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Les confessions d'un révolutionnaire: pour servir à l'histoire de la

Qa*est-ce que le Gouvernement? Quel est son principe , son objet, son droit? Telle est irrcontestablement la première question que se pose Thomme politique.

Or, à cette question en apparence si simple, et dont la solution semble si facile, il se trouve que la foi seule peut répondre. La philosophie est aussi incapable de démontrer le Gouvernement que de prouver Dieu. L'Autorité, comme la Divinité, n'est point matière de savoir; c'est, je le répète, matière de foi.

Cet aperçu, si paradoxal au premier coup d*œil, et pourtant si vrai, mérite quelques développements. Nous allons essayer, sans aucun appareil scientifique, de nous faire comprendre. !

Le principal attribut, le trait signalétique tle notre espèce, après la Pensée, est la croyance, et, avant toutes choses, la croyance en Dieu. Parmi les philosophes, les uns voient dans cette foi à un Être supérieur une prérogative de l'humanité, d'autres n'y découvrent que sa faiblesse* Quoi qu'il en soit du mérite ou^ du démérite de la croyance à Tidée de Diee, il est certain que le début de toute spéculation métaphysique est un acte d'adoratioi2

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du Créateur : c'est ce que Thistoire de Tesprit humain, chez loos les Peuples, constate d'une manière invariable.

Mais qu'est-ce que Dieu? Voilà ce que demandent aussitôt, et d'un mouvement irrésistible, le croyant et le philosophe. Et, comme corollaire de cette première interrogation, ils se posent immédiatement celle-ci : Quelle est, de toutes les religions , la meilleure? En effet, s'il existe un Être supérieur à l'Humanité, il doit exister aussi un système de rapports entre cet Être et THumanité : quel est donc ce système? La recherche de la meilleure religion est le second pas que fait l'esprit humain dans la Raison et dans la Foi.

Â>cette double question, pas de réponse possible. La déGnition de la Divinité échappe à Tintelligence. L'Humanité a été tour à tour fétichiste, idolâtre, chrétienne et bouddhiste, juive et mahométane, déiste et panthéiste : elle a adoré tour à tour les plantes, les animaux, les astres, le ciel, l'âme du monde, et, finalement, elle-même : elle a erré de superstition en superstition, sans pouvoir saisir l'objet de sa croyance, sans parvenir à déterminer son Dieu. Le problème de l'essence et des attributs de Dieu et du culte qui lui convient, comme un piège tendu à son igaorance, tourmente THumanité dès son origine. Les Peuples se sont égorgés pour leurs idoles, la société s'est épuisée à l'élaboration de ses croyances, sans que la solution ait avancé d'un pas.

Le déiste, le panthéiste, comme le chrétien et l'idolâtre, est réduit à la foi pure. On dirait même, et c'est le seul progrès que nous ayons fait dans cette étude, qu'il répugne à la raison de connaître et de savoir Dieu : il ne nous est donné que d'y croire. Et c'est pour cela qu'à toutes les époques, et sous toutes les religions, il s'est reocoBtré un petit nombre d'hommes, plus hardii en apparence que les autres, qui, ne comprenant pas Dieu , ont pris le parti de le nier : on leur a donné le nom d'esprits forts ou à!alhée8.

Mais il est évident que l'athéisme est encore mo'ios logique que la foi. Le fait primitif, irréfragable, de la croyance spontanée à l'Être suprême subsistant toujours, et le problème que ce fait implique se posant inévitablement, Tathéisme ne pouvait être ac» cepté comme solution. Bien loin qu'il témoignât de la force de l'esprit, il ne prouvait que son désespoir. Aussi en est-il de

^ Tathéisme comme da suicide : il n'a été embrassé que par le trèsi ] petit nombre. Le Peuple Ta toujours eu en borreur. i Les choses étaient ainsi. L'Humanité semblait placée éternellement entre une question insoluble et une négation impossible, ' lorsque, sur la fin du dernier siècle» un philosophe, Kant, aussi remarquable par sa profonde piété, que par l'incomparable puissance de sa réflexion, s'avisa d*attaquer le problème théologique d'une façon toute nouvelle.

Il ne se demanda plus, comme tout le monde avait fait avant lui : Qu'est-ce que Dieu? et quelle est la vraie religion? D'une question de fait il fit une question de forme, et il se dit : D'où vient que je crois en Dieu ? Gomment, en vertu de quoi se produit : dans mon esprit cette idée? Quel en est le point de départ et le ; développement? Quelles sont ses transformations, et, au besoin, sa décroissance? Comment, enfin, est-ce que, dans l'âme reli« gieuse, les choses, les idées, se passent?

Tel fut le plan d'études que se proposa, sur Dieu et la Religion, le philosophe de Kœnigsberg. Renonçant à poursuivre davantage le contenu, ou la réalité de l'idée de Dieu, il se mit à faire, si j'ose ainsi dire, la biographie de cette idée. Au lieu de prendre, comme un anachorète, pour objet de ses méditations, l'être de Dieu, 11 analysa la foi en Dieu, telle que la lui offrait une période religieuse de six mille ans. En un mot, il considéra dans la religion, non plus une révélation externe et surnaturelle de l'Être infini, mais un phénomène de notre entendement.

Dès ce moment le charme fut rompu : le mystère de la religion fut révélé à la philosophie. Ce que nous cherchons et que nous -VOTONS en Dieu, comme parlait Malebranche, ce n'est point cet être, ou pour parler plus juste, cette entité chimérique, que notre laiagl nation agrandit sans cesse, et qui, par cela même qu'elle doit être tout d'après la notion que s'en fait notre esprit, ne peut dans la réalité être rien : c'est notre propre idéal, l'essence pure de l'Humanité.

I Ce que le théologien poursuit, à son insu, dans le dogme qu'il enseigne, ce ne sont pas les mystères de l'infini : ce sont les lois de uotre spontanéité collective et individuelle. L'ftme humaine ne ^'aperçoit point d'abord par la contemplation réfléchie de son moi, ainsi que l'entendent les psychologues; elto s'aperçoit hors d'elle-

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même, comme si elle était un être différent placé vis-à-Yis d*èUe : c*est cette image renversée qu'elle appelle Dieu.

Ainsi, la morale, la justice, Tordre, les lois, ne sont plus choses révélées d'en haut, imposées à notre libre arbitre par un soi-disant créateur, inconnu, inintelligible; ce sont choses qui nous sont propres et essentielles comme nos facultés et nos organes, comme < notre chair et notre sang. En deux mots : Religion et Société sont termes synonymes ; THomme est sacré pour lui-même conune s'il était Dieu. Le Catholicisme et le Socialisme, identiques pour le fond, ne dififôrent que par la forme : ainsi s'expliquent à la fois, et le fait primitif de la croyance en Dieu, et le progrès irrécusable des religions.

Or, ce que Kant a fait il y a près de soixante ans pour la Religion; ce qu'il avait fait auparavant pour la Certitude; ce que d'autres avant lui avaient essayé pour le Bonheur ou le Souverain Bien, la Voix du Peuple (d) se propose de l'entreprendre pour la Gouvernement.

' Après la croyance à Dieu, celle qui occupe le plus de place dans la pensée générale est la croyance à l'Autorité. Partout où il existe des hommes groupés en société, on retrouve, avec le rudiment d'une religion, le rudiment d'un pouvoir, l'embryon d*un gouvernement. Ce fait est aussi primitif, aussi universel , aussi irrécusable que celui des religions.

Mais qu'est-ce que le Pouvoir, et quelle est la meilleure forme de Gouvernement? car il est clair que si nous parvenions à connalire l'essence et les attributs du pouvoir, noi^s saurions da même coup quelle est la meilleure forme à lui donner, quelle est, de toutes les constitutions, la plus parfaite. Nous aurions de la sorte résolu l'un des deux grands problèmes posés par la Révolution ie Février : nous aurions résolu le problème politique, priflcipe, moyen ou but, — nous ne préjugeons rien, — de la réforme économique.

(1) La Voix du Peuple ayant été supprimée, après quelques mois d*exi8tence, par autorité de police et force des baïonnettes, les études que c« tournai avait promises à ses lecteurs ont été nécessairement ajournées. Une première publication vient d'en être faite sous ce titre ; Idée gêné' raie de la Révolution au 19< siècle. Un vol. in-18, anglais. Paris» Joli* tetiBSil, Garnier frères.

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Eh bien! sur le GouTernement comme sur la RellgiOQ , «a coni troYerse dure depuis Torigine des sociétés^ et avec aussi peu de f succès. Autant de gouvernements que de religions, autant de î théories politiques que de systèmes de philosophie : c'est-à-dire, r'.pas de solution. Plus de deux mille ans avant Montesquieu et Mar . chiavel, Âristote, recueiUant les définitions diverses du gouverne- \ ment, le distinguait suivant ses formes : patriarchies, démocraties, r oligarchies, aristocraties, monarchies absolues, monarchies constitutionnelles, théocraties, républiques fédératives, etc. H déclarait, en un mot, le problème insoluble. Aristote, en matière de gou- Temement, comme en matière de religion, était sceptique. Il n'avait de foi ni en Dieu ni à TÉtat.

Et nous qui, en soixante années, avons usé sept ou huit espèces [ de gouvernements; qui, à peine entrés en République,. sommes "- déjà las de notre Constitution; nous, pour qui l'exercice du pou- : Yoir n'a été, depuis la conquête des Gaules par Jules César jusqu'au ministère des frères Barrot, que la pratique de l'oppression \ et de l'arbitraire; nous enfin qui assistons en ce moment aux saturnales des gouvernements de TEurope, avons-nous donc plus de foi qu' Aristote? N'est-il pas temps que nous sortions de cette malheureuse ornière, et qu'au lieu de nous épuiser davantage à ' la recherche du meilleur gouvernement, de la meilleure organisation à faire de l'idée politique, nous posions la. question, non plus sur la réalité, mais sur la légitimité de cette idée?

Pourquoi croyons-nous au Gouvernement? D*où vient, dansja société humaine, cette idée d'Autorité, de Pouvoir; cette fiction d'une Personne supérieure, appelée l'État?

Comment se produit cette fiction? Comment est-ce qu'elle se développe? Quelle est sa loi d'évolution, son économie?

N'en serait-il point du Gouvernement comme de Dieu et de l'Absolu, qui ont si longtemps et si infructueusement occupé les philosophes? Ne serait-ce pas encore une des conceptions primogènes de notre entendement, auxquelles nous donnons à tort le Bom d'idées, et qui, sans réalité, sans réalisation possible, n'expriment qu'un indéfini, n'ont d'essence que l'arbitraire?

Et puisque, relativement à Dieu et à la Religion, Ton a trouvé déjà, par l'analyse philosophique, que sous l'allégorie de ses mythes religieux, l'Humanité ne poursuit autre chose que son

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propre idéal» ne pourrions-nous chercher encore ce qu'elle ireat sous rallégorie de ses mylhes politiques? Car enfio, les iostitationa politiques, si différentes, si contradictoires, n'existent ni par elles-mêmes, ni pour elles-mêmes; ainsi que les cultes, elles ne sont point essentielles à la société, ce sont des formules oa combinaisons hypothétiques, au moyen desquelles la civilisation se maintient dans une apparence d'ordre, ou pour mieux dire, cherche l'ordre. Quel est donc, encore une fois, le sens caché de ces institutions, le but réel où Yient s'évanouir le concept politique, la notion du gouvernement?

En deux mots, au lieu de voir dans le gouvernement, avec les absolutistes, l'organe et l'expression de la société; avec les doc^ trinaires, un instrument d'ordre, ou plutôt de police; avec les radicaux, un moyen de révolution : essayons d'y voir simplement un phénomène de la vie collective, la représentation externe de notre droit, Téducation de quelqu'une de nos facultés. Qui sait si nous ne découvrirons point alors que toutes ces formules gouvernementales, pour lesquelles les Peuples et les citoyens s'entr*égorgent depuis soixante siècles, ne sont qu'une fantasmagorie de notre esprit, que le premier devoir d'une raison libre est de renvoyer aux musées et aux bibliothèques?

Telle est la question posée et résolue dans les Confessions d'us Révolutionnaire^ et dont la Voix du peuple se propose, à l'aide des faits que lui fournissent et le pouvoir et les partis qui se le disputent, de donner jour par jour le commentaire.

De même que la Religion, le Gouvernement est une manifestation de la spontanéité sociale, une préparation de l'Humanité à un état supérieur.

Ce que l'Humanité cherche dans la Religion et qu'elle appelle Dieu, c'est elle-même. '

Ce que le citoyen cherche dans le Gouvernement et qu'il nomme Roi^ Empereur ou Président^ c'est lui-même aussi» c'est la Liberté.

Hors de rpumanité, point de Dieu; le concept théologique n'a pas de sens : — - Hors de la Liberté, point de Gouvernement; le concept politique est sans valeur.

La meilleure forme de Gouvernement, comme la plus parfaite

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des religions, prise au sens littéral, est une idée contradictoire. Le problème n'est pas de savoir comment nous serons le mieux gouvernés, mais comment nous serons le plus libres» La liberté adéquate et identique à Tordre, voilà tout ce que contiennent de réelle pouvoir et la politique. Comment se constitue cette liberté absolue, synonyme d'ordre? voilà ce que nous enseignera l'analyse des différentes formules de l'autorité. Pour tout le reste, nous n'admettons pas plus le gouvernement de l'homme pal l'homme, que l'exploitation de l'homme par l'homme.,.

Ainsi, la marche que nous nous proposons de suivre, en trai< tant la question politique et en préparant les matériaux d'une révision constitutionnelle, sera la même que nous avons suivie jus* qu'à ce jour en traitant la question sociale, la Voix du Peuple^ 9Q complétant l'œuvre des deux journaux ses prédécesseurs, ser^ fidèle à leurs errements.

Que disions-nous, dans ces deux feuilles, tombées Tune après Tautre sous les coups de la réaction et de l'état de siège?

Nous ne demandions point, comme l'avaient fait jusqu'alors nos devanciers et nos confrères :

Quel est le meilleur système de communauté? la meilleure organisation de la propriété? Ou bien encore : Lequel vaut mieux da la propriété ou de la communauté? de la théorie de Saint- Simon ou de celle de Fourier? du système de Louis Blanc ou de celui de Gabet?

A l'exemple de Kant, nous posions ainsi la question :

Gomment est-ce que l'homme possède? Comment s'acquiert la propriété? Gomment se perd-elle? Quelle est la loi de son évolution et de sa transformation.^ Où va-t-elle? Que veut-elle? Que représente-t-elle, enfin? Car il appert suffisamment, par le mé* lange indissoluble de biens et de maux qui l'accompagnent, par l'arbitraire qui fait son essence (jus utendi et abutendi) et qui est la condition sine quâ non de son intégralité, qu'elle n'est encore, de même que la Religion et le Gouvernement, qu'une hypothèse, ou mieux, une hypolypose de la Société, c'i5st-à-dire une repré- * sentation allégorique d'une conception de notre intelligence.

Gomment, ensuite, est-ce que l'homme travaille? Comment s'établit la comparaison des produits? Comment s'opère la circulation dans la société? A quelles conditions? Suivant quelles lois?

s PRÉFACE

Et la conclusion de toute cette monographie de la propriété a été celle-ci :

La propriété indique fonction ou attribution ; la communauté, réciprocité d'action : rusure, toujours décroissante, identité du travail et du capital.

Pour opérer le dégagement et la réalisation de tous ces termes, jusqu'à présent enveloppés sous les vieux symboles propriétaires, que faut-il? Que les travailleurs se garantissent les uns aux autres le travail et le débouché; à cette fin, qu*ils acceptent, comme monnaie, leurs obligations réciproques.

Eh bien I nous disons aujourd'hui :

La liberté politique résultera pour nous, comme la liberté industrielle, de notre mutuelle garantie. C'est en nous garantissant les uns aux autres la liberté, que nous nous passerons de ce gouvernement, dont la destination est de symboliser la devise républicaine : Liberté^ Êgaliié, Fraternité^ laissant à notre intelligence le soin d'en trouver la réalisation. Or, quelle est la formule de cette garantie politique et libérale? présentement, le suffrage universel, plus tard, le libre contrat...

Réforme économique et sociale, par la garantie mutuelle du crédit;

Réforme politique, par la transaction des libertés individuelles;

Tel est le programme de la Voix du Peuple.

La Bévolution marche^ s^écriait hier, à propos du message de Louis Bonaparte, une feuille absolutiste. Ces geps-là ne voient la Révolution que dans les catastrophes et les coups d'État. Nous disons à notre tour : Oui, la Révolution marche, car elle a trouvé des interprètes. Nos forces peuvent faillir à la tâche : notre dévouement, jamais 1

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