‹ Les confessions d'un révolutionnaire pour servir à l'histoire de la Révolution de Février (volume 2)Chapitre 3 sur 13 · V. —'BSSO-aSdtS : Cos'j’sipiâo!» goiavci'iic · texte numérisé non relu

V. —'BSSO-aSdtS : Cos'j’sipiâo!» goiavci'iic

HSCIStuJC.

Le gouvernement (le Louis-Philippe est l’un dits plus curieux épisodes do cette longue période histori(jue, oîi l’on voit les nations, abandonnées à leur instinct providentiel, errer au hasard dans le laiiyrinthe de leurs ulopies.

'l’oulos les haines se'sont coalisées contre ce règne mémorable, tous les outrages lui ont été prodigués. J’essaierai de rétablir les faits sous leur véritable jour, et de venger l’hnimnc ([ni fut sur le trône, après Bonaparte, l’instrument le plus actif et le plus intelligent de la llévolulion.

Le jirincipe du gouverneraent do Juillet, fondé par et [lour la classe moyenne, était donc la propriété, le capital. Sous une forme raoriarchiquo, l’essoncc de ce gouvernement était la bancocratie. C’est ce qu’a exiirimé le plus spirituel des écrivains socialistes, M. ..’fousscnel, dans le titre do son curieux ouvrage ; Les Juifs, rois de l’époque.

Tout gouvernement tend à développer son principe : celui de Juillet ne pouvait faillir ai cette loi; Le législateur de 1830, le Capital, avait dit, comme l’Isis égyptienne : « Je suis tout ce qui est, tout ce qui fut, tout ce qui sera..Rien n’existe que par moi, et nul n’a jusqu’ici levé mon voile.» Fidèle à son origine, rapportant tout à son principe, le gouverne-, ment, se mit donc à ronger et s’assimiler ce qui' restait des institutions, des idées d’autrefois. Ce fut la tâclie de Louis-Philippe, dont le génie, franc de scrupules, accomplit cette œiivrc de dissolution, prélude de la grande palingénésie du xix® siècle.

Attaqué à la fois dans son origine, dans sa jKilitique, dans sa moralité, le gouvernement de Louis-Philippe a épuisé la haine et le mépris du peuple.-Et cependant, l’équitalde histoire dira que jamais règne ne fut mieux rempli , par conséquent plus l^itirae, plus irréprochable que celui de Louis-Philippe.

Et d’alwrd, Louis-Philippe est le véritable représentant de Juillet. Qui avait fait les trois journées?—Le peuple, disent la républicains.

—Oui, comme les soldats de Bonaparte avaient fait Slarengo. Les masses populaires ne fm-ent en Judlet que la indice de la bourgeoisie ; celle-ci seule avait jnéparé pendant quinze ans et organisé la rictoire à elle seule appartenait de disposer de la victoire. Que parle-t-ûii ici du-suffrage jiopulaire? Si l’on avait consulté le peuple sur le choix du prince, dès-lors qu’après avoir changé le principe de la Charte on en consen'ait la forme, il est clair que le peuple, jiou'r qui la forme emporte le fond, eût choisi Uenri Y. Tout autre candidat eût été à ses yeux illégitime. Mais les choses ne se pouvaient passer ainsi : ce n’était pas seulement la Charte de 1814 qu’on avait à venger, c’était un principe nouveau qu’il s’agissait de faire représenter au pouvoir; et ceux-là seuls qui avaient inauguré le prmcipc avaient qualité pour en choisir le représentant. Le peuple ne pouvait être consulté dans cette affaire, et ce fut un bonheur pour la Révolution. C’était une nécessité que le gouvernement des intérêts parût à son tour ; ois^jamais le peuple n’eùt consenti à jirendre le vean d’or ponr son dieu ; jamais dans le proxénète des malthusiens, les féaux de la légitimité n’eussent reconnu leur roi. Quant au])arti républicain, ses protestations étaient d’autant moins-fondées qu’elles s’attaquaient au principe même du nouveau gouvernement, à l’œuvre fatale de Louis-Philippe. Louis-Philijipe était le seul homme qui,pût accepter le fardeau des iniquités de Juillet ; ou il faut nier la légitimité des rjhrieuses; ou bien, si l’on accepte la transition, il faut admettre la légitimité du roi bourgeois.

Quaut à la politique de Louis-Philippe, à la pensée du rlÿne, il est encore plus facile de la justifier. Négligez les détails, et ne vous occupez, comme l’enseigne M. Guizot, qiie des faits es¬

sentiels, de ceux qui font la grande politique.

Quellefmse proposait la bourgeoisie en 1830, lorsqu’elle établit, dans sa vérité, le régime constitutionnel , objet do ses vœux depuis un demi-siècle? cherchez bien, et vous verrez que, derri’ere cette forme politique, nécessaire comme transition aux destinées de là France, la bourgeoisie n’a rien voulu, rien prévu; vous verrez que la Charte n’a été pour elle qu’une grmide négation.

La bourgeoisie ne savait pas en 1830, elle ne sait pas encore en 1849, ce qu’elle poursuivait à travere sa Charte réformée et son gouvernement représentatif : elle sait seulement, et très bien, ce dont elle ne voulait jias.

La bourgeoisie ne voulait pas d’une monarchie légitime, issue d’un autre principe que de sa volonté ; cette monarchie, elle venait de l’exclure par un coup d’état.

Elle SC souciait peu d’une République classique ou romantique, à la mode des Grecs et des Romains, ou telle encore qu’on voulut la faire après février.

Elle n’aimait pas les jésuites, entendant jiar jésuites aussi bien les gallicans ([ue les ultramontains. Pour elle, le janséniste n’est qu’une variété du'jésuite r si elle admirait Bossuet, son cœur était à Voltaire. Elle tolérait le culte et le salariait ; mais, comme si elle eût refusé d’entrer en part avec Dieu, elle avait mis la religion hors la loi.

Elle ne sonllrait ni noblesse, ni aristocratie, pas d’autre hiérarchie que celle des emplois et des fortunes, conquises à la pointe du travail.

Elle a prouvé enfin, en mainte circonstance, qu’elle ne se souciait ni de réglementation, ni de corporation, ni de communisme; elle n’accepte pas même le libre échange. Le libre échange, aux yeux d’un conservateur, est une des mille faces du socialisme.

Que veut-elle donc cette bourgeoisie cauteleuse, tracassière, ingouvernable?'Püur peilque vous la pressiez de répondre, elle vous (lira qu’elle veut des affaires-, elle fait bon marché (lu reste. Des opinions et des partis, elle s’en raille; de la religion, nous savons ce qu’elle'' pense; son régime représentatif, pour lequel elle a tant combattu, lui fait pitié. Ce que veut, ce que demande la bourgeoisie, c’est le bienêtre, le luxe, les jouissances, c’est de gagner de l’argent.

Et le peuple, sur tous ces points, est de l’avis de la bourgeoisie. Lui aussi prétend avoir sa part de bien-être, de jouissance et do luxe; il veut, en un mot, être libre, prêt, à celte condition, à croire ce que l’on voudra en religion comme en politique.

Eh bien! la mission de Louis-Philippe, mission qui lui a été donnée par le pacte de 1830, a été de faire prédominer l’idée bourgeoise, c’est-à-dire, entendons-nous ! — non pas d’assurer à ceux-ci le travail, à ceux-là le profit, à tous le bien-être; non pas d’ouvrir des dé-

boucliés au coramerce, et de se faire le pourvoyeur d’affaires du pays : c’eût été résoudre le problème social ;—mais de propager la morale de l’intérét, d’inoculer à toutes les classes rindillcrenco politique cl religieuse, et, par la ruine des partis; par la dépravation des consciences, de creuser les fondemens d’une société nouvelle, do forcer, pour ainsi dire, une révolution arrêtée dans les conseils de la destinée, mais que la société contemporaine n’acceptait pas.

Oui, IL LE fall.ut; cl c’csl vous, dynastiques de toutes les nuances, qui l’avez voulu! Ah!

vous reculez devant cet allrcux système : j’adli'ere pleinement et sans résci'vc à l’inexorable gouvoriieraent de Louis-Plnlippc.

De bonne foi, de quoi voulez-vous que s’occupfd un roi à qui ses commeltaus avaient dit ; Tu seras le corrupteur de notre génération ; et qui, par un accord admirable de la nature et de la polititiue, semblait créé tout exprès pour une pareille épocjue? Comment ci'd-il résisté à ses avides solliciteurs, attendant de lui Taubainc, comme les petits oiseaux attendent de leur mère la becquée? Comment serait-il demeuré sans pitié pour ces âmes altérées de vice, que l’aspect de la vertu faisidt soulfrir comme un purgatoire?

Placez-vous au point de vue dit pouvoir de juillet; remémorez en vous-méme les institutions et les idées qui avaient formé jusqu’alors ' le capital moral do la société, qui coiiqiosaient, si j’ose.ainsi dire, l’armure des consciences ; vous n’y trouverez rien qui méritât la considération du chef d(! l’État, rien qui valût de la part des citoyens la soulfranco d’une piqûre, le sacrifice de la plus petite jouissance.

Est-ce le préjugé religieux, la dignité monarchique qui vous arrête?—Mais, lisez donc Châteaubriand, il n’est pas de royaliste qui no sourie en pensant à ses rois, pas deebrétien qui croie à l’éternité des peines, et (|ui no , trouve d’ailleurs que l’ascétisme afai tsontenqis.

Est-ce la sainteté de la justice, la pureté de la morale ? — Mais il n’y a ]ilus ni morale, ni justice; il n’y a point de certitude du droit et du devoir : le juste et-Tinjuslo sont confondus, indiscernables, .le vous défie do me dire en quoi consiste l’outi'age aux mœurs, l’adultère, le parjure, le vol, la banqueroute et l’assassinat; de me définir l’usure, l’accaparement, la coalition, la concussion, la corruption de fonctionnaires, la fausse monnaie •. arec la liberté des feuilletons, des discours, des tableaux, dos danses; avec la liberté du commerce et do l’industrie; avec la variabilité des valeurs et la vénalité des charges ; avec les circonstances atténuantes; avec la liberté d’association, de circulation, de donation; avec le travailleur libre et la femme libre 1 Non que je veuille, pronez-y garde, inculper la liberté; je disseulement que, sous la Charte de 1830, notre liberté, n’ayant ni lest ni boussole, est celle de tous les crimes, et

notre ordre social une parfaite dissolution.

Est-ce du moins le resi)ect des formes constitutionnelles, la fidélité aux convictions/]ioliliques? Jfais quiest-ce que la polilic|ue, avec le capital pour souverain? Un spectacle d’ombres chinoises, une danse des morts.‘Sur quoi, je vous prie, peuvent porter des o]nuions et des votes? Sur des questions de justice répartitive et distributive, de morale publique, de police, d’administration, de propriété. Or, allez nu fuml ; vous trouverez que la libre pensée a tout disséqué, tout détruit ; que le chaos est partout, de quelque, coté qu’on se tourne, si bien enfin, cpie jiour conserver un reste de paix et d’ordre dans ce monde ébranlé, il n’est plus de ressource que l’arbitraire. Dans cette incertitude, où la rélloxion n’indique rationnellement aucun choix, où la logique iironvc ((ne le blanc et le noir sont égaux, qui vous décidera, si ce n’est votre intérêt?

Laissez donc faire, laissez passer tout le monde et tontes choses, et conteniez-vous d’essuyer vos éclalioussurcs. Ni chrétien, ni juif: ni'royalisle, ni démocrate; ni académicien, ni romantique; Chacun chez soi, chacun pour soi; Dieu, c’est-à-dire la Fortune, pour tous, et riulolérancc seulement pour les intolériins.

Celui-là seul est mauvais citoyen, qui ne sait vivre dans un milieu où il y a place honorable même pour les voleurs et les prostituées.

Voilà la ligue inlloxible, providentielle, que prosci-ivait do suivre au monar(|Ke la Ciiarte de 1830. Produit d’une série révolutionnaire, cctteCharlo était comme un jugement (h; Némésis, nous condamnant à boire la ciguë, Louis- Philippe n’a fait autre chose que nous présenter la-cou]ic : jadis le rôle do bourreau faisait partie des (irérogalives royales.

De tous les re)U' 0 ches qu’ou a faits au gouvernement do Louis-Philippe, un seul, (leulêtro, serait justifié ; c’est celui qu’adressait au ministère Molé, si je ne me trompe, l’opposition ’i’liicrs-Barrot. « Nous ferions les mêmes choses que vous, disaient-ils, mais nous les ferions mieux que vous ! » —Cela se comprend : le système admis, le débat ne roule plus([ue sur fexéeution. Louis-Phili|i)ie a mis dix-huit ans à démoraliser la Franco ; c’est trop longlem|is. 11 en a coûté pour cela au (lays, chaque année, 1,500 millions ; c’csl trop cher. Quel malheur que M. Odilon Barrot n’ait été fait ministre que sous la République !

Qu’avâieul-ils donc à reproclicr à l’homme selon leur cœur, cos parangons de vertu et d’honneur, ces iiolilitjues à principes; quand ils l’accusaient de faire le jésuite et d’être athée ; de parler tour à tour conservation et révolution; do s’encanailler avec la roture, et de caresser les nobles; de livrer l’enfance aux ignoranlins, et de laisser la jeunesse des colleges sans foi ; do conspirer avec les rois, et do s’être fait exclure de la Sainte-Alliance?

Ne pouvait- ,1 leur réimndre ;

Les contradiclions de ma politique en sont la justification. Qu’est-ce que Dieu, d’après TOuSj mes maîtres? un motj ^le peuple? un esclave;—la royauté? une ruine;—la Charte?

une négation ; — la Révolution? une momie.

Qu’êtes-vous vous-mêmes? des sépulcres recrépis. Hypocrites, vous me livrez au mépris et à la haine, parce que j’ai dévoilé votre secret ! Ah! vous pleurez votre religion perdue! Pourquoi donc avez-vous chassé Charles X? Vous pleurez votre gloire llétrie! Pouiquoi avez-vous trahi l’Empereur? Vous pleurez votre vertu républicaine! Pourquoi avez-vous égorgé Robespierre? Vous gémissez sur votre monarchie humiliée, jadis si noble et si populaire! Pourquoi avez-vous détrôné Louis X\l? pourquoi, après l’avoir détrôné, l’avez-vous lâchement condamné à mort, à la majorité de cinq voix?

Vous me reprochez de ne rién faire pour le peuple ! Pourquoi avez-vous fusillé îlahœuf?... Doctrinaires sans pudeur, malthusiens égoïstes, Imrgeois ingrats! Vous accusez la corruption de mon règne, et vous m’avez fait trôner sur lu fumier ! D ne vous reste plus (pi’à,vou3 étrangler vous-mêmes en ma personne. Achevez votre ouvrage. Mais, auparavant, sachez qui vous êtes, et vous connaîtrez qui je suis.

On a dit que la Révolution de février avait été la Révolutioa du mépris. Cela est vrai : mais qui ne voit que là est précisément le secret do la menoilleuse destinée de Louis-Philippe?

Comme, il devait arriver au corrupteur de tous les principes, I,ouis-Philippe fut le plus haï, le plus méprisé de tous les princes, d’autant plus inéiirisé. d’autant plus haï, qu’il eut une plus haute intelligence de sou mandat.

Louis XW régna par l’idohUrie de sa personne; César et Bonaparte, par l’admiration ; Sylla et Robespierre, itar la terreur ; les Bourbons, pr la réaction de l'Europe contre la conquête impériale.

Louis-Philippe est le premier, le seul qui ait régné par le mépris.

Est-ce que Casimir Périer estimait Louis- Philippe? Et Lafavette, et Laffitte, et Dupont (de l’Eure), l’aimaient-ils? Je ne parle pas des TallejTand, des Thiers, des Dupin, desGuizot,ni de tous les autres, qui avaient été ou qui voulaient être ses ministres ; ils ressemblaient trop au ptron pour avoir une haute opinion de lui., Mais vit-on jamais, par exemple, les académiciens, dans leure séances, faire l’éloge de Louis- PhUippe, comme ils célébrèrent la gloire du grand roi et du grand empereur? Vit-on, au théâtre, les aeteure le complimenter ; les pÆtres, à l’église, le prêcher : les magistrats le célébrer dans leurs mereuriSés?.. Et pom-tant ces hommes, dont les plus honorables étaient au fond du cœur de sincères républicains, s’étaient réunis pour porter sur le pavois Louis-Philippe; et, tout en lé maudissant, ils s’olistinaient à le soutenir; Lafayette avait dit de lui : C'esi la mMeure des Bépubligm! Laffitte lui sacrifia sa

fortune, O. Barrot sa jwpularité,,Mîl. Tliiers et Guizot leurs plus intimes convictions. Dupont (de l’Euro) demanda-pour lui une liste civile de 18 millions; Casimir périer se fit tuer sur la brèche, emportant dans la tombe l’exécration des républicains et des Polonais. Me direz-vous la raison, de tant de dévofnnent uni à tant de haine?

Comme au 18 brumaire, pour assurer la révolution chancelante, il avait fallu un homme : de même, en 1830, pour faire pourrir le vieux monde, il fallait encore un.homme. Louis- Philippe fut cet homme-là.

Examinez-le de près : il est naïvement, consciencieusement corrupteur. Au-dessus hiiniêmo do la calomnie, sans reproche dans sa vie privée, corrupteur mais non ]ias corrompu, il sait ce qu’il veut et ce qu’il fait, l.ui abominable destin l’appèllo ; il obéit. 11 poursuit sa tâche avec dévoùment, avec bonheur, sans qu’aucune loi divine ou humaine, sans qu’aucun remords le trouble. 11 tient en inain la clef des consciences : aucune volonté ne lui résiste. A l’iiomine politique qui lui parle des vœux du pays, il oIVre une bouise pour son üls; au prêtre qui l’entretient des besoins de l’Église, il demande combien il a de maîtresses. Los consciences tombent devant lui par milliers, comme les soldats tomiwient sur le champ de bataille devant Napoléon : et ni l’empereur n’était touché de ce carnage, ni Louis-Philippe n’est ému de la perdition de ces âmes. Napoléon, dominé par une fatalité qu’il sentait sans la comprendre, put donner de sang-froid le signal qui précipita des millions d’hommes dans'le trépas: fut-il pour cola un Néron ou un Dorniticn? Ainsi Louis-Philippe, père de liunille sévère dans son intérieur, maître de lui-même, a fait un parie avec l’enfer pour la damnation de son pays :

il reste- sans reproche devant Dieu et devant les hommes.

Que les misérables qu’il corrompt abjurent, pour un brevet, pourune place, ce iiu'ils croient encore être la vertu, la justice et l’honneur : à eux riinmoralité, la honte.

Mais lui, le chef de l’r.tat, le représentant de la société, l’instrument de la Providence, on quoi est-il immoral? La morale, pour lui, n’est-ce pas de sacrifier au progrès ces âmes cadavéreuses? n’est-ce pas de procurer, per p/s vi nefas, l’accomplissement des destinées?

La philosophie et l’histoire enseignent que la morale, inaltérable dans son essence, est changeante dans sa forme. Chez les chrétiens, la morale fut d’abord de donner ses biens à la conmuinauté ; plus tard, de verser son sang en preuve de la réalité d’un mythe; puis elle consista à exterminer, par le fer et par le feu. Sarrasins , hérétiques et communistes. En 93, la morale fut la haine de la royauté: dix ans après, c’était la haine de la démocratie : cinq millions de suffrages ont prouvé que telle était alore l’opinion de la France.

D'UN REVOLUTIONNAffiE. 17

Maintenant que la religion est eu plein discrédit, la philosophie indécise; que la souveraineté nationale, représentée par des mandataires plus ou moins véridiques, trébuchocommè un paysan ivre : tout est confondu en morale, tout est redevenu arbitraire et de nulle valeur, hors un point, qui est de Inen vivre et d’amasser de l’argent. La morale, voyez-vous, c’est de n’avoir qu’nne femme légitime, à peine des galères, et vingt maitressos, si vous pouvez les nourrir; la morale, c’est de vous battre en duel, à peine d’infamie, et de ne pas vons battre, à peine de la cour d’assises ; la morale, c’est de vous procurer le luxe et les jouissances (voir le progi'aniine de l’Académie des sciences morales et politiques pour l’année ISVG) à tout ])rix, sauf à échapper aux cas prévus dans le Code pénal. Mon plaisir, c’est ma loi, je n’en connais point d'autre, l’our cpie nous retrouvions une morale positive et. obligatoire, il faut que la société se reconstruise do fond en comble; et pour qu’elle se reconstruise, il faut ([u’elle se démolisse. Comment, encore une fois, le prince, pourvoyeur de celte grande révolution, serait-il coupable d’immoralité, parce qu’il travaille courageusement à la seule chose nécessaire et en ce moment i)ossiblc, au discrédit des vieux préjugés, à la décomposition sociale?

Qu’ondaignedonçse souvenir que, dans l’humanité, les raisons, ce ne sont point paroles, mais faits et gestes ; que la démonstration est expérience, que le noumène est |ibénomèno.

Louis-l’bilippe a reçu mission de démontrer que le système constitutionnel est la négation des négations,unosuprème utopie, comme l’empire et la légitimité. Homme d’état, bommo pratique avant tout, il ne raisonne pas, il agit. 11 attaque le principe parlementaire par les inlliienccs-, il tue le principe monarchique par une ridicule exhibition, la royauté bourgeoise, la seule c|ue comportât le siècle. Même méthode |iour le catholicisme. A quoi servent au peuple, qui ne lit pas, l’Encyclopédie, Voltaire, llousseau, Dupuis, Volncy, Lessing, Kant, Hegel, Strauss, Feuerbach? Un million de volumes no désabusent pas, en un siècle, quatre mille lecteurs : la Providence s’y jri'end autrement. Elle met en opposition la religion et l’intérêt; elle attatiue la foi par l’égoïsme : et la démonstration est faite.

Osons le dire ; riiomme moral,parce fpi’il fut riiommo de l’époque, ce fut Louis-Philippe.

N'ayons peur do ce mot de corruption, si terrible à nos consciences malsaines : la corruption fut toute la moralité du gouvernement do juillet. LaCbartcl’avaitainsi voulu; laProvidence nous en avait donné de toute éternité le précepte.

Louis-Philippe est le seul homme en Europe t|ui, depuis dix-neuf ans, ait été constamment dans son rôle : aussi, tout lui a réussi. 11 a échappé aux halles des régicides, aveugles dans leurs pensées et incertains de leurs coui» ; il a vaincu les factions et les intrigues; odieux à

toutes, il les foula aux pieds, il défia leur audace. Faible lui-même, comme souverain et comme prince dépourvu de prestige, il n’en a •pas moins été l’homme fatidique, celui que le monde a adoré ; l'antagonisme des principes qu’il combattait fit sa force.

Qu’il faut de petitesse pour no pas comprendre ce qu'un tel rôle eut do profond et de grand ! Quoi ! Louis-Phili|)po est un méprisable fourbe, un avare ignoble, une âme sans foi, un génie médiocre, un bourgeois égoïste, un parleur insipide; son gouvernement, s’il est possible, est encore au-dessous de lui. Ses ministres l’avouent ; ses ex-ministres le répandent; la France le sait; le gamin de Paris le répète ; personne, personne 1 n’a pour lui une parole d’estime. Lafoyctte, Dupont (de l’Eure), Laffitte, G. Périer, ont dit de lui tour à tour, empruntant pour le peindre le langage des

halles : Le b . nous trompe ! Et cela a duré

dix-huit ans ! Tout ce qu’il y eut en France de généreux, de vital, d’hérokiue, s’est pulvérisé devant celle inllucnce dévastatrice ; tout a été gangrené, la corruption nous est sortie par le nez cl par les oreilles; et, pendant di.v-huitans, la France ne s’est point émue. Et aujourd’hui C[u’il csLlombé, aujourd’hui que la llüpublique a écrasé l’infdme, la France le regrette encore ! Est-ce donc que tout ne serait pas fini?... Non, pour riionneurdc ma patrie, pour le respect du nom français, je ne puis croire à une telle puissance ilu mal. Get homme que vous chargez de vos iniquités, que vous accusez de vos misères, n’est à mes yeux que l’Attila des fausses consciences, le dernier fléau de la justice révolutionnaire.

Priser les caractères, ruiner les convictions, ramener tout au positivisme mercantile, tout à l’argent, jusqu’au jour où une théorie de l’argent signalerait l’heure et le principe de la résurrection ; ce fut l’œuvre do Louis-Philippe, c’est sa gloii'o. Ce que je vois reprocher à Louis- Philippe do petitesse do vues, de ruse mesquine, do trivialité, de commérage, de goût fanx, do faconde creuse, de ]ilnlanlhropic hypocondro, de complaisances bigotes, tout ce'la me ])araîl sublime d’ironie cl d'à-propos. Que voulez-vous de plus écrasant pour votre régime parlementaire et bavard, que ces discours de la couronne qui ne disent rien, précisément parce (pie (les légistaleurs à 500 comme à 25 francs, n’ont et ne peuvent avoir rien là dire ?

La vie do Louis-Philippe serait incomplète ; il aurait manqué quelque chose à son règne, s’il n’eût pas à la fin trouvé un ministre digne de lui. Ce fut M. Gui'zol, duquel, au témoignage de ses ennemis et de ses rivaux, nulle passion n'approcha jamais, si ce n’est celle du pouvoir. Comme son maître, pur au milieu de la tourbe de ses victimes, ce grand corrupteur pouvait s’appliquer la parole du psalmiste : Non appropinguabil ad me malum, la corruption no vient pas jusqu’à mot. Seul il connut la pensée du

règne, seul il fut l’ami de Louis-Pliilippe, comme Apémantus était l’ami de Timon.—Oui, tu fus sublime, 6 grand ministre, o grand homme, quand, au banquet de Lisieux, tu osas révéler le secret de ton pouvoir dans un toast à la corruption. Oui. ces légitimistes, ces radicaux, ces puritains deTopixisition. ces jésuites, ces économistes, c'est une vile canaille, esclave de ses sens et de son oigueil. et dont tu sttvais bien qu'avec un peu d'or tu aurais toujours son. Os moralistes smil les amans de vieilles courtisanes; ces artistes sont des artisans de luiê et de luxure ; le tlot de leur impureté passe à tes pieds et ne les souille p( dut. Ces prétendus proCTessistes. qui n'ont pas le courage de leur vénalité, tu l'as dit. ils ne se connaisseid nas! Mais toi. tu Ifs connais, tu sais le tarif do leur vertu; et s'ils font si-mblant de te renier, j tu t’en léjouis éiii-ore ; ils ont atteint a rap( du crime; c.' sont des corrompus de ii.

il faut ipie la corruption, si elle fut |

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