mort de leur enveloppe corporelle, elles vont habiter des parties de l’espace plus ou moins épurées, et où elles sont plus ou moins heureuses suivant les mérites de chacune. Là, délivrées des entraves et des soucis du monde, les unes, celles qui ont persévéré dans le bien, tout en ne cessant pas de nous aider de leurs conseils, de nous couvrir de leur protection, continuent do s’instruire et de progresser, par la contemplation et la connaissance des œuvres du Créateur, qui se déroulent devant elles, avec une magnificence dont nous ne saurions avoir aucune idée ici-bas ; les autres, celles qui se sont laissé entraîner vers le mal, restent dans les régions inférieures plus épaisses et plus sombres, réfléchissent sur leur passé, regrettent le temps perdu et se repentent. Puis, lorsque ce repentir est devenu parfaitement sincère. Dieu, qui n’est pas impitoyable, au lieu de les laisser éternellement dans un état de torpeur, d’imperfection et dô soufirance qui les accable, leur permet de recommencer leurs épreuves sur cette terre, et d’acquérir ainsi les mérites qu’elles n’ont pas su se procurer dans une existence précédente.

Ainsi, avant d’habiter les demeures destinées aux Esprits qui, par leur persévérance et leurs efforts, ont su atteindre la perfection, ou du moins s’en approcher suffisamment, les âmes reviennent à plusieurs reprises sur notre terre pour s’y instruire, pratiquer le bien, et réparer par de bonnes œuvres le mal qu’elles ont pu faire antérieurement à leurs semblables. Mieux elles se seront conduites dans ces divers passages sur la terre, qui ont reçu dans la doctrine spirite le nom de réincarnations^ moins elles auront à recommencer. Si, au contraire, elles persévèrent dans le mal, si elles ne font pas des efforts suffisants pour se corriger, elles resteront impuissantes à s’élever plus haut et devront subir de plus fréquents et de plus pénibles retours ici-bas. Mais à qui la faute ? sinon à elles-mêmes. Et remarquez encore,

dans cette circonstance, la charitable justice de Dieu î Car ce n’est pas pour se venger de ces êtres rebelles, ce n’est pas pour les faire souffrir, sans profit, soit pour eux-mêmes, soit pour leurs semblables, que Dieu les envoie parmi nous et leur assigne cette meme demeure que nous habitons tous, et où ils peuvent vivre aussi bien et, dans tous les cas, pas plus mal que chacun de nous ; c’est uniquement pour leur donner les moyens de s améliorer, de s’instruire, de* progresser.

Je vous le demande à tous, où pourrait-on trouver une justice plus éclairée, plus paternelle que celle-là? Une justice qui ne retire jamais rien de ce qu’elle a promis; une justice qui, ayant accordé à l’humanité le don de l’espérance, non-seulement se souvient de ses promesses, mais assure à l’homme, en dépit même de la mort, le droit et les moyens d’espérer toujours? Cela n’est-il pas plus consolant, plus utile, plus divin, que les souffrances de ce feu qui, sourd aux cris du désespoir, aux supplications du repentir le plus sincère, de la soumission la plus complète, et peu soucieux des mansuétudes du pardon, ne sait répondre à toutes les prières que par des tortures impitoyablement éternelles ? Ah ! s’il devait en être ainsi de vos femmes, de vos maris, de vos pères, de vos enfants, de ceux que vous pleurez, de ceux qui vous restent et que vous aimez , vous tous qui m’écoutez, ne maudiriez-vous pas le caprice qui, en vous donnant une vie trop peu forte pour résister au mal, trop courte pour vous repentir, vous condamne d’avance à retrouver, perfectionnés dans le ciel, les bûchers terrestres de l’Inquisition.

Mais rassurons-nous, car Dieu n’est ni injuste,ni cruel. Il sait mieux que personne tout ce qu’il y a de faillible dans l’être qu’il a créé ; voilà pourquoi il lui est venu en aide en lui ouvrant les portes du repentir. Et l’on voudrait qu’après avoir quitté la terre, ce moyen de rachat restât à tout jamais sans efficacité ! On voudrait que cette porte n’eût été ouverte à la créature que pour 1 enfermer dans ces horribles lieux où les supplices n ont pas

plus de terme que de rémission ! Mais rassurons-nous, je le répète : les révélations spirites nous ont appris que les portes du repentir sont celles qui ouvrent aux âmes Taccès de notre terre, où viennent s’accomplir les épreuves réparatrices, où viennent s’obtenir les épurations qui succèdent à ces épreuves lorsque celles-ci ont été courageusement subies. Or j’ai la confiance que vous accueillerez d’autant plus volontiers cette conception de la justice de Dieu, que c’est précisément celle que nous mettons en pratique tous les jours.

N’est-ce pas ainsi, en effet, que nous agissons nousmêmes envers nos enfants ? Lorsqu’ils ont été négligents pour faire leur devoir, lorsqu’ils n’ont pas bien étudié leur leçon, au lieu de les prendre aux cheveux et de les jeter dans le feu éternel, ce qui ne serait d’aucun profit ni pour eux, ni pour nous, nous leur disons : Mon ami, tu as fait le paresseux, tu as mal rempli ta tâche ; il faut recommencer, et tu recommenceras jusqu’à ce que tu l’aies bien faite ; alors tu pourras aller t’amuser. En attendant, au lieu de courir dans le jardin, dans la prairie ou dans les champs ; au lieu d’aller cueillir des fraises ou des champignons dans le bois, tu resteras prisonnier dans la chambre jusqu’à ce que tu aies réparé le temps perdu. N’avez-vous pas tous la conscience qu’en faisant ainsi, vous avez opéré avec sagesse, et surtout dans l’intérêt de l’enfant? Eh bien ! Dieu, qui est bon père aussi, n’agit pas autrement. D’une part, au lieu de nous jeter dans l’ardente fournaise,qui nous ferait souffrir sans nous instruire et nous améliorer ; d’autre part, au lieu de nous permettre d’aller dans les régions heureuses du ciel, que nous n’avons pas encore méritées, il nous retient prisonnier dans celles de la terre jusqu’à ce que nous ayons bien appris notre leçon, jusqu’à ce que nous ayons bien fait notre devoir.

Mais il faut à toute doctrine qui s’occupe de l’être humain et de sa destinée une règle de conduite. Or, quant à la morale, le spiritisme n’en a pas d’autre que celle de tout le monde civilisé : c’est la morale du Christ, qui, de-

puis dix-neuf siècles, n’a pas donné lieu à une seule contradiction ; preuve évidente qu’elle est une émanation de Dieu. Car, quelle est l’œuvre d’homme qui, dans le long intervalle de 1900 ans, n’a pas dû subir des retouches et des corrections ? Or celle-ci les defie toutes ; on peut la nier et ne pas la suivre, on n a jamais essayé de ^prouver qu’elle était contraire au bien.de l’humanité, tant elle est, pour ainsi dire, empreinte du cachet divin. Elle est, d’ailleurs, comme le sont toutes les vérités éternelles, d’une extrême simplicité, et se résume en ceci; «Faites » aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fît ; ne fai- » tes pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qui » vous fût fait. »

Mais ici entendons-nous bien, et retenons tous qu’il ne s’agit, pour nous spirites, que de la morale du Christ telle qu’elle est sortie de sa bouche, dans son entière et primitive pureté, de cette morale où tout est compréhensible et a été compris, de cette morale où l’accès de la raison humaine ne doit être interdit à personne pour aucun fait, pour aucune parole, pour aucune conception ; carie Révélateur a déclaré qu’il n’y a, rien de secret qui ne doive être connu, rien de caché qui ne doive être découvert et paraître publiquement ; et non de cette morale telle qu’elle a été interprétée, corrigée, dénaturée même, par les diverses sectes qui ont cherché à s’implanter sur la révélation du Christ et qui sont venues après elle. En fait de morale, les spirites s’en tiennent, je le répète, à celle qui est directement sortie de la bouche de Jésus, et ne vont pas au delà.

Nous avons plusieurs Eglises, vous le savez ; l’Eglise Romaine, l’Eglise d’Orient, l’Eglise Anglicane et les diverses et nombreuses Eglises Protestantes. Toutes admettent la parole et la morale du Christ; du moins elles le déclarent. Or, comment se fait-il que de cette parole, de cette morale, qui sont si simples, ne soit pas sortie l’unité de croyance, mais au contraire de profondes divisions, des luttes acharnées, d’épouvantables intolérances ? C’est que là où touchent les hommes et leurs pas-

sions, là où ils veulent apporter des additions, opérer des retranchements, les choses les plus pures peuvent se corrompre, et, de vraies qu’elles sont dans leur principe, on les fait devenir factices et trompeuses dans les conséquences qu’on leur attribue. On veut faire mieux, dit-on : on cherche à rendre plus facilement assimilable le divin à la nature de l’homme. Est-ce que Dieu ne sait pas mieux que personne comment doivent être formulées les instructions qu’il adresse à celui-ci ? N’estil pas,en vérité,fort singulier que, pour en venir en aide à nos conceptions, on substitue à des paroles parfaitement claires et précises, soit des contradictions, soit des dogmes obscurs, soit des mystères, avec injonction de ne chercher à comprendre ni les uns, ni les autres? Qui nous certifie, d'ailleurs, que ceux qui nous parlent ainsi ne veulent pas plutôt travailler pour leur profit personnel que pour le bien des autres ? Les puissances sacerdotales surtout n’en ont-elles pas donné maintes fois la preuve? Mais mettons de côté les mauvais soupçons, supposons que leurs intentions soient bonnes et désintéressées; quelles garanties avons-nous qu’ils savent, sans risque de se tromper, comment il faut s’y prendre pour réaliser les améliorations qu’ils font miroiter à nos yeux, et qu’ils ne compromettront pas au contraire le bienfait déjà acquis? N’oubliez pas que,- depuis longtemps, l’humanité a dit que souvent le mieux est l’ennemi du bien, et peut-être chacun de vous a-t-il pu l’apprendre un peu à ses dépens. Je ne vous dirai pas, toutefois, de vous abstenir complètement, car alors il n’y aurait plus de progrès ; mais je vous recommanderai d’agir toujours avec la plus grande prudence, même pour les choses de la terre ; quant à celles qu’on croit et qu’on déclare venir du ciel, vouloir perfectionner Dieu et sa parole, ce ne peut être, vous l’avez compris, qu’une orgueilleuse impiété. Aussi est-on allé jusqu’à se déclarer infaillible ! Chez eux, du moins, l’ambition a été logique jusqu’au bout.

Ici encore, je dois vous dire que le moment n’est pas venu de discuter ces questions dans tous leurs détails ;

nous J reviendrons quand notre instruction sera plus avancée, et vous verrez alors combien la P^^le du Révélateur est différente de celle des hommes. Mais il fallait, en vous disant que la morale du spiritisme est celle du Christ, vous bien avertir que nous ne voulons la pr^dre qu’à sa source, dans la parole même de l’Envoyé de Dieu, et non dans les instructions, les dogmes et les mystères, en un mot dans les œuvres d’hommes plus ou moins^ passionnés qui sont venus après lui, et qui, dans la suite des temps, ont tout au moins perdu de vue la mission qui leur était confiée. Comme je le disais plus haut, ils ont eu la prétention de mieux faire que le Chri^, et ils n’ont réussi qu’à semer la division parmi les hommes. Ils ont oublié ce grand principe que, quand on accepte et qu’on s’appuie pour moraliser 1 humanité sur un enseignement émané de Dieu, non-seulenient on n’a pas le droit d’y toucher, mais on a le devoir de le maintenir dans toute son intégrité, dans sa pure essence, puisque cette essence est divine ; l’esprit d orgueil et de domination peuvent seuls nous détourner de nous maintenir dans cette voie, et l’histoire nel’a que trop démontré, comme je vous le ferai voir dans la suite.

Résumé. — Récapitulant maintenant les instructions qui précèdent, nous disons que les croyances du spiritisme sont les suivantes :

1® L’existence de Dieu ;

2° L'immortalité de l’âme ;

3® Les communications, soit écrites, soit parlées, soit inspirées, entre les morts et les vivants ;

4® Les réincarnations successives des âmes, revenant habiter cette terre jusqu’à ce qu’elles se soient suffisamment instruites et perfectionnées dans la science de 1 utile et du bon.

Le tout s’appuyant, soit pour la conduite à tenir pen-

dant notre existence terrestre, soit pour les sentiments qui nous suivent dans les autres mondes, sur les préceptes de solidarité et de charité révélés par le Christ ; car ainsi que nous en trouvons la preuve tous les jours dans les communications spirites, ce n’est pas seulement sur cette terre, c’est aussi au delà du tombeau, que notre âme, si elle veut progresser, a reçu la mission de pratiquer ces préceptes.

Qu’une observation me soit permise avant de mettre un terme à cette conférence. J’ai cherché à vous donner une idée précise des principes de notre doctrine. Ces principes sont-ils contraires au maintien de tout ordre social ? sont-ils opposés à une saine morale? sont-ils en désaccord avec la nature de l’être humain ? Nonseulement vous ne le pensez pas, mais je crois pouvoir affirmer que nos adversaires eux-mêmes, et ils sont nombreux, ne le pensent pas plus que vous. Aussi est-il permis de dire que des attaques de cette nature ne nous ont jamais été sérieusement adressées. Mais on ne nous a pas épargné^ les railleries, les quolibets, les persiflages de toute espèce ; on se moque de nous sans merci ; nous sommes traités de fous, d’hallucinés ; on nous prend en pitié ; peut-être même nous brûlerait-on, si la mode était encore aux bûchers : non par esprit de méchanceté, mais seulement comme passe-temps et en manière de continuer la plaisanterie. Quant à nos cervelles, elles sont arrivées au dernier degré de détraquement, et l’on nous considère comme parfaitement dignes de recevoir l’hospitalité dans les maisons de fous. Il faut que vous sachiez tout cela ; que vous sojez bien avertis qu’en vous déclarant spirites, vous vous exposez à être souvent tournés en ridicule. Si vous êtes comme moi, toutes ces facéties ne troubleront ni votre sommeil, ni vos digestions. Mais ceux d entre vous qui seraient trop impressionnables aux susceptibilités de l’amour-propre feront bien de s approvisionner d’une dose suffisante de patience et de calme, et voici la manière de s’en servir,qui m’apresque toujours réussi. Disons d’abord que lorsque, par suite de 1 étourderie de votre cuisinière, il vous arrive, en man-

ffeant de trouver une trop forte pincée du sel qui a fervi à saupoudrer un ragoût, il ne vous servirait de rien de vous fâcher. Vous éprouverez sans doute une sensation désagréable ; mais vous la ferez promptement disparaître en introduisant et promenant dans votre bouche une bonne gorgée de liquide, en ’

le faut Eli bien ! en presence des railleurs, usez d im p;oc4dTi,.lig... : ~ vSo, ffche. jam.i»; d’abord, en riant, à déverser sur eux une abondante douche de tranquillité ; vous verrez bien vite se fondre tout le sel de leurs prétendues mystifications. Puis, abondant dans leur sens, restant toujours calme, ayan^t meme l’air de partager leur opinion et de vouloir suivre leurs crseüs priez-les, dans l’intérêt de votre instruction, qui peut-être a été fort mal dirigée, de vous faire 1 exposition raisonnée de ceux des principes spirites qui leur paraissent inaceptables, et de vous énumerer les preuves sur lesquelles ils s’appuient pour vous detouijr de les admettre à l’avenir. Or, comme ils ne savent rien de ces principes, car ils n’ont jamais lu un seul ouvrage spirite, et ils se font même gloire d avoir ainsi préservé leur esprit de la contagion de l’idiotisme, soyez convaincus que vous les jetterez dans le plus grand embarras ; ils ne tarderont pas à s’apercevoir que votre tour po^rrrnt bien être venu de vous moquer d’eux, et a comprendre que, pour rester toujours le maître dans une discussion, i\ faut en savoir long et très-long sur es choses quel on critique. Ils continueront bien de vouloir plaisanter, ils essayeront de rire rose en dehors ; mais croyez qu ils riront jaune et très-jaune en dedans. Enfin, en matière de rires, consolez-vous en pensant que le passage sur cette terre ne marque pas la fin de nos destinées, et qu rira bien qui rira le dernier.

Mais la plus étonnante des plaisanteries, et à coup sûr la plus éloignée de la vérité, qu’on se soit permise contre^le spiritisme, est celle qui .consiste a présenter notre doctrine comme ayant pour but, un peu dmsimu e peut-être, mais essentiel, de venir en aide au cath cisme, de faire tous nos efforts pour empecher son et-

fondrement, de fusionner avec lui,comme on dit en politique. Il faut reconnaître, s’il en était ainsi, que nous nous trouverions en présence d’un singulier problème. Car, d une part, le catholicisme nous signale comme les suppôts de ce qu’il y a de plus mauvais en matière de diable, et, d autre part, nous voudrions, nous, l’empêcher de sortir du vrai Christ. Il semble difficile, quand on est placé sur des chemins si divergents, qu’il puisse y avoir rencontre et entente. Ces accusations vous étonnent, je le vois, et je vous en félicite, car cela prouve que vous etes encore jeunes. Mais quand les années auront jeté leurs neiges sur vos cheveux ; quand elles auront déposé sur vos épaules une forte dose d’expérience, vous comprendrez trop qu’il n’y a pas de stupidité, surtout quand elle frise la calomnie, qui ne puisse recevoir bon accueil chez la fine fleur de certaines bonnes âmes.

Cinquième Conférence du 12 juin 1882

Sommaire. — Existence de Dieu

Maintenant que nous sommes bien fixés sur les bases fondamentales de la doctrine spirite, que nous savons ce que nous devons penser à un point de vue général de chacune d’elles, entrons dans quelques détails à ce sujets et faisons voir que ce n’est pas par caprice, par pure fantaisie, que^ nous acceptons ces diverses croyances^ mais parce qu elles donnent à la fois satisfaction, et aux mdications de nos sens, et aux exigences de notre raison. Nous commencerons cet examen par ce qui se rapporte à 1 existence de Dieu.

Nous nous trouvons placés sur un monde où nous sommes entourés de merveilles ; et, si nous n’avions pas

l'habitude de vivre côte à côte avec elles depuis notre naissance, si cette habitude ne nous portait pas à les considérer comme des choses très-simples et très-naturelles, nous en serions grandement éblouis.

Pour vous en convaincre, supposez un instant que vous êtes né dans un cachot profondément obscur, ne recevant iamais la lumière du jour; situé dans un lieu désert, où ne pénètrent pas les bruits du dehors; que vous avez ainsi grandi dans l’ombre la plus épaisse, dansle silence le plus complet ; qu’ensuite, après être sorti de l’état d[enfance, après être entré dans l’âge de raison et de réflexion, votre prison s’ouvre tout à coup et que vous vous trouvez placé au milieu d’une belle campagne. Quels ne seront pas je le demande, vos étonnements! Vous qui n’avez vécu jusque-là que dans une obscurité continuelle, ne serez-vous pas surpris au plus haut degré de ce passage alternatif du jour à la nuit et de la nuit au jour, de cet immense fanal, de ce soleil qui tantôt se cache et tantôt se montre? Vous qui n’avez connu que le silence, que penserez-vous du bruit do la rivière, du sifflement du vent, des chants et des cris des animaux, de la voix de l’homme ! Au lieu du sol plat et uni sur lequel vous marchiez dans votre prison, quel effet ne produiront pas sur vous les montagnes, les collines, les vallées, se succédant les unes aux autres avec des pentes plus ou moins fortes ! Placé jusque-là dans une entière solitude, sans aucun objet, sans aucun être auprès de vous, ne serez-vous pas prodigieusement étonné à la vue des arbres grands et petits, des plantes de nature diverse, des animaux qui volent dans l’air, qui marchent ou courent sur la terre; des hommes faits à votre image, qui se rapprochent ou s’éloignent de vous? Enfin, vous qui n’a^vez pas encore su ce que sont les couleurs, comment ne seriez-vous pas éblouis à la vue de la voûte azurée du ciel et du tapis vert si varié de la terre, à la vue des brillantes fleurs qui, disposées en bouquet, réjouissent le cœur des jeunes filles; à la vue des fruits qui, rais en provision, font le bonheur de la prévoyante ménagère ! Mais ce qui vous étonnera encore plus que

toutes ces choses extérieures à votre personne, c’est ce qui se passera à Tintérieur de vous-même; ce seront les premières Jueurs de votre intelligence commençant à se montrer; ce seront vos propres sensations, jusqu’alors endormies, s’éveillant tout à coup, se multipliant de plus en plus par 1 exercice de vos yeux, de vos oreilles, de tous vos sens mis en présence du monde et en participation avec lui. Ne serez-vous pas tenté, en effet, de vous demander comment vous, qui, dans votre prison, n’ayant rien vu, rien touché, rien entendu, ne saviez pas ce que peut être une pensée; comment, dis-je, subitement et sans interruption, tout ce que vous verrez, tout ce que entendrez, tout ce qui vous touchera, fera naître en vous une pensée nouvelle?

J’avais donc raison de dire que nous sommes entourés de merveilles, et que, si nous ne savons pas les apprécier à leur juste valeur, c’est que l’habitude en efface le prestige dans notre esprit. Mais il suffit d’un peu de réflexion pour que nous en comprenions toute l’importance, et que nous leur accordions sans réserve le tribut d’admiration qu’elles méritent. Or, ces merveilles, qui est-ce qui a pu les créer? car elles existent. Ce n’est pas l’homme, à coup sûr, puisque, en venant au monde, il les trouve toutes faites; ce n’est pas l’homme, puisqu’il a besoin de les étudier pour les connaître, et que, s’il les avait créées, il les connaîtrait ; tandis que, malgré ses études, il y en a encore beaucoup dont il ignore les causes. Et cette intel-, ligence dont se sert la créature, soit pour diriger ses propres œuvres, soit pour arriver peu à peu à posséder la connaissance de celles de Dieu, est-ce bien elle qui se l’est donnée ? Hélas ! pour se convaincre du contraire, il suffit de constater combien est peu de chose la raison de l'enfant qui vient de naître. D’ailleurs, quand on connaît la nature humaine et ses exigences, toujours avides de posséder le plus possible, on peut êti*e certain que, si l’homme avait été chargé de se donner à lui-même son intelligence, celui-ci, obéissant avec entraînement à cette pensée, que charité bien ordonnée commence par soimême, n’aurait pas manqué de s’adjuger une magnifique

part, et, comme tout le monde aurait voulu en faire aii' tant, il s’en serait suivi que nous ne devrions avoir sur cette terre que de grands génies; tandis qu en réalité nous y comptons, vous le savez bien, bon nombre de cerveaux qui marchent souvent de travers, ou qui du moins n’ont pas encore appris à marcher bien droit.

Ainsi, vous le voyez, ce n’est pas l’homme qui a créé la terre ^et les autres astres, il les a trouvés tout faits ; ce n’est pas lui qui a introduit son âme dans ce monde, elle y est venue sans qu’il sache comment; ce n’est pas lui qui s’est adjugé la faculté que possède cette âme d etre intelligente, faculté qui fait de l’homme le roi delà création terrestre. Toutefois, ne le perdez pas de vue, cette intelligence n’est nullement parfaite; elle est seulement perfectible. Or, si l’être le plus élevé ici-bas, soit en raison, soit en puissance, n’a pu rien créer de ce qui est en lui et autour de lui, ne faut-il pas admettre que c’est une intelligence bien supérieure à la sienne, beaucoup plus habile, beaucoup plus riche en science, beaucoup plus ancienne, beaucoup plus puissante que celle de l’hoinme, qui a procédé à cette grande œuvre de la création. Cette intelligence supérieure, de laquelle tout provient, c’est celle que nous appelons Dieu. S’il est vrai, comme nous le répétons tous les jours, qu’à l’œuvre on connaît l’ouvrier, et si nous constatons en meme temps que l’œuvre de la création est au-dessus et bien au-dessus des forces de l’homme, il faudra bien, n’est-il pas vrai, qu’il y ait un autre ouvrier plus grand, plus entendu que lui, qui l’a faite? Etc^est ainsi qu’à moins d’y mettre de l’obstination, ou d’avoir perdu le sens commun, nous sommes obligés de reconnaître l’existence d’une raison supérieurement savante et puissante: l’existence de Dieu.

Eh bien ! mes amis, ce bon sens que vous possédez tous, je l’espère, et qui, sur cette grande question de l’existence de Dieu, est si bien d’accord avec vos sentiments, ce bon sens, dis-je, il y a des hommes qui 1 ont complètement perdu; non pas par faiblesse d’esprit, ils

sont au contraire malins et perfides, — mais parce que, d’une part,^ ils veulent satisfaire leurs mauvaises passions sans être punis, et qu’ils ne le seraient pas en eifet s il n J avait pas de Dieu ; parce que, d’autre part, ils sont tellement enfi-és d’orgueil, qu’ils ne peuvent pas supporter ridée qu’il puisse j avoir une intelligence supérieure à la leur. Ils reconnaissent d’ailleurs, et il serait difficile qu’ils admissent le contraire, que l’homme, qui est la dernière œuvre de la création, n’a pas pu faire les autres, puisqu’elles existaient avant lui; mais, comme il faut qu’à tout il j ait une cause, quand on leur demande quelle peut bien être cette cause, qui, d’après eux, n’est ni Dieu ni l'homme, ils répondent avec une imperturbable assurance que c’est le hasard. Quant à nous dire ce qu’est le hasard, ils se gardent bien de passer leur temps à nous l’apprendre ; quant à nous expliquer comment et pourquoi le hasard est une force, ils n’y pensent pas ; et cependant, s’il n’en est pas une, il n’a pu rien créer ; il n’est pas, en effet un seul d’entre vous qui ne sente dans les replis de sa conscience que, sans force, il lui serait impossible de produire le plus petit effet. Y a-t-il une maîtresse de maison qui, voyant une poule pondre un œuf s’imagine que cet œuf est l’œuvre du hasard ? Mais, s’il en était ainsi, elle n’aurait rien de mieux à faire que de supprimer tous les coqs de sa basse-cour. Et, si de cet œuf -elle veut faire un poulet, qui de vous ira lui conseiller de le livrer au hasard plutôt que de le confier à une bonne couveuse ? Enfin, laissez au hasard le soin de vous apporter à boire et à manger, et, après deux ou trois jours de ce régime, vous viendrez me donner des nouvelles de votre estomac. Lorsque notre instruction spirite sera plus avancée, nous reviendrons sur ce sujet, qui constitue la doctrine dite du matérialisme, et nous le compléterons. Déjà je vous en ai entretenu dans la troisième conférence, et j’espère vous convaincre de plus en plus de tout ce que cette doctrine renferme de dangereux, d’hostile, de mortel pour l’humanité, au physique et surtout au moral.

En attendant, et avant de terminer, permettez-moi de

vous présenter une comparaison facile àsaisir, et qui vous fera comprendre comment les hommes qui ne veulent pas se rendre à la vérité, et qu’aveugle leur amour-propre, se servent du mot hasard pour ne pas s’avouer subordonnés. Vous avez tous pratiqué, ou tout au moins vu jouer le jeu de boules. Une partie est engagée entre Pierre, qui est très-fort, et qui a souvent fait ses preuves, et Paul, qui est passablement maladroit et en même temps très-vaniteux. Ge dernier joue et manque le but. Pierre joue à son tour et gagne. Toutes les personnes qui assistent à la partie diront que c’est Pierre qui est vainqueur. — Mais pas du tout, répondra Paul en haussant les épaules; ce n’est pas Pierre qui a gagné, c’est le hasard, et, non content d’être maladroit, il se fera menteur. Tous les spectateurs penseront que c’est Pierre qui au moment de jouer, a ramassé sa boule. — Détrompezvous, dira Paul ; c est le hasard qui l’a mise dans sa main. Tout le monde sera convaincu que c’est Pierre qui adonné

la direction convenable à la boule en la lançant.Mais

vous avez donc tous la berlue, s’écriera Paul ; comment n’avez-vous pas vu et compris que c’est le hasard seul qui a opéré ? Enfin, comme il ne suffit pas que la boule soit lancée dans une direction convenable ; qu’il faut, en outre, qu’elle roule avec une certaine vitesse pour s’arrêter au point voulu, vous vous imaginerez que la direction et la vitesse de la boule sont le fait de la volonté de Pierre; mais Paul n’aura pas assez de poumons pour vous crier : Non, mille fois non ! Pierre n’est pour rien dans tout ceci ; c’est le hasard, le hasard seul qui atout fait. Quant à vous donner des preuves de ses affirmations, n’espérez pas que Paul soit en état de vous en administrer une seule.

Eh bien ! vous dirai-je maintenant, vous pouvez comprendre, par 1 exemple de Paul, ce qui se passe dans le cœur endurci de ceux qui se disent matérialistes ; de ces hommes tout au moins aveugles, s’ils ne sont pas pervers, qui voudraient soustraire l’œuvre si admirable de la création à la puissante science de Dieu, pour l’attribuer à tout ce qu’il j aurait d’incohérent, d’obscur et sur-

tout de souverainement injuste, dans les incompréhensibles manœuvres du hasard.

Sixième Conférence

du 13 août 1882

Immortalité de l’Ame

Sommaire : Nous n'avons d'autres moyens ici-bas d'apprécier ce que peut être la destinée des existences terrestres qu'en cherchant à nous rendre compte de la nature de leur s fonctions* Toute individualité qui n a pas reçu la mission de progresser ne peut avoir qu'une utilité stationnaire et terrestre. Mais Vdme humaine y essentiellement et universellement progressive, est immortelle.

Il est une question qui, maintes fois sans doute, s’est présentée à chacun de nous ; qui, consciemment ou inconsciemment, se refl-ète dans un grand nombre d’institutions sociales; qui figure comme dominante dans toute idée religieuse, et c’est assez dire combien elle est immanente dans le cœur de l’homme; Cette question, qui se rattache, directement et inévitablement, à notre croyance en l’immortalité de l’âme, consisterait à déterminer, puisque notre passage sur la terre est de si courte durée, ce qu’a pu être la situation de cette âme dans le passé, ce qu’elle pourra être dans l’avenir.

Constatons d’abord que, chez les autres êtres de la création terrestre, la question des existences antérieures ou futures a pour nous un intérêt le plus souvent nul, et dans tous les cas fort secondaire. Ainsi, dans les minéraux et les végétaux, privés du principe intelligent, les évolutions vitales doivent évidemment se borner à

-celles que nous observons ici-bas. Là où toute chose est ■exclusivement et fonctionnellement terrestre, il m’est non-seulement impossible, mais interdit de concevoir la vie en dehors des éléments et des fonctions mêmes de la terre. Arrêtons-nous sur cette pensée, qui est, je <îrois, de nature à nous dévoiler quelques secrets.

Veuillez un instant porter votre attention surces êtres, plus ou moins analogues à nos pierres et à nos plantes, qui peuvent se trouver dans les autres mondea.Gomment y seront-ils matériellement et vitalement organisés ? Ce ne pourra être évidemment qu’en raison des constitutions respectives de ces mondes; et, plus les constitutions seront diversifiées, soit au point de vue des matières qui les composent, soit au point de vue des climats qui y régnent, plus aussi devront l’être les formes et les substances minérales et végétales appartenant à ces mondes. Remarquez d’ailleurs que ce que je dis ici n’est pas une vaine supposition, mais une dépendance logique de ce que nous observons sur notre propre globe. Ne savezvous pas en efiTet que, dans les landes et sur les dunes, dont le sol est exclusiblement sableux, la végétation se réduit à un petit nombre de plantes tout à fait spéciales; que, dans les terres humides, les plantes tourbières peuvent seules se développer; qu’enfin les arbres des régions chaudes, situées entre les tropiques, n’ont plus leurs représentants dans les plaines glacées du Nord? Ne savez-vous pas que la culture naturelle de la vigne n’est plus possible, si l’on remonte trop haut vers le pôle ; qu’il en est de même du blé et de presque toutes les espèces végétales? Or si, même sur notre globe, à cause des différences qui existent dans la substance du sol et dans le climat, il est interdit à nos plantes de s’établir en tous lieux, à plus forte raison est-il permis de prévoir qu’il en sera ainsi pour des mondes qui, à coup sûr, ne peuvent être que très-différents du nôtre. Comment admettre, en effet, si l’on veut bien avoir égard à l’incessante variété qui règne sur notre terre, que tous ces mondes ont été coulés dans le même moule ; qu’ils ont reçu des constitutions intrinsèques identiques ; que Dieu, si puissant,

n a jeté qu’üii même type de création dans l’immense univers; qu’il a, pour ainsi dire, nié le progrès, en ne faisant partout que des œuvres constantes, uniformes, toutes semblables à elles-mêmes ? Mais, pour concevoir de telles pensées, il faudrait d’abord avoir oublié que Dieu a maintes fois renouvelé la surface de notre propre terre, et que chaque fois le mobilier végétal s’est montré différent, du moins en partie, sur les mêmes lieux. Il faudrait, en second lieu, ignorer que, sans sortir de notre système planétaire, nous constatons dans les éléments de ce système les plus énormes disparates ; que le volume du plus petit de ces astres, Mercure, n’est que la vingtième partie de celui de la terre; tandis que celui de Jupiter est égal à 1390 fois celui de notre globe ; que si la rotation diurne des quatre planètes. Mercure, Vénus, la Terre, Mars, ne varie que de 23h 21’ à 24h 37 cette rotation se réduit à 9 h55’pour Jupiter, et à 10^30’ pour Saturne; qu’enfin, s’ilfaut 365 jours pour compléter notre année terrestre, 88 suffisent pour accomplir celle de Mercure; mais,par contre,il en faut 4333 à Jupiter pour arriver au terme de la sienne, qui se trouve ainsi avoir douze fois la durée de la nôtre. Puis, pour les planètes plus éloignées que Jupiter, cette durée de Tannée ne cesse d’augmenter, etfinit par atteindre Ténorme chiflPre de 60127 jours lorsque nous arrivons à Neptune, qui est la dernière de celles que nous connaissons. J’ajoute, dans le but de faciliter vos conceptions, que cela revient à dire qu’entre le commencement et la fin d’une des années de Neptune, il s’en est écoulé 165 des nôtres.

En présence de différences si prodigieuses, en présence d’astres dont le dernier est 77 fois plus éloigné du soleil que le premier ; dont le plus gros est 25741 fois plus volumineux que le plus petit ; dont les uns ont des jours de 24 heures et les autres de 10 heures seulement ; dont la durée de Tannée enfin varie de 88 jours à 60137, comment pourrait-on conserver la pensée qu’avec des éloignements du soleil si divergents, qu’avec des vitesses de rotation sur eux-mêmes et de translation dans l’espace si disparates; comment, dis-je, conserver la pensée

que tout doit être semblable sur ces globes, que tout doit s’j produire identiquement ; que toutes les vies, toutes les constitutions végétales, doivent être l’exacte reproduction de celles que nous observons sur la terre ? Il y aurait évidemment folie à soutenir une telle opinion.

Concluons donc, si nous voulons rester, sinon dans le vrai, car qui peut se flatter de connaître la vérité sur toutes ces choses? du moins dans ce qu’il y a de probable ; concluons que chaque globe doit avoir son mobilier spécial, indispensable pour lui dans sa substance et dans ses formes, mais tout à fait inutile et plutôt contraire pour les autres. Des lors, quel rang pourraient occuper dans les nécessités de la création, et par quels moyens d’ailleurs pourraient s’effectuer d’un monde à l’autre les migrations de ce mobilier que n’anime aucun principe spirituel et où tout est matière; de ce mobilier admirablement placé où il se trouve, mais fort discordant partout ailleurs, et par conséquent ou stérile ou pertubateur ? Il n’y a donc pas, pour ces sortes d’êtres, d’autre vie que celle qui commence et se termine sur le globe même où la main créatrice les a placés.

Quant aux animaux,un certain doute pourrait être permis à leur égard ; parce que,indépendamment de leur enveloppe corporelle, qui doit rester à la terre, il y a chez eux un principe intelligent qui pourrait, comme cela a été imparti à l’âme humaine, être susceptible de voyager dans l’espace, d’aller d’un monde à l’autre. Je connais certains hommes, ennemis de l’inaction et qu’agite la passion d’aller sans cesse en avant, qui, prenant la balle au bond, se contenteront fort bien de ce que je viens de dire pour admettre sans difficulté les pérégrinations du principe spirituel de l’animal. Mais, de ce qu’un fait rentre dans l’ordre des choses possibles, il ne s’ensuit pas qu’il doit nécessairement et fatalement avoir lieu ; et il faut, surtout quand ce fait ne semble pas devoir se présenter dès l’abord comme absolument indispensable, il faut, dis-je, avant d’admettre sa réalisation, s’enquérir des nécessités, des rationalités qui justifient celle-ci. Procédons à cet examen.

Lorsqu’on cherche à se rendre compte de ce qu’est la principe intelligent chez l’animal, — et je prendrai volontiers pour type l’espèce canine, chez laquelle ce principe paraît plus développé que chez beaucoup d’autres,— il est incontestable que nous trouvons chez le chien de précieuses qualités de fidélité et de dévouement pour son maître, en même temps que des sentiments de vive répulsion contre ceux qui ont maltraité ou ce maître ou lui-même.Ony trouve aussi des preuves d’actes réfléchis,^ des témoignages certains que toutes les résolutions prises ne sont pas la conséquence exclusive des entraînements de l’instinct. A cet égard, on ne saurait le nier,. rintelligence de l’animal possède des facultés réellement semblables à quelques-unes de celles qu’on observe dans, l’intelligence de l’homme.

Mais, s’il y a quelque chose de commun entre elles, il y a aussi des différences de l’ordre le plus élevé. Chez, l’animal, en dehors des influences, très-limitées d’ailleurs, que l’homme peut exercer sur lui, et dont les résultats s’effacent promptement dès que ces influences cessent d’agir ; chez l’animal, dis-je, rien de ce qu’il y a en lui d’intelligent ne change avec le temps, rien ne s’améliore dans les actes et les aptitudes. Les générations se succèdent toujours semblables à elles-mêmes, munies d’héritages spirituels qui ne connaissent ni le gain, ni la perte. Les magasins d’approvisionnement de la fourmi,, les ruches de l’abeille, les toiles de l’araignée, les habitations des castors, les nids des oiseaux, les cocons des insectes, etc., sont aujourd’hui ce qu’ils ont toujours été. L’animal use des choses de la terre telles que la nature les a faites ; mais il ne sait pas les transformer dans le but de rendre cet usage plus commode, plus avantageux pour lui. Il se sert de c.e qui est ; mais, quant à prévoir comment il pourrait le modifier, quant à comprendre ce que pourrait devenir plus tard sous une nouvelle forme ce qui existe aujourd’hui dans un certain état, il n’en a aucune conscience ; chez lui, l’idée du progrès est complètement nulle ; aucune de ses facultés, aucun de ses actes, aucun fait, ne nous autorise à admettre que cette

idée supérieure soit en sa possession. Tel est le caractère essentiel de sa constitution spirituelle. Or il faudra bien tenir compte de cette condition de son existence actuelle, si nous voulons sainement apprécier ce qu’elle a pu être dans le passé, ce qu’elle pourra être dans l’avenir. Il est impossible,en effet,que le chaînon terrestre de l’animalité ne vienne pas prendre sa place naturelle dans cette étude de la succession des temps, des états et des vies.

Passons maintenant à l’être humain. Dans les mains de l’homme, au contraire, tout se modifie, s’améliore, se perfectionne. Les pierres, les bois, les métaux, les matières filiformes, textiles, coriacées, subissent d’incessantes transformations pour donner satisfaction, soit à nos besoins les plus impérieux, soit à nos désirs les plus futiles. Tandis que l’homme primitif n’a pu se déplacer qu’à la surface des continents, il voyage aujourd’hui sur toute l’étendue des mers ; il a même fait d’heureuses tentatives pour s’élever dans les airs, et il est peut-être à la veille de les parcourir en tous sens. Obligé, au début, de porter les fardeaux sur ses épaules et de faire usage de ses jambes, il n’a pas tardé à remplacer ces moyens pénibles par le dos et les jambes de l’animal. Puis il a eu l’idée de substituer aux aspérités, aux grandes déclivités du terrain, des surfaces plus unies, des pentes plus douces ; il a établi des routes. Cela fait, il a construit des véhicules qui lui ont permis de mieux utiliser les forces animales ; puis encore il a inventé les chemins de fer, à l’aide desquels il lui a été possible de remplacer ces premières forces par celle de la vapeur, beaucoup plus puissante, mais surtout plus rapide.

Sur l’élément liquide, l’homme n’a eu d’abord d’autre ressource que celle de la natation ; mais, mettant bientôt à profit ses observations sur la forme de certains oiseaux qui se maintiennent et avancent sur l’eau, il a construit, par imitation, des coques en bois, des barques dans lesquelles il s’est placé et auxquelles il a donné un mouvement, qu’il a su diriger suivant ses besoins,

à Taide de ses bras armés d'avirons ; plus tard, il a eu l’idée de tendre des voiles pour recevoir les souffles de l’air et en tirer proflt pour ses transports ; enfin il est parvenu à échapper en grande partie aux caprices des vents en utilisant sur les eaux cette même vapeur qui lui rend sur terre de si grands services.

Je pourrais ajouter un grand nombre de témoignages à ceux que je viens d’indiquer ; je pourrais vous citer cette suite de progrès qui ont amené l’homme à substituer aux cavernes primitives qui lui ont servi d’abri, d’abord la cabane faite de bois, de terre et de feuillages ; puis les maisons en pierre, puis nos somptueux palais. Je pourrais signaler les prodiges de l’électricité, que nous avons contrainte à transporter, en un petit nombre d’heures, notre pensée d’un monde à l’autre. Je pourrais aussi vous dire les incessantes merveilles des arts et de l’industrie ; mais les détails ci-dessus exposés me paraissent très-suffisants pour avoir fait pénétrer dans vos esprits les convictions suivantes, savoir ; que, dans l’ordre de la création,. Dieu a voulu que la part d’intelligence accordée à l’animal, très-inférieure à celle qu’il a dévolue à l’homme, restât à tout jamais confinée dans les limites qu’il lui a imposées à l’origine, qu’elle se maintînt dans un état complètement stationnaire ; tandis que le caractère essentiellement distinctif de l’âme humaine est celui d’une incessante progressivité, au triple point de vue matériel, intellectuel et moral.

Or je comprends très-bien, dans ce dernier cas, nonseulement l’utilité, mais la nécessité de migrations destinées à développer chez une âme toujours perfectible la connaissance des œuvres de Dieu; car ces œuvres ne sont pas toutes cumulées dans le monde où elle vit actuellement; elles sont,au contraire, diffusées dans tout l’univers. Mais ce que je cesse de comprendre, c’est qu’il puisse se trouver une utilité quelconque dans les déplacements d’une intelligence dont les facultés sont bornées à ce point que, même sur le globe qu’elle habite, toute connaissance réfléchie des œuvres de Dieu et, par suite, tout progrès.

lui sont interdits. Quel profit pourrait-il y avoir à son transport dans un autre monde ? Aucun pour elle, assurément, puisqu’elle ne saurait progresser ; aucun pour les habitants de cet autre monde, puisqu’elle leur apporterait une constitution en désaccord avec la leur propre, ce qui ne pourrait produire que des conflits et non l’harmonie. Mais il cesse d’en être ainsi pour l’âme humaine, qui, en vertu et par le fait agissant de sa perfectibilité même, doit avoir reçu une organisation propre à s’adapter à celles de tous les mondes, à se trouver toujours en accord avec elles et non en opposition. N’est-il pas évident que, sans cela, il / aurait divergence et incompatibilité entre le but prévu par le Créateur et imposé à la créature, et les moyens propres à conduire celle-ci vers sa destinée ? En un mot, si je crois à la nécessité que toutes les habitations soient ouvertes à des âmes qui ont reçu la faculté d’acquérir tous les perfectionnements, je cesse de comprendre l’utilité des déplacements pour celles qui sont dans l’impuissance de progresser. La destinée de celles-ci se borne à l’accomplissement d’une mission temporaire et locale, au delà de laquelle il n’y a plus ni conscience et responsabilité pour le passé, ni devoirs pour l’avenir. La faux de la mort a rompu non-seulement toutes les adjonctions, mais tous les liens.

Si je n’avais à ménager le trop faible contingent des conceptions qu’il m’a été possible de vous inculquer jusqu’à présent sur les questions du spiritualisme, ce serait ici le lieu de vous donner des explications sur ces migrations que font les âmes d’un monde à l’autre. Vous ne seriez pas médiocrement surpris d’apprendre qu’au sujet de ces choses qui nous paraissent si obscures, et qui, dans tous les cas, se passent si loin de nous, il en est quelques-unes dont la raison de l’homme est parvenue à comprendre la nécessité, en étudiant avec une persévérante attention les analogies ou les contrastes qu’elles peuvent, qu’elles doivent avoir avec celles de la terre. Ainsi, dans quelque temps,vous serez en mesure de comprendre pourquoi il eût été complètement inutile d’attribuer un corps à l’âme, lorsqu’elle habite dans l’espace,

et pourquoi, lorsque cette âme veut entrer en communication avec les âmes de la terre qui ont un corps, elle ne peut le faire qu’en empruntant momentanément un corps humain tellement constitué qu’il lui est permis d’agir sur lui avec plus ou moins de puissance. Vous comprendrez aussi pourquoi, lorsque l’âme, quittant l’espace, doit aller habiter un monde matériel, il est de toute nécessité qu’elle s’unisse à un corps constitué en rapport nécessaire avec la matérialité de ce monde. Vous comprendrez enfin pourquoi ce corps doit infailliblement passer par la période de l’enfance, et ne saurait dès le début posséder toutes ses énergies viriles. Peut-être trouverez-vous qu’il y a quelque présomption, à moi, à vous annoncer que la lumière se fera sur tant de choses qui, au premier abord, peuvent paraître impénétrables. Mais ne perdez pas de vue, et vous en avez eu de nombreux exemples, que la raison de l’homme, lorsqu’elle est bien dirigée, peut atteindre à un haut degré de puissance; ne’perdez pas de vue, en second lieu, que, pour nous spirites, les communications des Esprits sont une source féconde d’instructions, aussi éclatantes qu’inattendues. Sachez donc attendre, mais en même temps réfléchir,’ et vous verrez bientôt grossir le faisceau de vos connaissances.

Rentrons maintenant dans notre sujet et complétonsle par l’examen d’une question qu’il est d’un grand intérêt d’élucider.

On me demandera sans doute ce que peut devenir, au moment de la mort, le principe spirituel dont l’animal a été doté ? S’il est vrai, comme nous croyons l’avoir établi, qu’il ne va pas habiter d’autres mondes, faut-il croire qu’il disparaît, qu’il s’anéantit? Non, non, répondronsnous; dans la doctrine spiritualiste, rien ne va au néant. Mais tout, sauf l’âme humaine, éternellement persistante comme l’est sa mission de progrès, tout change, se désorganise, se transmute pour porter ailleurs ses utilités. Voyez un collier formé par la réunion de pierres précieuses; vous savez bien que, si les liens qui les unissent

les unes aux autres viennent à se rompre, aucune d’elles n’aura rien perdu de sa valeur. Sans doute leur assemblage ne se présentera plus à vos yeux à l’état de collier; mais chacun des éléments qui constituaient celui-ci aura conservé sa valeur intrinsèque tout entière; aussi pourrez-vous admirer ses éclatants scintillements, soit sur les ondoyantes chevelures, soit sur les blanches mains, dont elles ornent la beauté féminine sans l’éclipser. Par le fait de la mort du corps, la mission terrestre d’un être, quel qu’il soit, est terminée. Les diverses conjonctions, soit spirituelles, soit matérielles^ qui lui ont été attribuées en vue de cette mission, se dénouent; les forces spéciales qui lui permettaient de l’accomplir se retirent. Cela n’est-il pas naturel, puisque cette missionapris fin? D’un autre côté, les combinaisons matérielles se décomposent, comme nous le voyons tous les jours sur les dépouilles animales de toute espèce; de l’autre, celles du principe intelligent, l’âme humaine exceptée, se désagrègent ; elles rendent ainsi leur liberté aux éléments spirituels, qu’elles ont tenus jusque-là attachés à l’accomplissement d'une œuvre déterminée quant à son objet et à sa durée, et leur permettent, comme nous l’avons déjà dit, d’aller porter ailleurs leur utilité, suivant les desseins de la Suprême Sagesse. Enfin la force préposée à la vivification de la matière, n’ayant plus rien à faire, rentre dans la masse commune. En un mot, à la mort de l’animal, tout se défait ; mais rien ne se perd, car tout retourne, à l’état d’élément utilisable, soit dans le domaine spirituel, soit dans celui de la matière. Mais, à la mort de l’homme, il y a une chose qui ne se dissout pas, c’est son âme ; et non-seulement elle ne se dissout pas, mais elle vit; et non-seulement elle vit, mais elle pense et progresse, accomplissant cette éternelle mission qui la dirige vers la perfection et l’en rapproche sans cesse. Elle sent ainsi s’amplifier l’exercice de ses facultés et grandir l’inefî’able trésor des joies introublées qu’en récompense de ses efforts déverse sur elle la connaissance de plus en plus approfondie des desseins de Dieu et de ses œuvres. N’est-ce pas, en effet, dans cette connaissance que se trouve le siège de toutes les harmonies et, par conséquent, de toutes les sérénités spirituelles?

Ce qui a pu nous jeter dans l’incertitude sur toutes ces questions et nous naaintenir dans Tillusion à leur égard, c’est que, soumis à cette force de l'habitude, que nous ne savons pas assez combattre par la réflexion, nous nous sommes laissé entraîner à attribuer à tout ce que nous considérons comme principe intelligent de trop grandes analogies avec l’âme humaine ; de sorte que, parce que celleci survit au corps, parce qu’elle conserve son individualité, parce qu’elle ne perd pas la conscience du moi, nous avons été naturellement conduits à penser qu’il devait en être, sinon exactement, du moins à peu près de même, pour tous les êtres doués d’intelligence. Nous avons oublié que ce n’est pas par quelques similitudes assez secondaires qu’il faut juger et classer les choses, mais par ce qu’il j a de plus essentiel dans leurs fonctions, par la plus ou moins grande puissance de leurs facultés. Or, à cet égard, quelles grandes différences ne constatonsnous pas entre les âmes animales et celle de l’homme ? Les premières, irrévocablement stationnaires ; la seconde, essentiellement progressive. Les premières ayant sans doute tout ce qu’il faut pour leurs rapports avec l'être humain, mais ne pouvant pas aller au delà ; la seconde, inflniment mieux dotée, possédant tout ce qui est nécessaire pour entrer en relation avec la création tout entière, pour participer, sans discontinuité et sans terme, à la réalisation du progrès, pour s’élever enfln à l’idée supérieure de la connaissance de Dieu. Cela ne dit-il pas tout ? Dans ces conditions, ne serait-ce pas une superfluité de laisser subsister au delà de sa mission un être qui, créé sans évolution progressive, n’a plus rien de nouveau à accomplir ? D’un autre côté, puisqu^en vertu de son universelle perfectibilité, dont l’immortalité est le corollaire obligé, Tâme humaine est évidemment appelée à remplir d’autres missions que la mission terrestre ; parce que, en outre, c’est par elle-même, par ses efforts, par sa libre et volontaire persisance, qu’elle réalise le progrès, n’est-il pas nécessaire et souverainement juste que son individualité , à jamais subsis tante et consciente d’elle-même, lui permette de connaître et d’apprécier les récompenses réservées à ses mérites ?

Cette conclusion nous ramène au point de départ et nous fait voir que si, pour la généralité des divers êtres placés sur notre globe, la question de leur passé et de leur avenir ne présente aucun intérêt, on peut memedire n'existe pas, il n’en est pas ainsipour l’âme humaine^ dont le passage sur la terre n’est qu’une courte étape dans le long voyage de perfectionnement qu’elle exécute à travers les mondes.

Avant de mettre un terme à ces études, qui ont pour objet le degré d’intelligence imparti à l’animal, il ne sera pas inutile de présenter quelques observations sur la répartition particulière de cette intelligence, à de& doses plus ou moins importantes, entre les divers êtres de la création. Cette courte instruction pourra donner quelques développements à nos connaissances.

A l’exception de certaines âmes, chez lesquelles la sensiblerie domine encore plus que la logique, il est généralement accepté aujourd’hui que l’intelligence^est nulle dans le règne minéral. Bien qu’il en soit de meme pour le règne végétal, il n’est pas inopportun de dire que quelques faits sembleraient conduire à une conclusion dilférente. Mais, lorsqu’on discute sérieusement ces faits, ainsi que nous avons eu occasion de le faire, on se convainc qu’ils se réduisent à de simples apparences, et que, jusqu’à présent, on n’a distingué chez aucun végétal le moindre indice de libre arbitre, faculté qui est la véritable et indispensable pierre de touche de l’intelligence. Comment, en eifet, comprendre que celle-ci existe ? Et à quoi servirait-elle sans l’aide de la volonté, qui seule peut la rendre utile en lui donnant les moyens de se manifester et d’être active.

Quant aux conceptions mythologiques des anciens sur les Satyres, les Sylvains, les Dryades et Hamadryades, plus ou moins identifiés les uns et les autres avec les végétaux de la forêt, personne, je crois, ne sera disposé à chercher dans ces conceptions des leçons de physiologie

et de psychologie, surtout lorsque, de ces êtres animés, on faisait, non de simples mortels, mais des divinités. On sera plutôt conduit à penser que, dans un pays et sous un climat oh les courtisanes abondaient dans les villes, les ébats érotiques étaient également mis en pratique par elles sous les abris ombreux et protecteurs des forêts. Ades époques plus voisines de la nôtre, Louis XIV n aima jamais plus ardemment La Vallière que dans les bosquets de Fontainebleau et de Versailles; Marie-Antoinette parcourait avec amour les vertes et sinueuses allées de Trianon ; et Louis XVIII ne ravivait jamais mieux les souvenirs de ses jeunes, années que sous les épais ombrages du parc de Saint-Ouen. C’est qu’aTamour générateur il faut l’image de la vie, et qu’il la trouve mieux encore sous le frémissement du feuillage que sous les plis systématiques des draperies de l’alcôve. Plus ou moins, l’homme tiendra toujours par son corps de l’animalité; or jamais les rossignols, jeunes ou vieux, ne babillent plus abondamment d’amour vrai que lorsqu’ils ont attiré leur compagne sous les ombres discrètes d’une épaisse et mystérieuse verdure.

Quant à ce qui concerne plus spécialement les animaux, on m’a souvent dit qu’on était peu disposé à coniprendre qu’un être ait pu recevoir le don de l’intelligence avec parcimonie, avec une limitation ne lui permettant pas d’atteindre tous les degrés. J’ai déjà répondu à cette objection en faisant remarquer que telle était cependant la condition de l’homme par rapport à Dieu. J’ai ajouté que Dieu, qui ne fait jamais l’inutile, devait mesurer les énergies des puissances octroyées à celles des fonctions à remplir, et que, moins ces fonctions doivent avoir d’importance, plus devait être restreinte et limitée en force et en durée la part d’intelligence accordée à chaque être. J’ai en conséquence conclu qu’il me paraissait on ne peut plus rationnel qu’à des fonctions circonscrites, localisées, non progressives, correspondissent des facultés limitées à leur tour quant aux moyens, quant aux demeures permises, quant aux durées concédées.

Quelques personnes m’ont fait observer que, s’il en était ainsi, il serait assez difficile de comprendre la rationalité d’un octroi aussi parcimonieusement mesuré. Cette rationalité, qu’on ne sait pas entrevoir, existe cependant, et je demanderai à mon tour à ces personnes si elles seraient disposées à croire que, parce qu’une bougie émet une lumière beaucoup plus faible, beaucoup plus circonscrite, beaucoup moins durable que celle du soleil, elle n’a pas cependant sa grande raison d’être ?

Étudions avec soin et sagesse les œuvres créées, nous y trouverons des enseignements précienx. Mais, en cette matière, méfions-nous de vouloir trop facilement nous substituer à la grande pensée organisatrice des mondes; soyons plus modestes, et dès l’abord, sauf ànousrectifier plus tard, gardons-nous d’attribuer aux causes une importance hors de proportion, en plus ou en moins, avec celle des effets , ceux-ci seuls pouvant nous donner une idée saine de cette importance.Or cette étude de la création, qui nous a conduit à penser que l’intelligence de l’animal ne saurait avoir ni l’étendue ni la durée de celle de l’homme, va nous apprendre, en outre, que ce serait tomber dans un excès contraire de supposer que le don fait à l’animal, d’une intelligence relativement limitée, serait une chose peu logique dans ses origines et peu utile dans ses résultats-

Nous savons, en effet, que l’animal possède le don de locomotion, et l’expérience nous apprend qu’il s’en sert, soit pour éviter un danger, soit pour chercher sa nourriture, soit à certaines époques pour se réunir en troupe* et émigrer vers d’autres climats, c’est-à-dire dans un but varié, mais toujours déterminé, ayant pour objet la préservation et la conservation de la vie. Or une locomotion de cette nature exigera toujours pour sa direction un certain degré d’intelligence. D’un autre côté, l’étude de la création nous apprend aussi qu’il est des animaux qui sont destinés à être les auxiliaires de l’homme ; il faut donc que, dans une certaine mesure, ils puissent entrer en relation avec lui. Or les forces intelligentes

de 1 homme, avons-nous dit, n’exercent aucune action sur la matière, à moins que celle-ci ne soit elle-même intelligentée. Voilà donc un nouveau et puissant motif pour que l’animal soit, plus ou moins, mais nécessairenient, doté de facultés intelligentes. S’il n’en était pas ainsi, sa coopération avec nous ne serait pas plus possible que celle que nous pouvons avoir avec la matière inerte, qui ne possédant rien de volontaire ne saurait rien produire de régulièrement concordant avec notre pensée, et nous obligerait, au contraire, à nous soumettre à toute 1 inconstance et à tout l’imprévu de ses variations. Ce serait une coopération comme celle que nous donne le vent, qui nous impose tous les caprices de ses directions et de ses intensités; comme celle des eaux motrices, qui font subir à nos industries les inconvénients résultant des irrégularités de leur volume; des coopérations, en un mot, qu’il faut accepter avec toute l’intransigeance de leur nature, dépourvues qu'elles sont d intelligence, et qui, par cela même, ne savent par ellesmemes, ni se modérer, ni s’accélérer au gré de nos désirs.

Dans tout ce que je vous ai exposé jusqu’ici, soit sur l’existence de Dieu, soit sur l’immortalité de l’âme, vous avez pu remarquer que je n’ai fait aucun appel aux déclarations des Esprits, et j’espère vous avoir convaincus que, sans avoir recours à ces déclarations, par le seul secours de nos sens et de notre raison, par une étude convenablement approfondie de ce qu’il nous est permis de connaître ici-bas de l’œuvre de la création, il nous a ^été possible d arriver à cette double affirmation que Dieu existe et que l’âme est immortelle. Est-ce à dire pour cela que je considère comme inutiles les communications spirituelles? Loin de moi une telle pensée.

Car, d’une part, ces communications, par Je seul fait de leur existence, sont une preuve manifeste que l’âme subsiste après la mort; et, alors même qu’elles contiendraient des erreurs, cela n’infirmerait en rien ce témoignage ; cela prouverait seulement que, parce que l’on est Esprit, il ne s’ensuit pas qu’on possède le privilège de

tout savoir. Il n est en effet aucun de vous qui, en se remémorant ce qu’étaient certains humains sur terre, ne soit convaincu qu’à leur mort il devait leur rester beaucoup à apprendre. Il n’y aura donc rien d’étonnant à ce qu’ils parlent avec peu de science. Mais, par ce seul fait qu’ils parlent, il nous est démontré qu’aprèsla mort terrestre ils vivent encore, et voilà l’important.

D’autre part, si parmi les Esprits qu’il nous est permis de reconnaître comme étant d’un ordre supérieur, il s’en trouve qui nous font des communications en complet accord avec ce que nous apprend de son côté la raison humaine, mûrement et sagement dirigée, uii tel accord ne nous inspirera-t-il pas une grande confiance en la sincérité de ces Esprits, et ne serons-nous pas ainsi autorisés à admettre comme des vérités les révélations qu’ils nous feront sur les choses et les principes dont il ne nous est pas possible d’acquérir ici-bas l’intuition par nous-mêmes.

De tout ce qui précède, il résulte que nous avons le plus grand intérêt à nous occuper sérieusement de tout ce qui se rattache aux communications spirituelles: premièrement,parce qu’elles sont une preuve évidente que l’âme humaine survit à la mort ; secondement, parce qu’elles viennent souvent corroborer la vérité des principes créateurs qui se sont montrés accessibles aux investigations de notre raison ; troisièmement, parce que, par cela même, elles nous permettent d'avoir confiance dans les révélations qui nous sont faites sur les autres vérités auxquelles notre raison seule ne saurait atteindre.

Mais, je ne saurais assez vous le répéter, il faut toujours se méfier des mauvais Esprits, comme nous devons le faire sur terre des hommes trompeurs, et Dieu sait si le nombre en est grand ! N'acceptez donc les communications qu’avec prudence et beaucoup de réfiexion.

Tel est l’ordre et la série d'études dont nous nous occuperons dans le courant de l’année 1883.

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