‹ Les confessions de FréronChapitre 133 sur 189 · Ibid., page · texte numérisé non relu

Ibid., page

L'habileté des médiocres et la bctise des esprits supérieurs peuvent détourner un homme sensé de la profession des lettres. On a beau dire, le plat écrivain se rend intérieurement justice : le remords de la médiocrité le déchire. Il la déguise par l'adresse de se faire valoir, qui donne plus sûrement la réputation que ce qu'on vaut. L'homme de génie est peu propre pour l'intrigue; il fait bien ses ouvrages, et mal sa cour^.

Rien, selon moi, ne nous fait plus d'honneur que le respect que nous témoignons pour les gens d'un mérite supérieur. Il semble que nous ne saurions être bien pénétrés de ce qu'ils valent, que nous ne valions beaucoup nous-mêmes; et l'admiration, que nousavons pour eux, quand elle est bien marquée et bien sincère, nous fait en quelque sorte devenir leurs pareils '.

L'obstacle le plus puissant au progrès du goût est l'admiration opiniâtre de quelques gens pour des auteurs proscrits par les justes arrêts de la Critique. Ils s'aveuglent sur leurs imperfections; ils ne veulent pas même qu'on leur ouvre les yeux. Ils ressemblent

1. Lettres sur quelques écrits de ce temps, tome I, page 194.

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