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celle qui consiste, par tous les moyens, même les bons s’il le faut, à donnera l’égoïsme des passions le plus complet assouvissement? Hélas 1 cela ne se voit que trop; et sans la répression protectrice des lois humaines, qui, n’en déplaise aux matérialistes, sont une évidente protestation contre de si funestes croyances et contre les suites criminelles qui ne leur sont que trop prodiguées, il y a longtemps que le matérialisme aurait rendu tout ordre social impossible.
En outre, dans l’hypothèse matérialiste, nous n’avons plus, apres Ja mort, aucun moyen de comprendre une survivance quelconque de nos individualités. Celles-ci, n’existant que par l’unique fait d’une réunion d’éléments matériels et de forces, accidentelle et momentanée, ont été à tout jamais anéanties par la désagrégation. Elles ne laissent plus rien qu’un souvenir dans la mémoire de ceux qui ont cohabité avec elles. Mais, comme ce souvenir serait sans espérance, comme nous en aurions la conviction anticipée, il ne saurait par cela même représenter un attachement antérieur sérieux et profond ; nous ne devrions, en un mot, éprouver ici-bas que des émotions toujours calmes, toujourstempérées par la certitude d’une prochaine et éternelle séparation, et nous pourrions dire : Malheur et pitié pour ceux qui auront trop aimé î Heureusement, il s’est produit de tout temps des faits dans l’humanité qui ont donné d’éclatants démentis à d’aussi tristes conclusions. L’étroite solidarité qui unissait Oreste et Pylade ne date pas d’hier ; pas n’est besoin de remonter jusqu’aux époques antiques pour retrouver de nos jours les persistantes amours des Philémon et des Baucis; et il est bien peu de mères qui, si l’éternité les attend, n’aient voué à leur enfant, même avant la naissance, une éternité d’affection.
La plus directe, la plus inévitable conséquence du matérialisme est de rapetisser, de refouler chez l’homme les sentiments du cœur, d’imposer à leur élan, comme il les impose à l’essor de la vie, les limites impitoyables d’une heure fatale qui, frappant des deux mains avec le
marteau de la destruction, anéantit du même coup la vie^ rintelligence, Tamour, c’est-à-dire tout ce qui aspire à être éternel.
Dans un état d’existence éphémère, exclusivement subordonné aux combinaisons d’un arrangement matériel,, fatalement condamné à une prochaine et entière destruction, qu’aurions-nous à désirer autre chose que l’absence de tous sentiments affectifs ? car, plus ces sentiments éprouveraient le besoin d’être constants et énergiques, plus la certitude de l’irrévocable anéantissement de ceux qui en sont l’objet augmenterait en nous les tortures anticipées de regrets qu’aucune espérance ne peut adoucir.
La sécheresse du cœur sous toutes ses faces, tel est le grand provocateur de mes antipathies contre le matérialisme. Est-ce qu’on peut sincèrement et purement aimer une fois, sans désirer d’aimer toujours? Or, si ce besoin est profondément, indélébilement gravé dans le cœur de l’homme, je repousse loin de moi le matérialisme, qui, dans sa cruelle indifférence, le laisse subsister sans J satisfaire, et qui, à des aspirations qui ne voudraient pas connaître de terme, ne sait offrir que les implacables perspectives du néant.
Je vous le demande à tous: voyez cette mère porter son regard attendri sur l’être qu’elle a mis au monde; de ce regard il jaillira à coup sûr des rayons d’amour. Mais,. si elle a le malheur de croire qu’à la mort tout disparaît,, ces rayons se cacheront sous un voile de deuil, et du fond de son cœur s’échappera ce cri déchirant: Un jour, un jour, nous serons à tout jamais perdus l’un pour l’autre î Si, au contraire, elle sait que l’immortalité nous attend, aux transports de l’amour viendront s’ajouter les joies de l’espérance ; sa pensée, illuminée par les clartés^ célestes, confondue avec celle de son enfant, s’élancera vers Dieu, et, prosternée devant lui, elle s’écriera dans le ravissement de sa reconnaissance : Soyez béni, mon
Dieu! soyez béni, pour ce bonheur qui ne doit pas finir!