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NOTRE-DAME DE PARU

Monseigneur, (1)

Mesdames, Messieurs,

La parole sacrée possède une éloquence naturelle qui manque à la parole

profane : éloquence qu’elle tire des sujets qui lui sont propres, de son caractère et de sa mission. Elle n'’exprime pas seulement des concepts humains, mais des pensées divines. Elle ne se nourrit pas d'hypothèses ; rien ne saurait ébranler la certitude sur laquelle elle s'appuie. Ne lui demandez pas du nouveau et du changeant : elle n’invente rien,proclame des révélations immuables et des lois saintes devant

(1) Mgr E.-A, Taschereau, archevêque de Québec.

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lesquelles tout mortel doit s’incliner.

Elle ne se livre pas en pâture à la discussion, elle s'impose. Ce n’est pas au milieu des clameurs populaires qu’elle retentit, mais dans le silence du temple.

Tout bien périssabie elle le dédaigne ; elle ne recherche,ne loue, ne fait aimer que ce qui est éternel. Le domaine dans lequel elle se déploie est sans limites :

la terre, le ciel, les abîimes de l’Océan et les abîmes du cœur, les siècles évanouis, les âges à venir, tout lui appartient. Son but est de glorifier Dieu, d'instruire l’homme de ses devoirs, de le corriger de ses vices, de consoler ses douleurs, de le conduire à la félicité. Voilà ce qui donne à la prédication évangélique une dignité, une grandeur inconnues à tous les autres genres de discours; voilà ce qui lui permet de produire des effets auxquels ue sauraient prétendre l’éloquence de la tribune et l’éloquence du barreau.

Vous ne m’'accuserez pas.Messieurs,de plaider pro aris et focis. Ce que je viens

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de dire, tous les rhéteurs, tous les critiques l’ont proclamé déjà avec plus de force et dans un plus beau langage.

‘ Le prédicateur, écrit Cnrmenin, est maitre de son sujet, et ce sujet est magnifique comme la création, sublime comme Dieu, vaste comme l’espace, infini comme le temps. Il n’est borné ni par les montagnes, ni par les mers... Il monte au-dessus des nuées dans les palais du ciel, tout resplendissants de lumière, et tout peuplés de séraphins harmonieux. Il foule à ses pieds la poussière des siècles et äes mondes, et de sa verge prophétique il chasse devant lui les générations qui n’ont pas encore vu le jour... Mais ce qui, pour le prédicateur, est plus inépuisable que la nature, ce sont les mystères de ia religion et les secrets plus incompréhensibles encore peut-être Gu cœur humain.

Quels trésors ! quelles misères ! quelles petitesses ! quelles grandeurs ! quels sujets ! ” Et si nous en appelons à Phistoire: Mirabeau était terrible, sans

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doute, au sein de l’Assemblée Constituante ; Bonaparte électrisait ses soldats au point de leur faire mépriser la mort ; lessalles de Westminster ont gardé le souvenir des foudroyantes apostrophes de Pitt et de Fox; qui de nous, aujourd’hui encore, peut lire les immortels discours d'O’Connell sans pleurer sur la pauvre Irlande persécutée ? Pourtant, il faut l’avouer, ni Mirabeau, ni Bonaparte, ni Fox, ni O’Connell n’ont remporté des succès pareils à ceux de ce pauvre catéchiste, de cet humbie prêtre qui fut le curé d’Ars. De ces deux paroles que j’eppose l’une à l’autre, la première avait toutes les ressources de l’art et du génie ; mais la seconde, simple et modeste, dépourvue de tous ces avantages brillants, était une parole divine sur des lèvres consacrées. La chaire chrétienne a accompli depuis des siècles et accomplit encore chaque jour ce grand prodige de la conversion des âmes. Elle n’est pas le siège de la passion, de

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l'envie ou de la haïne ; seules la vérité et la charité ont ie droit d'y monter et de s’y faire entendre. Le peuple y accourt comme à une source de lumière et d'espérance. Aussi, la chaire de la plus humble église de campagne nous apparaît-elle environnée d’une auréole de gloire qui manque à la tribune des Démosthènes et des Cicéron.

On ne peut donc nier, Messieurs, que la parole évangélique, lorsqu'elle est ce qu’elle do.t-être, possède toujours une éloquence naturelle même sous la forme la plus modeste et la pius austère.

Est-ce à dire qu’elle méprise les préceptes de l’art, qu’elle dédaigne cette action oratoire que Démosthènes donnait comme le gage des plus éclatantssuccès ? Est-ce à dire qu’elle abhorre les ornements du style et que, se retranchant dans sa dignité intrinsèque, elle veut être étrangère à toutes les qualités qui font la puissance de l’éloquence profane ?

Assurément non. Comme la tribuneet le harreau, Ïa chaire a ses modèles, ses

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maîtres, ses homries inspirés, et, à tra.

vers les âges, si l'Eglise bénit tous ceux qui prêchkent sa doctrine et ses lois, elle sait distinguer ses bouches d’or, ses Chrysostôme et ses Bossuet.

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Il est une chaire, Messieurs, célèbre ntre toutes Les autres, qui a vu et voit encore à ses pieds non seulement jies fidèles d’une paroisse, mais on pourrait dire tout un grand peuple : j'ai nommé la chaire de Notre-Dame de Paris. C’est un trône glorieux sur lequel ont pris place les princes de la science et de la parole sacrée. Son enseignement qui s'adresse à la France retentit par tout l'univers. Les leçons qui s’y donnent ne sont pas destinées à périr ; la grande famille chrétienne les recueille et les conserve comme des trésors venus du ciel. La chaire de Notre-Dame ! Messieurs, il n’y ea a qu’une au monde !

Quels souvenirs et quels noms illustres elle rappelle !

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