CHAPITRE PREMIEH
^KIi'ciDÉ par convenance à caclicr sons un |»s«'ii-
donyme les noms véritables (1(3 tous les person-
"* "^liages qui prendront leur place dans mcsConfes-
.sions, j'en userai de m(mie à mon égard et m'appellerai Arthur Giroval. J'avais dix-sept ans l'sque je résolus de léguer à la postérité rinsloiic instructive autant qu'intéressante de mon éducation , élant né en 1828.
Pour rendre plus sensibles à mes lecteurs les causes (|ui ont présidé aux premières vicissitudes de ma vie il inc semble nécessaire de les introduire dans ma lainille cl de leur en l'aire connaître ceux ([ui dcvaieni a\oii' cl (|ui oui eu une si grande inllncnccî sur in(»n cducaiion.
M. Giroval, mon père, possédait à Paris, une des plus importantes études d'avoué. Par sa position, par sa fortune, par son caractère, il a toujours tenu un rang fort honorable dans le monde. C'est un homme d'une nature douce et agréable, de manières distinguées, d'une parole facile, sincèrement attaché au gouvernement issu de la révolution de Juillet : il le considère comme la réalisation des plus belles utopies politiques ; s'il avait un défaut, ce serait celui de tous les hommes de cette époque , de se laisser influencer par la fortune des individus avec qui il est en relation. La richesse est, à ses yeux, l'un des plus grands mérites que l'on puisse avoir; quelles que soient d'ailleurs sa science , sa naissance, sa vertu, quels que soient même les services qu'il ait pu rendre à la société, un homme sans fortune lui semble peu considérable et il est toujours disposé à le traiter cavalièrement ; sévère pour les pauvres jusqu'à l'insensibilité, jusqu'à l'injustice, puisqu'il leur fait un reproche de leur pauvreté même, comme si tout le monde pouvait être riche et que cela dépendit de chacun, il montre une indulgence fort grande pour ceux qui sont dans l'opulence et trouve aisément des arguments, soit pour les excuser entièrement lorsque cela n'est pas impossible, soit du moins pour atténuer leurs torts : tel est le résultat nécessaire et forcé d'un système politique où l'on n'arrive au pouvoir et à la considération que i)ar l'argent, où nul ne peut exercer les plus simples droits de citoyen qu'à prix d'or. Cependant ce travers est fatal, et creuse dans la société une ])laie (piii»eul devenir prochainement incurable : il corronq)! les sentiments, fausse le jugement en confondant les notions
LES COiNFESSlONS DXN ECOLlEIl. 17
du juste et de l'injuste, dépouille la vertu de son culte, et pour tout dire en un mot, détrône l'honneur au profit des honneurs : comme les tendances des parents réagissent inévital)lement sur les enfants qui s'en pénètrent en grandissant et les exagèrent encore, cette disposition d'esprit chez mon père nuisit considérablement à mon éducation morale et faillit même la faire dévier du droit sens : c'est pour cela que je me suis permis d'en parler avec autant de délails et de liberté. D'ailleurs, pour justilier la hardiesse diiii liissi jeune encore qui ose juger ses parents et analyser leur conduite, je dois dire que s'efforçant de neutraliser refîet dissolvant que les opinions de mon père ne pouvaient manquer d'exercer sur mon caractère, ma mère se croyait permis de lui en démontrer les dangers et l'injustice, en ma présence, et que mon père toujours charmant d'aménité envers elle, lui donnait souvent raison. Une des conséquences des idées de mon père était de tirer une grande vanité de ses richesses, de sa position, de ses grandes relations, d'en parler soiivcnl non sans morgue, et de rechercher avec un zèle ardent toutes les circonstances propres à satisfaire cette vanité. Enfin, et c'est en ceci que la manière de voir de mon pèi-e prenait un aspect vraiment dé[)loi'al»le, il a\ail le iiiallit'iiide traiter légèrement tout ce qui seratlacliail ;i la rdii^ioii, et même, imprudence blâmable, il ne se gèiiail |toiiil devant moi.
D'après les quelques mots que je vousai dils phisliaul <!<' ma mère, vous devez présumer en elle iiiir iialiiic l'orl dilîérentede celle de iiioii père. .Manière en elVcl clail |ii('ii>e et charitable, elle usai! de sa l'ortune clnvlieiuicnicnl cl ne
s'en faisait pas un objet d'orgueil; bonne, tendre, dévouée, elle était l'objet d'un respect particulier pour tous ceux qui rapprochaient. Il faut bien que je le dise aussi pourtant, quoi qu'il m'en coûte, une grande faiblesse de volonté ternissait les nobles qualités de ma mère ; tous ceux qu'elle aimait avaient une influence considérable sur ses résolutions toujours flottantes, et près d'elle, pour me servir d'une phrase toute faite, « le dernier venu avait toujours raison » . Ce défaut, moins grave assurément chez une femme que chez un homme, produit cependant les effets les plus fâcheux ; mes premières années reçurent le contre-coup de ce défaut de ma mère, et mes idées furent pendant trop d'années semblables à des lueurs vacillantes en mon esprit ; enfin, malgré sa piété, malgré son aménité, ma mère combattait mal et parvenait peu k cacher un grand orgueil : chez elle, ce n'étaient ni les richesses dont elle faisait bon marché, ni la position dont elle se glorifiait intérieurement; cefle de mon père n'eût pu que lui paraître obscure et médiocre en comparaison de celle qu'on avait toujours occupée dans la famille de son père ; ce n'étaient pas non plus l'esprit, la grâce ou les talents, et pourtant la nature et l'éducation l'ont généreusement pourvue de ces deux avantages; ce n'était même pas la beauté, cette couronne d'or des femmes, toujours puissante chez toutes, mais (pii achève de donner aux mères sur leurs fils un enqiire absolu; et qu'elle est belle! ma mère, quelle était l)elle surtout il n a dix ans ! d'une beauté splendide et rayonnante, et pourtant si chaste et si sereine; à l'âge de ciinj ou six ans. clic m'aNait parlé des anges et cherchait à me peindre leur
Je comprends, petite marnan, le s antfes sont beaux comme toi
beaulé; mais mon intelligence ne pouvait encore coiicevdir cette beauté morale, et comme je ne voyais rien (l^- |)liis beau que ma mère, je me rappelle que je nrécriai tout à coup :« Je comprends, petite maman, ils sont beaux comme toi ! » Ma mère sourit en rougissant à cette naïve flatleiie de son enfant et se penchant sur moi par im mouvement plein de grâce, pour dissimuler son pudique embarras, elle me dit : « Écoute, cher petit, aucune beauté mortelle ne peut être comparée à la leur, car elle est un retlet de celle (!<' Dieu. » Plus tard, me rappelant ces mots, j"ai pu en apjtrècier la profondeur et la sublimité; mais alorsjc ne la compris pas et je continuai à me représenter les anges avec le visage, le regard limpide et tendre, le ravissant sourii'e de ma mère. Je passais quelquefois un temps fort long à la contenqder, i)ius tout à cou}), je lui passais mes bras autoui" du cou en lui disant encore : « Que tu es belle, maman, et que je t'aime ! — Ccû la bonté qu'il faut aimer, mon cher enfant, me disail-elle alors, et non la beauté. — Oui, maman, mais toi, tu es belle et bonne, et je t'aime deux fois plus. » Souvent elle voulut m'empêcher de lui manifester ainsi mon admiration, je voulais lui obéir, et je lui désobéissais toujours. Ce fut dans une de ces occasions «pie mon j)ère lui dit ces paroles <{ui ne sortirent i)lus de mon souvenir : « Pounjuoi interdiie à ton enfant les expressions ingénues de son amour? D'ailleurs, il a raison de voir eu t(M l'image; d'un auge sur la tern;. » Dans la boiiclic d'un houiuic aussi i)ositif, aussi peu poétique ([ue uiou |Mre, ces paroles avaient une immense portée et révélaieul tout le resjK'cl qu'il ressentait poiu- ui;i uièi-e.
Certes, aux yeux de son enfant, une mère est toujours belle, fût-elle contrefaite ou bossue ; cependant j"ai cru remarquer chez moi et chez mes petits camarades un sens très-juste des perfections extérieures et une \ive sympathie pour les personnes favorisées à cet égard : selon moi, c"est un nouveau bonheur pour un enfant d'avoir une mère ainsi douée ; il respire pour ainsi dire dès le berceau le goiU des formes suaves et son âme se pénètre d'une délicieuse harmonie. Ce charme qui rayonne perpétuellement sui- lui et autour de lui, communique à son àme une élévation, une pureté qui sont comme un doux reflet de sa mère. Ses gestes, ses paroles, ses manières contractent devant un tel modèle une élégance et une grâce qui deviennent sa nature : pour tout dire en un mot, une mère dans ces circonstances possède sur son enfant un pouvoir sans bornes, et ce que ne pourraient quelquefois ni la raison ni la force, elle l'obtient d'un mot, d'un regard, d'un sourire, et pour ainsi dire, par l'empire seul des séductions inhérentes à sa personne ; qu'on me pardonne ce mot, déplacé peut-être, mais qui rend seul ma pensée; tous les jeunes gens, tous les enfants qui ont ce bonheur enviable de posséder une mère comme la mienne, tous ceux-là me comprendront.
Que dirai-je de l'impression qu'elle produisait en moi, quand elle se mettait au piano et que ses doigts semaient légèrement sur le clavier les notes mélodieuses de Rossini, deMeyerbeer, de Beethoven, de Palestrina,et qu'elle en faisait jaillir en gerbes éclatantes la douleur, lajoie^ la tristesse, la mélancolie, relVroi: que dirai-je suiloul. (juand sa ^oi.\
s'élevait loiit à coup, pénétrante et radieuse, interprète passionnée des génies dont elle traduisait si puissamment les créations; alors, je fondais en larmes, et si occupé d'adaires que fiit mon père, je le voyais bientôt paraître à la porte de son cabinet qu'il entr'ouvrait sans bruit, et là, le visage rayonnant de joie, les yeux fixés sur ma mère, il restait immobile et silencieux jusqu'à ce qu'elle eût terminé le morceau ; ordinairement, j'allais le prendre par la main et je l'amenais insensiblement jusque derrière ma mère, en lui disant: «N'est-ce pas, petit père, que c'est beau!» Il me prenait alors sur ses bras et me couvrait de baisers, me gardant ainsi jusqu'à ce que ma mère se retournât, l'œil aminé, le visage tout illuminé des magnificences musicales ([u'elle venait de reproduire, et m'embrassât en souriant. Moi. toujours porté dans les bras de mon père, je me penchais alors sur elle, la saisissant au cou par mes deux bras, en m'écriant tout palpitant : « Oh! c'est beau, petite mère, c'est bien beau; encore, je t'en prie, encore ! » Alors elle relevait coniplaisamment vers mon père, ses regards si purs que je ne puis les comparer qu'à ceux de sainte Cécile et lui demandai! : « Faut-il, mon ami? — Non, je t'en prie, lui répondail-il toujours, assez pour nous tous : vois comme tu es animée, tu sens si vivement la grande musi((ue (pie lu rcii iviidrais malade; regarde ton fds, il est toiil en iiiiucs: laconslilution de cet enfant tient de la licime. ('lie est idil nciNcuse. vous demandez tous deux de grands ménagements. » IMiis l'homme d'affaires reparaissant aussitôt rnudlion passée, il ajoutait vivement : « Enfin, je suis fort jiressc par plusieurs nllaires,et (piand lu louchcsdu piaiioel (pic lu clianles,
tu m'attires malgré moi, tu le sais, et je néglige tout; laisse-moi donc retourner au travail. » Et il s'en allait Ont calme en apparence, mais encore ému au fond du cœur.
Si je me suis fort étendu en parlant de ma mère, c'est qu'il est impossible de se borner quand on parle de ce qu'on aime le mieux au monde, les sentiments exaltés sont toujours prolixes ; et puis, je voulais faire comprendre combien elle régnait sur moi ; je voulais que Ion sût bien qu'elle a toujours été pour moi l'objet d'une sorte de culte et d'adoration, cela est nécessaire pour l'intelligence des faits.
Eh bien, ma mère, si supérieui-eà tant de titres à la plupart des femmes, n'était fière d'aucun de ses avantages, elle ne l'était que de sa naissance, fiiiblesse impardonnable à toutes les époques, mais surtout à la nôtre et dans notre pays où la noblesse a cessé depuis cinquante ans d'être un corps politi({ue, où elle n'a plus ni pouvoir ni privilège, où le premier malotru venu peut, sans être poursuivi, sans se faire exclure même, s'appeler comte ou marquis ; où Narcisse Gros-Jean peut, avec le fruit de ses habiletés financières, acheter à beaux deniers comptants une terre en Touraine ou ailleurs et se dire M. Jacques de la Roche-Furet (fros comme le bras (1). Comment une femme d'un esprit si remarquable, d'un si grand cœur, pouvait-elle donner dans ce travers que toute sa supériorité suftisait à peine à empêcher de devenir un ridicule? C'est un de ces mille secrets inexplicables du cœur humain, j'en laisse l'explica-
(\) Racine, lest Phndpurs.
tion à quelques philosoplies plus forts que moi : je^me bornerai à en rejeter la faute sur son éducation, et cet argument me servira naturellement de transition pour vous entretenir de mon grand-père.
M. Humbert de Firzac était le dernier représentant d'une des familles féodales les plus illustres duDaupl)iné: son nom appartenait à l'iiistoire et se trouve mêlé à tous les grands événements qui se passèrent dans cette région pittoresque ; il côtoie celui des souverains dauphinois, rpii se plurent à donner à nos ancêtres des témoignages fréqueuts de leur affection et de l'estime qu'ils faisaient de leur valeur et de leur fidélité.
Né en 1770, sur la fin du règne de Louis XV, M. de Firzac à l'exemple de toute la nol)lesse de son temps, embrassa la carrière des armes; à dix-neuf ans, sortant de 1 école nnlilaire, il avait acheté un régiment ; son nom, sa fortune, sa valeur, ses grandes manières lui permettaient le plus brillant avenir, quand la révolution de 1703 renversa de fond en comble toutes ses espérances , tous ses projets. Attaché de cœur et de conviction aux piincipes monarchiques, il s'expatria avec les frères de Louis W I dès qu'il vit la monarchie menacée, il prit un commandnnciil dans cette noble armée de Coudé qui, souvent coiilr.iinlc de se replier avec les grandes armées doiil clic subissait les fautes, ne fut jamais défaite. Mon grand-père uv p(Mil parler de cette armée sans que les larin(>s hii vu viciiiinil aux yeux; il faul entendre desabouche le récit <lc ces neuf campagnes pendant lesipiellcs ces troupes nixaics n'eurent pasuneiuiil de sonuneil; cent mille hounues dor-
oi LES CONFESSIONS DdX ÉCOLIER.
iiiaif'iil en paix derrière elles ; qii'avaienl-ils à craindre? trois Coudé veillaient à leurs avant-postes. 3Ion grand-père prit sa part de tous les combats que livrèrent les Condé : il était à la brillante affaire de Berstheini, oii l'armée royale empêcha les républicains de percer les lignes des alliés ; il était à Tliionville, à Huningue, à Constance, à Ravenheim ; plusieurs fois, il fut blessé. Après le traité de Leoben, l'armée de Condé ayant été licenciée, M. de Firzac erra à travers la Russie, la Pologne, l'Autriche, exposé aux plus cruelles privatious comme tous ses illustres compagnons d'armes, souvent sans pain, sans vêtements, sans chaussure même, ne vivaut que de son talent de violoniste. En Allemagne, il reçut enfin du comte d'Ebersford une noble hospitalité et devint son gendre ; c'est ainsi que j'ai eu l'honneur d'avoir pour aïeule mademoiselle Wilhelmine d'Ebersford, devenue comtesse de Firzac. Suivant toujours le sort de la famille royale exilée, mon grand-père revint en France avec le comte de Provence (Louis XYIIl), lors de la chute de Napoléon (1814-1815). Il ne recouvra qu'une bien faible partie de ses immenses domaines, et le milliard d'indemnités offert par les Chambres aux victimes de la révolution n'eut fait qu'une bien mince compensation à ses pertes, sans la munificence royale : Louis WIII le considérait comme un ami fidèle, et lui confia souvent des missions d'une haute importance et d'une grande délicatesse.
Naturellement M. de Firzac a pris en mépris et en haine le langage et les usages, les idées et les mœurs nés de la révolution. Quand il a dit de (fuelqu'un : C'est un révolu-
liommirc, il a exprimé dans sa pensée le dernier terme du dégoût ; nos mœurs, restées fort démocratiques, quoi qu'on dise et qu'on fasse, lui répugnent horriblement ; il ne peut pas m'entendre tutoyer ma mère, sans faire une légère grimace; il ne comprend pas comment on a pu se décider à me mettre en pension, et à me laisser traiter de pair à compagnon par une foule (V enfants de rien. C'est un homme obstiné dans son amour du passé, dans ses regrets, dans ses antipathies. Pour achever de peindre son caractère en un seul mot, il regarde toujours le roi Louis-Philippe comme un usurpateur, plus odieux que Napoléon même, «car celui-ci, du moins, n'avait trahi ni sa famille ni ses bienfaiteurs. » A ses yeux, aucun honneur ne sui-passe celui d'être né d'un sang noble. Et quoi que vous lui |)uissie/, dire, il n'en demeurera pas moins convaincu (ju'un gentilhomme est aussi supérieur à un roturier, qu'un coursier arabe à un cheval limousin. Objectez-lui (jue Dieu n'a créé qu'un premier homme, type unique dont nous sommes tous descendus, il se perdra, ])Our vous répondre, en un chaos d'arguments aussi embrouillés qu'un écheveau de lil avec lequel a joué un jeune chat : cependant, M. de Firzac est sincèremeid pieux, et en toute autre circonstance sa piété est éclairée. En mille occasions, je l'ai entendu prendre le parti du peuple contre mon i)èrc (piil accal)le de ses sarcasmes les plus polis et les plus amers, en l'accusant de sacrifier au veau d'or. M. de Fir/.;ic est di'oe libéral? Oui, il es! hheial el |»i('ux, sensible el d'nn esprit remarquable, et il reste opiniâtrement entiché de ses idées rétrogrades. Evplitpie/. si vons le ponve/. de pareilles e(in-
tradictions ; quant à moi, j'y renonce, je me borne à citer le fait. Tel qu'il est, je l'aime et le respecte, parce qu'il est bon, humain; parce que son cœur est vraiment noble; nul homme ne possède à un degré aussi élcYC le sentiment de Thonneur; sur ce chapitre, il est chatouilleux jusqu'à l'exagération. Il a conservé l'esprit charmant des hommes de son époque, leurs élégantes manières, leur tact parfait des convenances sociales, enfin cette politesse et cette galanterie françaises, qui faisaient de nous autrefois la nation la plus civilisée du monde et le modèle des autres peuples. — Comment ma mère, dont l'amour et le respect pour M. de Firzac ressemblent à de l'adoration, eût-elle fait pour résister à son influence, et pour ne pas partager ses oj)inions? Si vous me demandez maintenant comment M. de Firzac a pu consentir à une mésalliance, en accordant sa fille à mon père, issu du sang le plus plébéien, je vous dirai qu'il s'agissait du bonheur de ma mère, et que dans le cœur de M. de Firzac, cette considération faisait fléchir toutes les autres.
Si vous le remarquez, voilà déjà autour de mon berceau bien des dissonances; n'est-il pas à craindre qu'elles ne réagissent sur mon caractère?
Ce n'est pas tout cependant, et vous ne pourriez vous expliquer les tiraillements auxquels je fus exposé dès mes premières années, si je ne vous faisais connaître mon grandoncle Antoine-Junius Girovalet le frère de mon père, Lucc- Hector Giroval .
Comme le second n'a occupé qu'une petite place dans ma vie. je commencerai par lui. aliii de traiter avec Té-
tenclue qu'il mérite tout ce qui se rapporte à mon grandoncle Junius.
Mon oncle Hector est agent de change, ni plus ni moins, et conséquemment millionnaire je ne sais plus combien de fois, assez de fois pour ne pas attacher à sa fortune autant de prix que mon père : en effet, s'il croyait ne devoir de considération qu'aux gens aussi riches ou plus riches que lui; s'il ne voulait accorder qu'à ceux-là l'honneur de sa compagnie, il est évident qu'il vivrait presque dans l'isolement; il admet donc sans peine qu'on puisse être honorable sans être millionnaire ; mais il ne comprend pas qu'on puisse vivre sans une douzaine de domestiques au moins, sans dix chevaux dans ses écuries, sans une loge aux Bouffes et à l'Opéra; pour lui, la vie se résume en festins splendides, en bals, en fêtes, l'hiver ; en parties de mer, en voyages, en parties de chasse, et encore en festins, l'été; bon et généreux par nature, et surtout, je crois, parce (pi'il peut l'être sans s'en apercevoir, dans son bien-être, il dépense royalement ses grands revenus ; c'est un homme tout d'action.
Ennemi mortel de toutes théories, il les traite d'utopies creuses et sonores : tout raisonnement qui ne repose jias sur des chiffres, le fatigue et l'endort; à la moindre apparence d'une discussion morale ou politi<pie, il se relire; il ne comprend et ne voit dans les arts, les sciences, dans l'industrie, (pie le bien-être (pi'ils procurent ; ses a|>|iréciations ne vont pas au delà ; il a lioncur de la leclure el traite tous les auteurs de maniaques et de songe-creux : l'approche ou raïuionee d'un savant le l'ail l'uii'. linpossible
(le lier une conversation avec lui, si vous ne la niellez pas sur les canaux, la conversion des rentes, les fonds français et étrangers, les chemins de fer, etc. Il reçoit dix journaux et n'en lit que deux, le Moniteur et le Commerce. Les autres restent exposés au salon ou dans son cabinet, pour les visiteurs ; peu lui importent en eux-mêmes les mouvements politiques des cabinets de Vienne, de Saint-James ou des Tuileries, il n'y cherche que des combinaisons financières et des bascules à l'usage de la Bourse ; il lui est fort indifférent que nous ayons ou non l'amitié de l'Angleterre, que nous soyons menacés par la Russie, que les factions s'agitent et nous menacent d'une révolution, pourvu qu'il en soit instruit à temps, il saura bien faire tourner toutes ces vicissitudes à l'avantage de sa fortune ; mon oncle Hector n'a aucune conviction politique, religieuse ou philosophique, il considère la vie comme un jeu perpétuel où l'habileté consiste à tirer le meilleur parti possible des hommes et des choses, sans s'occuper le moins du monde de leur valeur réelle ou intrinsèque. Ses études se réduisent à une connaissance approfondie du corn fort; après cela, personne ne se connaît mieux que lui en vins lins; au déguster, il vous en dira noii-seulement le terroir, mais Tàge aussi ; à première vue, il reconnaîtra l'aile sous laquelle la perdrix cache sa tête pour dormir, et il la préférera, bien entendu. Il parle dans la perfection stceple-chase, raouts, jockey's club, gentlemen-riders, coupe d'habits ou de gilets, polka ou mazurka, tulipes et magnolia grandilloras, comme un lion pur sang. Une fois sur ce sujet, sa conversation devient intéressante, il est abondant, disert, iniaiié. il a de Tes-
prit, il devient presque poëte. Du reste, il ne payerait pas un décune de plus un tableau de Couture, qu'une toile de Vanloo, si le premier fait moins bien dans sa galerie que le second ; en revanche, Chevet lui envoie ses primeurs les plus rares, et il les paye sans marchander. Si j'ajoute qu'en sa demeure il pousse l'indulgence envers tout le monde, envers ses domesti(jues mêmes, jusqu'à hi jjoidiomie, vous connaîtrez mon oncle Hector Giroval. Qu'en dites-vous? — L'enfant qui grandirait sous de telles influences, courrait grand risque de devenir une pauvre créature; car il pourrait bien, ainsi que cela se voit si souvent, ne prendre de son modèle que les mauvaises qualités et les exagérer même ; et alors, convenez-en, ce serait un parfait mauvais sujet ; cependant, mon oncle Hector ne l'a jamais été; sa conduite, au contraire, a toujours été irréprochable, et souvent il a été utile aux autres. C'est que son éducation a été austère et sérieuse; les circonstances, la jouissance d'une innnense fortune ont pu niodilicr fàclieusement sa nature jirimitive et dément ii- en beaucoup de points les principes qu'il a reçus; mais ce (piil lui en reste a suffi pour l'arrêter sur des limites (|ui ne sdiit certes pas la vertu, mais qui ne sont })as le vice non [)lus, etoîi, somme toute^ on trouve encore lieauc(tu|) plus da la jn'emièreque du second.
Resté veuf après ((uelques années d'un bonlicm' bien rare, il a eu, du moins, le bon es[)rit de sentir (pi'il ne devait pas conserver ses lillcs chc/ lui, et il 1rs a placées dans Tune des meilleures inslilulions de Paris, celle de mademoiselle Delange, à ([ui il a ac corde toide sa coidiance;
suivant ponctuellement dans sa conduite vis-à-vis de nies cousines, Laure et Eudoxie, tous les avis de leur maîtresse ; aussi, malgré toutes les probabilités, Laure et Eudoxie ont été bien élevées.
Nous les verrons paraître quelquefois dans mes Confessions et nous apprendrons à les juger : elles nous offriront aussi matière à réflexions.
Avant d'arriver à mon grand-oncle Junius, qu'on me permette encore un mot sur mon père et sur son frère.
Élevés ensemble depuis leur plus tendre jeunesse, ils éprouvent l'un pour l'autre une vive sympathie, et se sont donné mutuellement de fréquentes preuves de dévouement ; cependant ils se voient peu ; la vanité ou l'orgueil comme vous l'entendrez, les sépare : mon père a fait dexcellenles études; ce serait un savant, s'il le voulait : il a de ce côté une supériorité marquée sur mon oncle Hector (|ui n'a qu'un bien mince vernis scientifique; celui-ci n'aime point à se voir primer par son frère, et pour cela il évite de se trouver en sa présence; d'un autre côlé, mon père est beaucoup moins riche que son frère, et si l'on se rappelle l'importance qu'il attache à la fortune, on comprendra qu'il souffre quand il entend son frère parler tout tran({uillement et même sans vouloir en faire ostentation, de ses six voitures, de ses quinze domestiques, de ses châteaux , de ses terres ou des diamants de sa femme qui seront le cadeau de noces de ses filles, et il y en a }>our cent mille écus.
Ainsi tous deux sont i)unis i)ar où ils ont péché; mon oncle, dans son mépris de la science, méi^'is (jui n'est après tout que l'histoii'e éternelle du Renard et des Raisins:
LES COiNFESSIONS D'UN ÉCOLIER. ôl
mon père, dans son mépris des gens pauvres ; il se seul l)resque pauvre en effet à côté de mon oncle, et craint de se voir appliquer ses propres maximes. N'est-cQ pas que c'est une merveilleuse manifestation de la justice providentielle et une leçon sévère qui devait de bonne heure rectifier mon jugement et me soustraire aux mauvaises influences dont j'étais entouré.
Mon grand-père de Firzac, avec son esprit si fin, si caustique, sans cesser de rester dans les bornes de la [)lus rigoureuse politesse, les raillait tous fort agréablement quand l'occasion se présentait. Mais tous deux aussi, sans sortii- du respect qu'ils devaient à un homme tel que M. de Fiizac^ savaient fort adroitement lui rendre la pareille en mots couverts.
Ce spectacle pénible pour moi renfermait pouiluiiL de sérieux enseignements. Dans ma première enfance, je ne pouvais le comprendre , et ne prenais de mon entourage que les mauvais côtés; mais plus tard, (piand je fus en âge de réfléchir et d'observer, j'en tirai des arguments philosoi)hi({ues et j'ap})ris à ne faire cas ni de la naissance ni de la fortune ; quant au sentiment et à l'amour de la vertu, je les dus à ma mère d'aijord et ensuite à mon graiidoncle Junius ; c'est même à ce dernier que je dus la ièruieté de caractère qui me distingue aujourd'hui; il est tenqis (pie je vous entretienne de cet homme, le seul de ma famille dont les principes fussent sans alliage. M. .Iimiiis-Anloine Giroval était le fils aiiir d'un paiivi-c niaihc de forges: il na([uil en I77i), et ne recul d'autre édiualioii <|iie celle du peu|)le à cette épo(|ue , c'est-à-dire (|iril apprit à lire , à
écrire, à compter. Il grandit clans les forges de son père., et tout jeune encore, fut employé aux plus rudes travaux; sa constitution y acquit une énergie infatigable; en 1793, ({uoiqu'il eût dix-huit ans à peine, il en paraissait \ingt-cin({. A cette époque, aux premiers bruits de l'invasion étrangère, il s'enrôla sous les drapeaux de la république française et fit les campagnes de l'est, sous les ordres de Dumouriez; il se distingua à Jemmapes et à Yalmy par une rare intrépidité, de là, il passa dans la division où servait Bonaparte au siège de Toulon et pressentit l'avenir du petit Caporal ; il fit sous lui, les campagnes d'Italie où il mérita le grade de capitaine. Il fit en cette qualité la campagne d'Egypte ; à Marengo, il fut promu presque sur le champ de bataille à celui de colonel par l'Empereur lui-même ; à Austerlitz, il mérita le titre de baron et le grade de général de brigade; le lendemain de la bataille de Waterloo, l'Empereur lui envoya le brevet de général de division : mais en 1815, la restauration ne voulut pas reconnaître ce dernier avancement, et Junius Giroval se retira avec sa retraite de général de brigade .
Pendant (ju'il parcourait avec rEmpereur au pas de course, comme il le disait en riant, toutes les contrées de l'Europe, son père était mort et son frère puiné, plus jeune que lui de deux ans, avait pris la suite des affaires paternelles; en 1803, Albert Giroval s'était marié, et en 1815 f(uand son frère prit sa retraite il était mort, laissant une succession embarrassée et deux fils encore enfants, mon père et mon oncle IJeclor ; le premier soin du général fut de liquider hoiK)iableinent les alfaires de son frère, puis il
prit avec lui sa veuYe et ses deux fils, et se retira au château de Ferrières dont il fit alors l'acquisition. 11 s'y occupa exclusivement de refaire et d'achever l'éducation de ses neveux et de leur ouvrir une carrière. Il pouvait jouir alors de 25,000 livres de rentes y compris sa retraite ; mais .luiiius Giroval avait des goûts si simples qu'avec 10,000 francs, il suffisait largement aux besoins de sa famille adoplive, et trouvait encore le moyen de faire du bien autour de lui ; d'où il advint qu'en 1828, lorsqu'il songea à établir mon père, il put disposer pour lui d'une somme de 300,000 fr. , qui avec la dot de ma mère complétèrent les 000,000 fi-. que coûta l'étude de son mari ; mon oncle Hector était plus ambitieux, il rêvait une charge d'agent de change ; le généi-al ne voulant pas faire pour lui plus que pour son aulie neveu, mon oncle se désolait quand un hasard le mit en ra[»port avec un banquier américain, M. Richard Johnslou (jui le prit en amitié, le voulut pour son gendre et lui donna , le jour de son mariage, une charge d'agent de change à lui tout seul. D'heureuses fluctuations grossirent considérablement su fortune en 1830, et bientôt il fut cité non sans raison comme l'un des plus riches particuliers de Paris.
Le général ayant ainsi rempli tous ses devoirs et bien an delà, se préparait à s'ensevelir définitivement à son château de Ferrières, ne conservant que sa retraite augmeidéi- en 1830 i)ar le nouveau gouvernement (jui recommt son litre : mais quelques mois ne s'étaient pas écoulés que, enin de quehjues démonstrations hostiles, (Casimir IVriei'. ;il«n> |>ivsident du conseil, songeant à lendic la Fiance plus iin|i.isante, aurandil et forlilia les eadivs de l'ainiee : mais c elail
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peu de chose qu'une armée de 300,000 hommes, sans chefs expérimentés; on dut songer aux vétérans de Tempire, on leur offrit du service et naturellement mon grand-oncle fut un des premiers à qui l'on fit des ouvertures ; d'ailleurs, il était encore dans le cas de rendre de grands services, n'ayant alors que 53 ans. Cette révolution réveilla l'àme patriotique du volontaire de 93 et il l'accepta avec enthousiasme ; d'ailleurs, il avait eu à Jemmapes et à Valmy les preuves de la capacité militaire et du courage de Louis-Philippe, alors duc de Chartres, et il augurait bien de son règne. Les services qu'il rendit au pays lui attirèrent de nouveaux honneurs; en 1833, il fut élevé au grade de maréchal de France; en 1837, il fut appelé dans le sein de la chambre des Pairs où il siège encore aujourd'hui ; après avoir été l'appui de sa famille durant de longues années, il en était toujours l'honneur.
Au physique, mon grand-oncle avait dû être l'un des plus beaux hommes de son temps ; d'une figure martiale, d'une taille haute et bien prise, le regard éclatant, la voix sonore, le geste impératif, il avait un aspect imposant au premier abord, c'était le type réalisé de l'image que nous nous faisons d'un chef de guerre ; quand on le connaissait plus intimement, on le respectait plus encore ; sévère avec les autres, il Tétait cependant moins que pour lui-même : de mœurs austères, il blâmait ouvertement les usages d'un luxe effréné qui amollit l'âme, énerve le corps et rend les hommes incapables de grandes choses ; dévoué à ses devoirs quand même, il les avait toujours accom})lis dans les conditions les [)lus difficiles; soldai de la répul)lique, il en avait cou-
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serve le patriotisme ardent, et pour servir son pays il n'eut reculé devant aucun sacrifice; pour lui, tous les hommes étaient égaux, il n'établissait de différences entre eux que selon leur mérite et leur vertu ; il ne se glorifiait ni de son titre qu'il ne prenait même pas, préférant à tous son surnom de Junius qu'il avait adopté en saluant la république, ni de ses nombreuses décorations qu'il ne portait pas, se contentant du ruban de la Légion d'honneur qui lui semblait les surpasser toutes, ni de son pouvoir dont il n'usait que pour favoriser le mérite ou rendre des services à sa patrie, ni de sa fortune, acquise si loyalement et dont il n'avait jamais usé que pour faire le bien.
Quant à ses convictions politiques et religieuses, les voici en deux mots : admirateur passionné de la Convention, il eût désiré voir se réaliser définitivement son œuvre ; mais trop sensé pour n'en pas voir l'impossibilité, il se contentait de la regretter, disposé, du reste, à servir loyalement du bras et de l'intelligence tout gouvernement qui marcherait dans les voies libérales de la constitution. Il admirait fempereur, il rendait une éclatante justice à son génie, mais il ne l'avait jamais aimé, le regardant comme le bourreau de la république ; il avait blâmé son despotisme jusqu'en sa présence, et l'empereur ne l'avait pas éloigné, parce que l'empereur se connaissait aussi bien en grands talents qu'en grands cœurs ; il avait reconnu l'un et l'autre chez le général Giroval et il n'était pas homme à se priver de ses services pour le punir de qiiel({iies paroles imprudentes, qu(»i(iuc vraies. En malière de religion, le généial ne disculait jamais, se contentant d'y croire sincèreincnleldc la pialiiiuci'
simplement. Élevé par une mère pieuse, il était resté pieux, en dépit de la vie désordonnée des camps et des séductions de la fortune. La première éducation qu'ils reçoivent de leurs mères fait les hommes ce qu'ils sont et l'on peut dire avec vérité qu'ils ne sont, dans un autre milieu, avec des formes et des résultats différents, que ce qu'ont été leurs mères; ils en sont comme un calque exact, mais de proportions agrandies.
Tel était l'homme qui dominait ma famille, par ses bienfaits, par soncaractère, par sa position, par l'éclat de sa vie.
En sa présence, toutes les passions se taisaient; toutes les opinions craignaient de se manifester, dans l'appréhension de froisser celle de ce sage stoïque ; il parlait et l'on écoutait respectueusement ; il ne donnait que rarement des avis ou des conseils, de peur de gêner l'indépendance des autres, et ne le faisait jamais que quand il le jugeait indispensable ; mais il les donnait avec une telle supériorité de raison, qu'ils étaient toujours suivis.
Il respectait en M. de Firzac la sécurité éprouvée de ses convictions et le courage dont il avait fait preuve à l'armée de Condé ; M. de Firzac était bien forcé de reconnaître une nature d'élite dans ce plébéien devenu son égal par sa position , et son supérieur par son titre de maréchal et de pair de France ; les deux nobles vieillards s'estimaient trop pour jamais chercher à se blesser, et par une convention tacite, ils évitaient en présence l'un de l'autre toutes les questions où ils eussent pu se froisser; dans la famille, chacun se faisait un devoir d'imiter leur sage réserve.
Tel était l'intérieur de ma famille , au moment de
ma naissance , tel il est encore à peu de chose près aujourd'hui.
Maintenant, chers lecteurs, que yous connaissez les diverses influences sous lesquelles j'ai été placé dès ma naissance, vous apprécierez mieux les causes qui déterminèrent les principaux événements de ma vie, et vous en jugerez plus sainement les résultats.
Désormais, j'entre personnellement en scène pour n'en plus sortir qu'à la dernière page de ce livre.