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'est à vous, mes Jeunes condisciples, à ceux qui vous succéderont sur les bancs du collège que je dédie ce livre. Vous y retrouverez la peinture fidèle 'existence que j'ai menée pendant la première par- €dk^\Q de ma vie et que vous mènerez aussi : travaux et plaisirs, joies et chagrins de la vie des écoliers s'y représenteront alternativement. Comme presque tous les enfants, vous vivez avec une complète insouciance, au jour le jour, égrenant vos heures sans les compter , les dispersant autour de vous comme choses viles, et si empressés de dissiper ce trésor, que votre plus grand souci est de rendre le temps aussi libre que possible de tout fardeau, croyant par là le (iùre plus rapide. Gomme vous, j'ai longtemps ignore que les journées les mieux occupées sont celles qui passent le plus promplement. Pendant de longues années, je me suis plaint comme vous d'une discipline rigoureuse ; j'ai maudit mille fois l'élude, uiillo fois la classe. J'ai voidu me
U) PKÉFACK.
révolter contre ce que je nommais l'eselavage du règlement , ne m'apercevant pas que cet esclavage utile et nécessaire était bien moins tyrannique, bien moins cruel que celui de ma paresse, de mon orgueil et de mes autres passions. Non pas que je veuille justifier dans tous ses détails le système auquel on soumet notre jeu-, nesse; aujourd'hui encore, je regarde certains abus comme fort vexatoires en eux-mêmes, inutiles presque toujours, souvent dangereux dans leurs résultats. Je ne vous dissimulerai pas ce que j'en pense: non pour vous exciter à l'insubordination, Dieu m'en garde ! j'ai trop souvent gémi de mon caractère indisciplinable pour vouloir vous exposer aux mêmes incwivéuients ; mais parce que je considère comme un devoir de proclamer Ja vérité quand elle peut être utile: or, qui pourrait mieux dévoiler les petits abus de l'éducation qu'un écolier? Pourquoi vous adressez-vous aux écoliers eux-mêmes? diront quelques juges sévères. Pourquoi? J'aurais dix fois plus de motifs qu'il n'en faut pour justifier ma détermination ; mais comme le développement de tous ces motifs exigerait trop de temps, je me bornerai aux plus frappants.
1° En m' adressant aux grandes personnes, je serais parfaitement sûr de n'être pas lu, et, il faut en convenir, ce n'est pas absolument dans ce but qu'écrivent les auteurs.
2° Si je m'adressais aux grandes personnes, j'éprouverais un embarras qui m'ùterait le peu de moyens que je puis avoir : ma modestie ou, si vous l'aimez mieux, ma timidité paralyserait ma verve, et je serais à peu près sûr d'être trouvé stupide. Je me sens à mon aise eu m'adressant eu quoique sorte à des condisciples; je leur racoiUerai roudouiont les choses en les assaisonnant à ma
manière; et comme je n'ai jamais passé pour un sot [souffrez que je le die), j'espère être amusant. Je m'en rapporte à mon sage censeur pour retrancher de mes confessmis tout ce qui pourrait blesser les convenances relatives, et nuire aux lecteurs.
— Pourquoi, reprendra le même critique (les critiques sont d'une importunité incroyable), pourquoi n'avoir pas laissé ce soin à un écrivain expérimenté ? les personnes sérieuses l'auraient lu.
— Peut-être, et j'en doute. Quand une fois on a mis le pied hors du collège, on éprouve (si j'en dois juger par ce que je vois chez mon père, mes oncles et leurs amis), on éprouve un insurmontable dégoût à s'occuper de matières d'éducation ; il semble ({u'on ne puisse trop et trop tôt oublier ces années, qu'il est pourtant de convention, je ne sais pourquoi, de nommer les plus belles delà vie; et ce dégoût très-incontestable et très -remarquable, premier fruit de l'éducation actuelle, n'en est pas le plus bel éloge, je le ferai observer en passant. Enfin, pour être lu des personnes sérieuses, il faudrait considérer l'éducation dans ses conséquences sociales, politiques, administratives, philosophiq»ies,clc.; or je l'avoue en toute humilité.
Pour voyaf,'er de la sorte
Je n'ai pas la lèic assez forte.
C'est un honnciu' qu'il faut laisser à ceux qui (mi sont vraiment dignes; et je renvoie les plus difficiles à M. Dupauloiq», à M. de Montalembert, etc. Les lecteurs plus faciles à contenter s'adresseront à MiM. Thiers, Guizot, Villemain, à M. de Salvandy voire
même. Pour moi, j'ai voulu seulement présenter h mes jeunes contemporains l'image aussi complète que possible de la vie écolière, à notre époque; j'ai voulu, je l'avoue bonnement, les amuser: bien certain que la force même des choses amènerait de bonnes et sérieuses leçons. J'ai eu l'ambition de réaliser pour eux l'épigraphe de l'ancien Théâtre Français : « Castigat ridendo mores » , « il corrige les mœurs en riant » , et non pas « le rideau cache les murs )>, comme je l'ai entendu traduire par un de mes camarades de septième. Si, en passant, je relève quelques abus, si je critique quelques usages qui, je l'espère, ne tarderont pas à s'effacer, si je m'attaque à quelques traditions d'un autre siècle, c'est que nul autre qu'un écolier encore sur les bancs ne pourrait le faire, ces petites choses échappant aux grandes personnes qui les oublient comme à plaisir ou qui ne se les rappellent que pour en rire sans se souvenir qu'autrefois elles en ont pleuré ; c'est que je vois déjà mes lecteurs devenus hommes, et ils se rappelleront mieux, me dis-je, grâce à mes confessions, les cruelles petites misères de leur enfance, et ils ne voudront pas y exposer leurs enfants. « Verba volant, scripta manent y>, comme nous le répétait ce bon M. Goberge, notre professeur de quatrième, pour nous exciter aux pensums. Oui, « scripta manent », M. Goberge , et j'espère que vous ne m'en voudrez pas d'avoir si bien retenu votre axiome favori et de le mettre si heureusement en exécution.
AniniR GIROVAL.