Ibid., page
294 LES CO>'FESSIONS DE FRERON.
Je crois qu'en général le plus grand défaut des jeunes gens est de ne pas sentir leur faiblesse, quelquefois même de méconnaître leurs forces. Il en est d'eux comme des terres, où il y a une mine d'or, sans que le propriétaire l'y soupçonne '.
La vapeur des éloges produit la fatuité. On devient amoureux de ses œuvres, comme Pygmalion de sa statue; mais celle-ci fut animée*.
Le caprice fait souvent les succès; c'est ce qui invite tant de gens à s'essayer. La multitude ne saurait se défendre du charme de la nouveauté. Elle élève d'abord au premier rang un jeune auteur, qui souvent ne donne que de faibles espérances d'y monter. Elle décourage par là le talent auquel elle est accoutumée ^.
Quand un vrai génie paraît dans le monde, on le distingue à celte marque : tous les sots se soulèvent contre lui *.
1. Lettres sur quelques écrits de ce temps, tome I, page 192.