‹ Les confessions de FréronChapitre 107 sur 189 · lijif/., 17Ô9, tome I, pages 318 et · texte numérisé non relu

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CRITIQUE LITTERAIRE. 'i5i

La promptitude ou la facilité du travail et le mérite intrinsèque d'un ouvrage ne peuvent se compenser mutuellement. Le génie se mesure à ses productions et non au plus ou au moins de temps qu'on y met.

11 est vrai que la facilité d'écrire est elle-même un talent, et qu'à des productions égales celui qui remplit sa tâche en peu de mois, a l'avantage sur celui qui y consumerait des années.

Un écrivain chez qui l'imagination domine, travaillera avec rapidité; il aura du brillant, de belles images, de grands traits, jamais de ces beautés exquises qui demandent de la réflexion et du choix; un autre qui aura plus de goût, de jugement, de délicatesse, que de fertilité, de feu, d'invention, de vigueur d'esprit, composera des ouvrages qui auront peu de défauts, mais point de traits éclatants.

Ni l'un ni l'autre ne produiront des chefs d'œuvre. C'est le concours heureux de ces différentes qualités qui forme les hommes de génie.

C'est donc par les ouvrages eux-mêmes qu'il faut juger du degré de génie qui les produit, et non par la rapidité de l'exécution. Chaque esprit a des limites audelà desquelles il ne peut atteindre. Si Pradon eût travaillé dix ans de plus à sa Phèdre^ jamais elle n'aurait égalé celle de Racine, et Corneille ne se serait jamais élevé au-dessus de Polyeucte et de Cinna ^

\. L'Année littéraire, ^dL%()i m k'èii.

L'eKercice de la composition étend les idées, et fournit plus d'occasions de penser, et c"est le plus ou moins de faculté de penser qui distingue un homme d'un autre homme ^

Dans certains auteurs la facilité d'écrire est un défaut, dans d'autres une preuve de génie. Corneille, Molière, la Fontaine, écrivaient facilement; Boileau et Racine difficilement; l'Arioste composait avec plus do rapidité que le Tasse, et tous deux sont de grands poètes ^.

La poésie française ne saurait être trop exacte, trop élégante, trop correcte. C'est peut-être un de ses défauts que cette correction scrupuleuse; mais, combien do beautés ne lui doit-elle pas?

Il ne faut pas confondre les ornements qui embellissent les Grâces avec ces parures surchargées qui sont des excès monstrueux de l'art.

Notre poésie tire souvent de l'agrément de ce que les étrangers appellent ses fers °.

Ij' Editiomanie est une dos maladies affligeantes do nos gens do lettres; ils s'imaginent que c'est par lo nombre des éditions que la postérité calculera leurs

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